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cependant ils nous tuent, ils nous brûlent, ils nous exterminent de fond en comble. Quel profit nous peut-il revenir d'écouter l'Évangile, puisque la mort et la foi marchent toujours de compagnie! ? »
Mais à cela d’autres répondaient vaillamment que, leur fit-elle perdre la terre, la foi leur demeurait précieuse, parce qu’elle leur assurait le ciel; que dès lors la souffrance leur était bonne et qu’ils la considéraient comme une bénédiction de Dieu.
Cette bénédiction allait de nouveau leur être donnée, et le P. Gabriel Lalemant devait en recueillir bientôt une des plus glorieuses parts.
Le calme qui régnait depuis six mois sur les rives du lac Huron n'était en effet qu’un calme trompeur. Il ressemblait à celui qui pèse sur la nature frissonnante au moment où l'orage va éclater. Les nuages s’amoncelaient à l'horizon, et, sans qu'on y prît garde, le ciel s’assombrissait de plus en plus. A l'insu de tous, un millier d'ennemis avaient hiverné autour du pays. Un matin, au milieu du mois de mars 1649, de grands cris, des hurlements furieux se font entendre dans le village de Saint- Ignace. Les Iroquois sont là. Comme un torrent dévastateur, ils se répandent partout. Éveillés en sursaut, les habitants peuvent à peine leur opposer un semblant de résistance, et en quelques instants toutes les demeures ne sont plus qu'un monceau de ruines, au-dessus desquelles tournoie lugubrement la colonne d’épaisse fumée qui va jeter la contrée entière dans l’effroi.