‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 18 sur 90 · Le semblabl l'air est s de serper grondent · texte numérisé non relu

Le semblabl l'air est s de serper grondent

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devant leur porte, effrayait l’oiseau du tonnerre et le contraignait à se réfugier autre part!. Sur ce, une clameur universelle se fit entendre. La colère du peuple se souleva et la croix fut condamnée à être abattue.

Pour prévenir ce sacrilège, le P. de Brébeuf s’efforça d'expliquer à la foule ce que c'était que la foudre et de lui faire comprendre que ce n’était pas un oiseau dans tous les cas. Peine perdue, ces pauvres gens ne démêlaient rien dans ces explications scientifiques. Alors, il changea de tactique.

« La couleur rouge effraye l'oiseau du tonnerre, leur dit-il. Eh bien, si vous le désirez, nous peindrons la croix de toute autre couleur au’il vous plaira. La foudre n’aura plus ainsi aucune raison de nous fuir... » La croix fut en effet peinte en blanc et le ciel demeura d’airain comme les semaines précédentes. Il ne fut pas difficile dès lors de convaincre le malheureux sorcier d’imposture. Mais le Missionnaire ne s’en tint pas là. « Vous voyez bien, dit-il aux sauvages, que vos esprits ne peuvent rien pour vous et que vos sorciers vous mentent. Priez maintenant le vrai Maître du monde, et peut-être daignera-t-il vous exaucer. »

Heure fut prise pour le lendemain. Les Hurons ne l’attendirent pas, ils la prévinrent, d’après le P. de Brébeuf, « Nous entourions la croix, ajoute-t-il; je l'avais repeinte et j'y avais fait placer un crucifix. Nous y fimes

1, « Le tonnerre, disait un sorcier au P. de Brébeuf, est un homme semblable à un coq d’Inde. Le ciel est son palais. Il se retire là, quand l'air est serein. Il en descend et vient faire sa provision de couleuvres et de serpents et de tout ce qu'ils appellent oki (esprits), quand les nues grondent ; les éclairs se font-à mesure qu'il étend ou repiie ses ailes. Que

à si le tintamarre est un peu plus grand, ce sont ses petits qui l’accompa- > gnent et l'aident à bruire du mieux qu'ils peuvent, » Relation, 1636, p. 114,

d’abord quelques prières, puis je l’adorai et je la baisai, pour leur montrer comme ils devaient faire. Ils me suivirent les uns après les autres, apostrophant Notre-Seigneur crucifié par des prières que la rhétorique naturelle et la nécessité du temps leur suggéraient. Leur simplicité fervente me donnait de la dévotion; bref, ils firent si bien que dès la même journée Dieu leur donna la pluie et enfin une très heureuse récolte, avec une admiration très grande du Dieu puissant que nous servions f. »

L’hostilité intéressée des sorciers était vaincue. La patience, l’intrépidité, l’abnégation de l’infatigable ouvrier, sa pureté de vie avaient touché ces cœurs grossiers. Pourtant ses jours s’écoulaient dans une désolante infécondité. A peine parvenait-il à baptiser de loin en loin quelques enfants à la mort. Mais, dans ces anges qui s’envolaient radieux vers le paradis, il devinait le peuple d’élus dont ils étaient les prémices, et il demeurait inaccessible au découragement ; quand un ordre inattendu vint le surprendre: il était rappelé à Québec. Qu'’était-il donc arrivé? Et pourquoi délaissait-on ce champ, au moment même où le premier défrichement en était à peu près achevé?

r. Relation äe 1636, ch. 11.

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Monopole ruineux. — Le P. Ch. Lalemant va chercher du secours en France. — Départ de Jean de Brébeuf pour Québec. — Douleur des Hurons. — Sacrifice au génie des Ottawas. — Le saut de la Chaudière. — La chute du Rideau. — Arrivée à Québec. — Les Cent Associés. = David Kerkt à Tadoussac. — Sommation à Champlain. — Fière réponse. — Famine à Québec. — Espérance! — Déception. — L'escadre de M. de Roquemont est défaite. — Nouveaux malheurs. — Manque de vivres. — Reddition de Québec. — Les missionnaires sont rapatriés avec les-colons à bord de la flotte anglaise. — Traité de Saint-Germain en Laye. — Le Canada est rendu à la France. — Les Jésuites y retournent avec Champlain. — Flottille minuscule, — Arrivée du P. de Brébeuf à Québec. — Ses derniers vœux prononcés trois ans auparavant au collège de Rouen. — Déclaration héroïque. — Premiers travaux à Notre-Dame des Anges. — Le P. de Brébeuf supérieur intérimaire de la mission. — Départ pour la presqu'île huronne. — Voyage de trente jours, — Les péripéties. — Le P. de Brébeuf est abandonné par les sauvages. — Il s'établit à Saint-Joseph.

Le monopole ruineux dont la Compagnie des marchands jouissait à la Nouvelle-France avait réduit la colonie à la dernière détresse. En butte à la sourde malveillance de ces trafiquants, la Mission du Canada était, elle aussi, gravement compromise. Pour la sauver, le P. Ch. Lalemant, supérieur, avait inutilement envoyé le P. Noirot chercher des secours à Paris. Impuissant à nourrir les vingt-huit personnes dont il était responsable, il résolut alors de passer en Europe avec les vingt ouvriers qui dépendaient de la Mission. Mais, avant de partir, il avait voulu réunir tous les Pères à Québec, en prévision d’éventualités qui ne devaient que trop se réaliser, par malheur! De là, l’ordre envoyé au P. de Brébeuf,

Les adieux des Hurons au missionnaire furent touchants.

68 | PREMIÈRE PARTIE Ces pauvres gens, si insouciants jusqu’alors, semblèrent comprendre la perte qu'ils allaient faire. € Tu pars, Echon !, lui disaient-ils en pleurant, et nous ne savons pas encore adorer comme toi le Maître de la vie! Si nous ne connaissons pas ton Dieu, nous le prendrons à témoin que ce n’est pas notre faute, mais la tienne, puisque tu nous quittes si tôt! »

L'ordre de retour était trop formel pour que le P. de Brébeuf se laissât arrêter par ces supplications. Il partit, et refit, le cœur brisé par la douleur, la longue route qu’il avait parcourue, l’âme remplie d’allégresse, deux ans auparavant. A la hauteur de la ville actuelle d’Ottawa, à peu près, tous les Hurons débarquèrent. Ils formèrent un cercle sur la rive, et un de leurs capitaines recueillit leurs offrandes dans une écorce de bouleau. On les plaça ensuite au milieu de l’assemblée. Les chants et les danses commencèrent; puis, après maints récits et des invocations variées, le plus ancien des chefs jeta les présents dans les flots. Si le P. de Brébeuf n'avait pas connu déjà la raison de cette cérémonie superstitieuse, le fracas de la cataracte près de laquelle il se trouvait la lui aurait fait deviner sans peine. Il s'agissait d'apaiser le génie de l’abîme, où, entraînés par l'irrésistiblé courant, tant de canots étaient précipités chaque année. L'Ottawa devient en effet d'une impétuosité redoutable

1. Nom du P. de Brébeuf chez les Hurons. Chaque missionnaire avait le sien de la même façon. — Ces sauvages appelaient aussi « mon oncle, mon neveu » ceux qu'ils voulaient honorër : c'était sans doûté une manièré de leur signifier qu'ils ne ies considéraient plus ‘omime des:étrangers. Mais, souvent ces appellations devenaient ironiques sur leurs lèvres, comme lorsqu'ils les employaïient en AR aux prisonniers de guerre qu ils traînäient au supplice.

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en cet endroit. Ses eaux, qui jusqu'alors se sont étalées sur une surface de cinq cents mèêtres environ, entre des îles vertes de peupliers, s'y resserrent tout. à coup dans une brèche du rocher, large de soixante ‘inètres au plus. De là elles plongent, à treize mètres de hauteur, dans une « Chaudière » bouillonnante, d'où elles s’enfuient en écumant. Ce passage, que l’on appelle, à cause

Saut de la « Chaudiére ».

de cela, le « saut de la Chaudière », fut heureusement franchi; on traversa aussi sans encombre les remous de la « chute du Rideaut ». Dès lors, le trajet devenait plus facile; il s’accomplit sans accident, comme le reste du voyage, et, le 17 juillet 1628, après deux ans d’absence, le P. de Brébeuf se retrouvait devant Québec.

1, Cette iolie cascade est formée par la petite rivière de ce nom, quand d'une hauteur de dix-huit mètres elle se jette dans l’Ottawa en.une sorte de

«rideau » argenté qui, avec une régularité parfaite, ondule gracieusement devant le roc,

Une profonde douleur l’y attendait à brève échéance. Le monopole des Marchands avait été supprimé par Richelieu, alors à l’apogée de sa puissance, et des lettres patentes de Louis XIII, datées du camp de la Rochelle, 25 avril 1627, avaient transféré leur privilège à une nouvelle Compagnie de cent Associés, parmi lesquels le grand cardinal figurait.

Désireux de venir en aide à la colonie aux abois, ceuxci s'étaient empressés d’expédier au Canada un navire chargé de vivres et de munitions de toutes sortes. Mais des traîtres avertirent perfidement les Anglais de ce départ, et le vaisseau fut capturé en route. Ce premier malheur inaugura une série de désastres qui devaient, de catastrophe en catastrophe, aboutir à la perte de Québec.

Le siège de la Rochelle fournissait alors à l'Angleterre un prétexte pour se livrer à d’inqualifiables hostilités contre la France, quoique les deux couronnes fussent en paix. Un calviniste dieppois, David Kerkt, s'étant réfugié à Londres, avec ses deux frères, on lui donna le commandement d’une flotte de dix-huit vaisseaux, avec instructions formelles de fermer le Saint-Laurent à tout navire venant de France pour ravitailler Champlain. Quandil jugerait la détresse de la colonie complète, il devait s'emparer de Québec.

C'était donc un traître qui allait porter à la patrie le coup fatal. Ce misérable s’était entouré d’un certain nombre d’autres Français indignes, dont plusieurs étaient huguenots comme lui. Kerkt s'empara d’abord de Port- Royal; il alla ensuite à Tadoussac; puis, du cap des Tourmentes, le 3 juillet 1628, il envoya sommer Champlain de lui remettre la ville et les forts. « Si votre chef a

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envie de nous voir de plus près, répondit l’intrépide soldat aux parlementaires, dites-lui qu’il s’achemine et qu’il ne nous menace pas de si loin. »

Les ressources de la place ne répondaient pas à la fierté de cette réponse. « Maïs, en ces occasions, bonne mine n’est pas défendue, a écrit Champlain dans ses Voyages !. Pourtant chaque homme était réduit à sept onces de pain par jour; nous n'avions que cinquante livres de poudre à canon; et si les Anglais eussent suivi leur pointe, malaisé-

Pont sur la rivière du Rideau.

ment aurions-nous pu leur résister. »

Champlain tenait ferme néanmoins, dans l’attente de quelque secours venu de France; mais toutes ses espérances étaient destinées à des déceptions cruelles. Il comptait que la flottille huronne, avec laquelle descendait le P. de Brébeuf, lui apporterait du blé d’Inde. Il n’en trouva que deux sacs aux mains des sauvages. « Il fut hors de ma puissance d’en avoir, ni peu, ni prou, raconte-t-il. On ne m'en offrit même pas une écuellée. » — « Cependant, dit de son côté le P. Sagard, récollet, il y avait dans l'habitation quatre-vingts bouches, dont les dents

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