‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 26 sur 90 · LES · texte numérisé non relu

LES

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n'avaient, en fait d’assiettes, que des fragments d’écorce de bouleau. Ils empruntaient leurs verres aux mêmes arbres. Seulement ils ne s’en servaient guère : « Car, dit le P. Chaumonot, la soif ne nous gêne pas beaucoup, soit parce que nous n’avons jamais de sel dans ces parages, soit parce que notre nourriture est toujours très liquide. Pour moi, depuis que je suis ici, je n'ai pas bu en tout un verre d'eau, quoiqu'il y ait déjà huit mois que j'y sois arrivé. »

Dans ces conditions, les repas ne pouvaient point se prolonger pendant longtemps. On se remettait donc vite au travail dans la pauvre cabane des missionnaires. Durant la belle saison, la tâche était relativement aisée, car le jour qui tombait de l'ouverture laissée dans la partie supérieure de la hutte, en guise de cheminée et de fenêtre, était suffisant. Dans tous les cas, rien de plus facile que de sortir en plein air. Mais, l'hiver, le labeur devenait singulièrement pénible, car les longues soirées se passaient sans lumière et il fallait étudier auprès du feu allumé dans le centre de la cabane, au milieu des flots d’âcre fumée que souvent la bise refoulait violemment dans l’intérieur !. La nuit elle-même était bien dure. Quand, étendus sur leur pauvre natte, dévorés par une nuée d'insectes insupportables, les jésuites auraient pu espérer un peu de repos, un affreux charivari éclatait dans les cabanes voisines. Roulements de tambours primitifs, cliquetis de certaines castagnettes faites avec des écailles de tortues, hurrahs furieux ou cantilènes monotones et indéfini- 1. Cependant c'est dans de pareilles conditions que les missionnaires trouvaient encore le temps d'écrire certains ouvrages. Le P. Chastelain était aux Hurons quand il composa son beau livre : Afectus animæ amantis

Jesum.(V. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, par Carlos Sommervogel, $. J. Nouvelle édition, Bruxelles, O. Scheppens, 1891. T. Il, p. ro9t.)

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