‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 16 sur 90 · Parkman, The Jesuits in North America · texte numérisé non relu

Parkman, The Jesuits in North America

2. Ce village s’appela dans la suite Saint-Joseph, nom que les Récollets

1 lui avaient du reste donné déjà.

à Caragoua !. Mais ces deux religieux ne séjournèrent pas longtemps chez les Hurons. Ils rentrèrent quelques mois après à Québec, le premier découragé par les difficultés de l'idiome, le second rappelé par ses supérieurs, et à partir de ce moment le P. de Brébeuf demeura seul, au

Ouast de Paris

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Ouest de Greenwich

La région des Hurons, des Algonquins et des Iroquois,

milieu des sauvages, dans un isolement aussi douloureux

que complet.

La tâche qu'il entreprenait ét dues. Par où devait-il donc ces natures grossières ? commen: les gagner et les convertir à la vraie foi? Comme toutes les peuplades de ces ré.

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1. Ce village s'appelait aussi Ossossané : les missionnaires le désignèr plus tard sous le nom de la Conception.

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gions, elles offraient un étonnant mélange de vices honteux et d'admirables qualités. Leur cœur était noble et bas, de fange et d'or tout à la fois. Endurci dès sa jeunesse à la fatigue, rompu à toutes les audaces, le Huron se lançait sans crainte dans des solitudes redoutables ou sur les rapides les plus dangereux : une erreur de route dans le premier cas, un faux coup d’aviron dans le second, et son existence se trouvait compromise. N'importe. S'exposer au péril, s'aventurer au milieu d’ennemis cruels ou d’amis douteux, cheminer des semaines, des mois, à travers les bois ou dans le dédale des lacs, des rivières, des sauts et des portages, lui semblait un jeu. La chance lui étaitelle défavorable? qu’il expirât, transi de froid au cœur de quelque tourmente de neige, qu’il succombât dans une lutte inégale ou qu'il mourût effroyablement torturé par les Iroquois, il acceptait son destin avec une résignation superbe et en chantant.

Mais, rentré dans son village, il étalait tous ses vices. D'une incorrigible paresse, il restait des journées entières étendu auprès du feu qui chauffait sa cabane en l’enfumant. Ivrogne et glouton, il se faisait gloire de s’enivrer et de dévorer des quartiers de venaison; son imprévoyance était proverbiale. Assez franc avec ses compatriotes, il devenait d’une perfidie, d’une astuce et d’une « menterie ! » inépuisables vis-à-vis des étrangers. Sensuel, il admettait la polygamie et n'avait honte d'aucun excès. Quant au vol, « si on possédait autant d’yeux qu’il a de doigts aux mains, écrivait le P. Le Jeune, encore ne l’empèêcheraiton pas de dérober, car il dérobe avec les pieds ». Il pra-

1, « La ménterie est aussi naturelle aux sauvages que la parole, non pas entre eux, mais envers les étrangers. » Relat. 1634, p. 31.

tiquait l’hospitalité, mais il n’en était pas moins sans pitié pour ses malades et ses vieillards, qu’il mettait à mort, autant pour les délivrer de leurs souffrances que pour s’épargner la peine de les soigner !. On comprend dès lors ce que ses ennemis avaient à attendre de lui: une implacable férocité. En résumé, homme par sa vaillance à résister à la fatigue, héros par son impassibilité en face de la douleur et de la mort, le Huron était un enfant, mais un enfant vicieux et corrompu pour tout le reste. Il naissait, vivait et mourait dans une liberté sans retenue. A ses yeux, c'était folie que de dompter ses passions et haute sagesse que de s’y abandonner entièrement. « Tous ces barbares ont le droit des ânes sauvages, dira quelques

1. Relat. 1634, p. 31. Ce n’était que vis-à-vis de leurs malades et de leurs infirmes que les Hurons étaient sans entrailles. Dans tous les autres cas, ils s’entr’aidaient avec une générosité qui ne se démentait jamais. Le Père Biard en raconte un charmant exemple dans la Relation de 1611, p. 12 et 13. « Nul, dit-il, n'oserait éconduire la prière d'un autre, ni manger sans lui faire part de ce qu’il a. Un jour que nous étions allés bien loin à ia pêche, passèrent par là cinq ou six femmes ou filles bien chargées et bien lasses ; nos gens, par courtoisie, leur donnèrent leur prise, ce qu’elles mirent à cuire tout de suite dans un chaudron que nous leur prêtàmes. À peine le chaudron bouillait-ii que voici un bruit que d'autres sauvages étaient là qui venaient. Alors nos pauvres femmes de s'enfuir vite dans les bois avec leur chaudron demi-cuit ; car elles avaient bonne faim. La raison de leur fuite était que si elles avaient été vues, il eût fallu, par loi de civilité, qu'elles eussent fait part aux survenants de leur viande qui n'était pas grande. L'ox rit bien alors et plus encore quand, après avoir bien mangé, voyant les dits sauvages venus près de notre feu, elles firent semblant de n'y avoir pas touché et de passer tout ainsi que si elles ne nous eussent pas vus auparavant. Elles dirent à nos gens tout bas où elles avaient laissé le chaudron ; et eux, en bons compagnons, connaissant le mystère, surent bien servir aux belles mines, et pour mieux aider au jeu, les pressaient de s'arrêter et de goûter à leur pêche, mais elles n’en voulurent rien faire, tant elles avaient de hâte, disant grand merci, grand merci. À quoi nos gens répondirent : « Puisque vous avez si grande hâte, allez de la part d: « Dieu, allez! »

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