‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 17 sur 90 · Rela 2, « M · texte numérisé non relu

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années plus tard le Supérieur de la Mission !, ils ne savent ce que c’est que la bride ni le cavecon. » Le joug de Jésus-Christ était pourtant fait pour ces natures réfractaires à la règle comme pour les autres hommes, et ce devait être l’immortel honneur du P. de Brébeuf de les y assujettir un jour.

L’apôtre se mit donc à l’œuvre. Perdu dans l’immensité des forêts huronnes, à trente ‘ournées de marche de Québec, il était seul, mais du moins Dieu lui restait. Il lui restait sur son pauvre crucifix de jésuite, pour lui apprendre silencieusement l'amour des souffrances. Il lui restait, aussi et surtout, dans la très sainte Eucharistie, pour le soutenir dans la bataille 2. Chaque matin, le Roi des rois descendait dans la pauvre hutte de son missionnaire. De l’autel misérable où se renouvelait le sacrifice du Calvaire, il passait dans le cœur du prêtre et il le remplissait de flammes ardentes. Visite divine bien nécessaire pour réconforter le P. de Brébeuf et pour le prémunir

contre toute faiblesse. Car. hélas! si le Serviteur de Dieu

semait d’une main infatigable, il ne voyait pas lever la moisson dans la plaine. En vain se dévouait-il de toutes les façons, en vain consacrait-il ses jours et ses nuits au soin des malades, en vain avait-il traduit le catéchisme si substantiel du P. Lédesma : les cœurs restaient de pierre. Ou, pour mieux dire, les cœurs se laissaient bien toucher par cette charité, mais les âmes demeuraient invinciblement fermées à la vérité. A tous les efforts du Père, 1. Relat. 1637, p. 59.

2. « Ma consolation chez les Hurons, écrira plus tard le P. de Brébeuf, c'est que tous les jours je me confesse, et puis je dis la messe, comme si

les Hurons, enchaînés par une vie licencieuse à leurs tristes erreurs, répondaient d’un mot, toujours le même : « Tes usages ne sont pas les nôtres, ton Dieu ne peut pas être notre Dieu. »

Les merveilles elles-mêmes ne parvenaient pas à les subjuguer. En 1628, le pays eut à souffrir d’une forte sécheresse. Le fléau était d'autant plus à craindre que la nature sablonneuse du terrain rendait la pluie plus nécessaire. Les moissons étaient donc en danger. « Je m’étonnais, dit le

Huttes indiennes.

P. de Brébeuf, de voir quelquefois l’air tout chargé de nuées, d'entendre bruire le tonnerre, tandis qu’en nos quartiers le ciel était très pur, très serein et très ardent. » Les sorciers avaient bien commencé leurs cris et leurs invocations, mais la sécheresse n’en persistait pas moins plus que jamais. « Les nuages semblaient se diviser à quelques kilomètres du pays. » Un « faiseur de pluie », qui dansait en vain ses danses les plus efficaces depuis quelque temps et qui sentait chanceler, sous le poids de ses insuccès répétés, sa vieille réputation de magicien, imagina d’accuser les Jésuites de son impuissance. D’après lui, la teinte rouge de la croix que les missionnaires avaient élevée

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