Aujourd'hui Auriesville, à 45 kil. environ d’Albany
leterre an, où \ croix libéra-
t Wil- . De ce la terre les. On part du le corps quelques moins à [eau qui y bandes tes douque l'on
ernenon, la veille « J'avais jour de jour de s, car Îles bn à ses sions se u calice
Il était trois heures de l'après-midi. Ruisselant sur la campagne endormie, le soleil mettait dans un relief magique les grandes masses vertes de la forêt et il dorait au loin les champs de maïs. C'était le décor d’une féerie qui se déployait pour servir de théâtre à un martyre!
A un kilomètre du village, les conques marines avaient triomphalement sonné : signal connu, à l'appel duquel la population entière était accourue comme à une fête.
Hommes femmes, vieillards, enfants, la cruauté les avait
tous armés. « À la vue de ces appareils qui rappelaient la Passion, rapporte le P. Jogues, nous nous souvînmes de ce passage de saint Augustin : « Celui qui fuit les rangs de « ceux qui souffrent ne mérite pas de compter au nombre « des enfants... » Nous nous offrimes donc d’un grand cœur à la bonté paternelle de Dieu, comme des victimes immolées à son bon plaisir et à sa colère amoureuse pour le :alut de ces peuples. »
La horde furieuse joignit les prisonniers près de la rivière d'Ossernenon. Aussitôt, elle se rua en désordre sur eux. Mais il fallait organiser plus savamment le supplice. Les chefs le firent, après avoir rendu grâce au Soleil de leurs succès : les bourreaux se répartirent donc sur une double et interminable haie. Comme si leur rage eût eu besoin d’être attisée encore, un des anciens les exhorta ironiquement à « bien recevoir » les prisonniers. Couverts de sang, les membres mutilés déjà, ceux-ci attendaient silencieusement à quelques pas la fin de ces lugubres préparatifs. Sur un signe, ils s'engagent un à un dans le redoutable sentier : les coups pleuvent sur eux; une boule de fer atteint le P. Jogues dans les reins et le renverse,
PE ei DR
Ryan
D D om HER < =
208 TROISIÈME PARTIE mais il se relève intrépidement et arrive jusqu’à l’échafaud où déjà ses compagnons sont réunis.
À peine y est-il parvenu, qu'un forcené se jette sur lui; il lui assène trois coups de bâton sur les épaules, et, s’apercevant que la Robe-Noire a encore deux ongles entiers, il les lui arrache avec les dents, et de ses propres ongles il lui enlève jusqu'aux os les chairs qu’ils recouvraient. Autour des victimes les sauvages tourbillonnent, couteau en main, faisant tomber les doigts ou enlevant des lambeaux de chair qu’ils agitent avec joie. L’un d’eux, sorcier à barbe blanche fameux dans le pays, veut forcer une malheureuse captive chrétienne à couper le pouce gauche du missionnaire : trois fois, l'infortunée recule avec horreur ; enfin, la crainte l'emporte, et, en détournant la tête, elle scie plutôt qu’elle ne coupe à sa racine le doigt condamné 1...
La nuit vint suspendre ces horreurs. Le P. Jogues la passa, étendu à terre, les mains et.les pieds liés à quatre pieux fichés dans le sol en forme de croix de Saint-André. Qu'on s’imagine, si c’est possible, ce qu’elle dut être! Un silence profond et saisissant, — le silence des déserts, — tombant peu à peu des hauteurs assombries du ciel sur ces immensités solitaires ; la forêt s’assoupissant dans l'air muet et tiède sans un frissor; les astres s’allumant lun
1. « Cette pauvre femme avait jeté mon pouce sur le théâtre. Je le ramassai et vous le présentai, Ô mon Dieu; en me rappelant les sacrifices que je vous avais offerts depuis sept ans sur les autels de votre Église, j'acceptai ce supplice comme un châtiment miséricordieux du manque d'amour et de respect que j'avais eu en touchant votre saint corps... L'un de mes deux compagnons français m’ayant aperçu, me dit que si les sauvages me voyaient tenir mon pouce, ils me le feraient manger tout cru, qu’il fallait donc le jeter, ce que je fis immédiatement. » Relation de 1647, p. 23.
fauc l'an, 8 ki
2,2 les au envelc pour :
défend s'étant cher a cheit , j'avais
hafaud
ur lui; les, et, les enpropres recouonnent, nlevant 1 d’eux, t forcer e pouce recule journant le doigt
ogues la à quatre -André.
tre! Un serts, — ciel sur nt dans ant jun e le ramasces que je
j'acceptai our et de
mes deux
e voyaient ait donc le
après l’autre et scintillant sans bruit dans l’espace; et au milieu de ce calme absolu, plongé, perdu dans cette paix inexprimable, un homme, le corps déchiré, les membres violemment tendus, les extrémités étroitement attachées à des piquets et n'ayant, pendant les angoisses de son agonie, d'autre perspective que de nouvelles tortures à l’aurore, puis peut-être la mort dans un brasier. « En cet état, écrivait plus tard un autre missionnaire!, une nuit semblerait bien longue, si Dieu ne l’éclairait. » Et il ajoutait : « Mais, en vérité, Dieu y est tout entier. » C’est ce que disait aussi notre martyr : « Quelles nuits! Demeurer : toujours dans une position forcée, ne se pouvoir remuer ni tourner, être attaqué d’une infinité d’insectes qui nous assaillaient de tous les côtés, être couvert de plaies fraîches et d’autres en suppuration, n’avoir pas de quoi soutenir la moitié de sa vie : en vérité, ces tourments sont bien grands, mais Dieu est plus grand encore, il est immense. » Et c'est ce Dieu lui-même qui soutenait ses serviteurs.
Le lendemain, on ramena les prisonniers sur leur échafaud, et iis y passèrent trois jours et trois nuits dans l'angoisse. Puis, il fallut aller au village d’Andagoron, à 8 kilomètres de distance?, et, deux jours après, à Téon-
1, Le P. Claude Dablon, mort à Québec, le 3 mai 1697.
2, Au sortir de cette bourgade, un sauvage un peu plus compatissant que les autres jeta au P, Jogues un morceau de grosse toile qui avait servi à envelopper les paquets pris au missionnaire, « J'en avais assez, dit celui-ci, pour me couvrir les épaules et le dos, sur lesquels je la mis pour me défendre du soleil qui échauffait et ulcérait mes blessures. Mais cette toile Sétant collée et comme incorporée avec mes plaies, je fus obligé de l'arracher avec douleur et de m’abandonner à la merci de l’air. Ma peau se détachrit de mon corps en plusieurs endroits, et afin que je pusse dire que l'avais passé par le froid et le chaud pour l'amour de mon Dieu, étant sur
Te
nontogen, éloigné de quatre lieues, pour satisfaire la curiosité de ces deux bourgs. Partout les victimes se trouvaient aux prises avec ces fauves déchaînés; partout ils recevaient | le même accueil; partout la même impitoyable bastonnade à l’arrivée; partout le même échafaud et les mêmes tortures pendant toute la journée. La nuit, les prisonniers étaient dévolus aux enfants, qui, du coucher du soleil à nr
Carte du pays des Iroquois.
l'aurore, faisaient librement sur eux l'apprentissage de la cruauté.
Le P. Jogues nous a raconté comment, à Téonnontogen, ces bourreaux novices s’acquittèrent de leur mission :
« Sans pitié pour l'épuisement complet des victimes, ni pour les douleurs atroces que leur causaient leurs membres
l’'échafaud trois jours durant. comme en la première bourgade, il tomba une pluie froide qui renorvela toutes mes douleurs, » Relation de 1647,
pe 23, 24.
a curiojuvaient cevaient tonnade nes torsonniers
soleil à
sage de la
nontogen, ssion :
ictimes, ni membres
de, il tomba ion de 1647
tuméfiés et déchirés, ils leur ordonnèrent d’abord de chanter les Cantiques du Seigneur sur une terre étrangère (Ps. 139). Pouvions-nous chanter autre chose? Au chant succéda le supplice…
« Ces jeunes gens mettaient des épines et des bâtons pointus dans nos blessures; ils égratignaient le bout de nos doigts dépouillés de leurs ongles et les déchiraient jusqu’à la chair vive. Pour m’honorer par-dessus les autres, ils m'attachèrent à des bois formés en croix, en sorte que mes pieds n'étant pas soutenus, le poids de mon corps me donnait une angoisse et une torture si sensible qu’après les avoir soufferts un quart d'heure, je sentis bien que j'allais m’évanouir. Je suppliai ces sauvages d’allonger un peu mes liens. »
Loin d’y consentir, ils les serrèrent davantage. En face de ces intolérables souffrances, l’homme se retrouva un instant sous le héros. Notre martyr l'avoue avec une candeur touchante et une humilité qui nous met des larmes d'admiration dans les yeux. Pendant les tortures épouvantables que nous avons rapportées plus haut, on avait vu Jogues surmonter la douleur, la maîtriser assez pour ne plus penser qu’à ses compagnons d’infortune. En route, durant son terrible chemin de croix, sur les échafauds, il les exhortait, tantôt en particulier, tantôt en commun, à souffrir avec résignation et avec patience pour leur Dieu crucifié. Il oublie cette force d’âme héroïque pour ne se plus souvenir que de sa faiblesse, et il écrit humblement :
« Pour me convaincre que si j'avais pu souffrir jusque-là avec un peu de courage et de patience, je le devais non à ma propr. vertu, mais à Celui qui donne la force aux
âmes faibles!, le Seigneur m'’abandonna alors pour ainsi dire à moi-même dans ce nouveau tourment. Je poussai des gémissements (car je me glorifierai volontiers dans mes infirmités, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en mot?), et l’excès de mes douleurs me fit conjurer mes bourreaux de relâcher un peu mes liens. Mais Dieu permettait avec raison que plus mes instances étaient vives, plus ils s’efforçassent de les resserrer. Après un quart d'heure de souffrances, ils les coupèrent pourtant. Sans cela, je serais mort de douleur... » |
C’est à un sauvage étranger, témoin accidentel du sup-
plice, que le martyr dut son salut. Cet homme s’approcha | et, sans une parole, trancha d’un coup de couteau les g cordes qui tenaient le missionnaire suspendu. Un an après, à à 300 kilomètres de Téonnontogen, dans une bourgade d
étrangère où le P. Jogues avait par hasard accompagné ses maîtres, il entre dans une cabane et se trouve en face d’un moribond. « Ne me reconnais-tu pas, Ondesonk *? » lui demande péniblement celui-ci. Et, avant que son visiteur ait répondu : « Ne te souviens-tu pas de celui qui, l’an passé, a coupé tes liens ? C’est moi. »
A ces mots, le Père se jette au cou de son sauveur. Il le console, cherche à le soulager ; mais il n’y a plus rien à faire : la mort est à la porte de la cabane. Alors, d’une voix douce, le prêtre parle au mourant de l’autre vie, de Dieu, de son beau ciel... La grâce s’ouvre une voie dans cette âme, elle illumine cette pauvre intelligence; le sau-