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at TROISIÈME PARTIE
des premiers et des plus brillants élèves, Isaac, au sortir de la rhétorique, passa au noviciat de Rouen. IL y entra à dixsept ans, le 24 octobre 1624, et il y eut pour maître des novices un grand serviteur de Dieu, le P. Louis Lalemant, C’est de la bouche de ce vénérable religieux qu’il recucillit cette parole prophétique : « Mon Frère, vous ne mourrez pas ailleurs qu’au Canada. » — Pourtant, la soif de souffrance qui portait alors le jeune religieux à désirer les missions, le poussait vers l'Ethiopie et ses sables embrasés. Il rêvait aussi du Japon, où le bienheureux Spinola venait de périr dans les flammes, et pour obtenir la grâce d’y passer il portait sur sa poitrine une image de cet intrépide et doux martyr. Mais les anges lui tressaient sa couronne ailleurs, — au sein des neiges de la Nouvelle-France, — et c'était bien ces neiges qu’il devait glorieusement empourprer, en la cueillant.
Après avoir étudié trois ans la philosophie à la Flèche, au sortir du noviciat (1626-1629), — le P. Jogues professa au collège de Rouen toutes les classes de lettres, de la sixième aux humanités inclusivement. C’est là qu’il rencontra le P. Ch. Lalemant, le P. Enn. Massé et l’illustre P. de Brébeuf, — tous trois chassés alors du Canada par les Anglais. — Il fut ensuite envoyé au collège de Clermont, à Paris (1633), où il commença à suivre les cours de théologie, tout en y exerçant la charge pénible de surveillant. L’onction sainte l’y fit prêtre dans les premières semaines de l’année 1636, et à ce bonheur s’en surajouta bientôt un autre : sur sa demande, le P. Jogues était choisi
fondation de ce collège portent la date du 16 janvier 1609, par suite de diflicultés sans cesse renouvelées, l'ouverture des classes n’eut lieu que le 18 octobre 1617, dans un local situé rue de la Vieille-Monnaie.
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L'APOTRE ESCLAVE 183 pour renforcer la cohorte apostolique qui évangélisait les solitudes sans limites du Saint-Laurent.
A cette annonce, le jeune prêtre, impatient de se mettre à l'œuvre, fit généreusement le sacrifice du complément de ses études. — Le 10 février 1636, il célébra sa première messe, à Orléans, en présence de toute sa famille, et il eut ainsi la consolation, toujours si douce à qui Dicu daigne l'accorder, de donner sa première bénédiction à sa mère
Ancien collège des Jésuites de la Fièche (aujourd’nui Pritanée) : la cour d'honneur.
toute radieuse de bonheur; joie profonde qui allait être suivie d’un prompt déchirement ; il fallait en effet se dire adieu, et vraisemblablement c'était pour toujours ici-bas. L'âme brisée, la vaillante mère n’en fit pas moins courageusement son sacrifice; et le 8 avril 1636, après deux mois de dernière probation passés au noviciat de Rouen, le P. Jogues appareillait de Dieppe pour le Nouveau-Monde.
Il partait en compagnie de cinq autres missionnaires, les PP. Chastelain, Ch. Garnier, Adam, Ragueneau et le F. Cauvet. Le convoi, placé sous les ordres de Duplessis-
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Bochard, se composait de huit vaisseaux et il por’ait le chevalier de Montmagny, nouveau gouverneur du Canada. Grâce à une traversée fort belle, le P. Jogues préluda à ses travaux apostoliques en dépensant son zèle au profit de ceux qui montaient le même navire que lui. Cet apostolat ne pouvait être de longue durée : si court qu’il fùt, il porta néanmoins des fruits de salut. Deuxescales à Saint-Louis de Miskout et à Tadoussac le prolongèrent quelque peu, mais il prit fin à l’arrivée à Québec, où l’on aborda, sous les auspices de la très sainte Vierge, le 2 juillet.
Ce jour fut un jour d’allégresse pour le P. Jogues.
« Je ne sais ce que c'est que d'entrer en paradis, écrivit-il à ce sujet à sa mère; mais je sais bien qu’en ce monde il est malaisé de trouver une joie plus excessive et surabondante que celle que j'ai sentie en entrant en Nouvelle-France et en y disant la première messe, le jour de la Visitation. Je vous assure que ce fut bien vraiment le jour de la Visitation par la bonté de Dieu et de Notre- Dame. Il me sembla que c'était Noël pour moi et que j'allais renaître en une vie toute nouvelle et une vie de Dieu. »
Ancien collège de la Flèche, la façade de la chapelle.
1. Une mission avait été fondée dans cette île en 1635, Elle fut détruite au berceau par le scorbut, qui emporta, entre autres victimes, l’un des deux missionnaires, le P. Turgis, à peine âgé de trente ans.
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Ce pressentiment était fondé. C'était bien une vie nouvelle que le missionnaire allait mener. La trame en était formée de souffrances sans nombre, mais elle avait Dieu lui-même pour artisan. — Le serviteur pouvait donc raffermir son âme et l’ouvrir à la confiance : pour âpre que dût être sa route, n’y rencontrerait-il pas le Maître qui l’y
appelait ? et, dès lors, que lui fallait-il davantage pour s’y élancer avec bonheur ?
Un mois et demi s'était écoulé à peine depuis l’arrivée du P. Jogues à Québec, quand il reçut l’ordre de se préparer à partir pour le pays des Hurons. Une circonstance for-
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Fac-similé de la signature du P. Jogues.
tuite détermina ce départ un peu hâtif. La légère flottille qui descendait chaque année des grands lacs se pressait depuis bientôt une semaine devant les Trois-Rivières. Les huttes de branchages rapidement élevées le premier jour, ces sauvages aux cheveux portés longs sur les épaules ou dressés en crête sur le sommet du crâne, avaient trafiqué de leurs pelleteries contre des chaudrons, des couteaux, de la verroterie ou des haches, et ils étaient prêts à repartir. D'ordinaire, les traitants de la Compagnie des associés ou le gouverneur leur donnaient un festin d'adieu, quand les échanges étaient conclus. Les Hurons y vinrent en nombre comme toujours. Foule bigarrée que la leur et qui dut certainement captiver les regards du P. Jogues, car il la contemplait pour la première fois. Les riches fourrures
d'ours et de castor que portaient les chefs tranchaicnt d’une façon singulière sur les tatouages multicolores des simples guerriers. A la fin du banquet, un capitaine se leva : « Les Robes-Noires ne nous aiment plus, dit-il; car aucune d'elles ne veut partir avec nous. Ne serait-il pas nécessaire pourtant de remplacer celles qui sont descendues sur nos canots!? Aurons-nous la honte de remonter le fleuve sas en emmener quelqu’une dans nos villages? » — Le bon sauvage développa ce thème pendant quelque temps. Il le \ fit avec une si touchante insistance que le P. Le Jeunc,
Supérieur des missionnaires, se laissa convaincre. Le Père Jogues ne soupirait qu'après la mission huronne : il fut désigné, et, dès le lendemain, il s'embarquait, la joie dans l’âme, pour les contrées lointaines qu’évangélisait Brébeuf.
Nous avons raconté déjà les dures fatigues que comportait ce trajet à travers les vastes forêts qui sommeillaient le long des flots, les détours qu’il fallait faire dans les terres pour éviter les rapides, les portages épuisants qui
s'ensuivaient, les nuits qu’on passait sur la roche vive, « dans un lit qui n'avait pas été refait depuis la création du monde et à l’enseigne de la lune toujours », comme le P. Jogues l'écrit à sa mère. « Pour moi ajoute-t-il, non seulement je portais mon petit paquet, mais j'aidais encore
à nos sauvages et je les soulageais de mon mieux, jusqu'à ce qu’un enfant de dix à douze ans, qui était de notre “1ravane, venant à tomber malade, je fus contraint de le porter sur mes épaules dans les marches occasionnées par les sauts ou chutes d'eau dout j'ai parlé?. »