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délicat », que, suant la fièvre, le P. Garnier et le P. Jogues chaussaient leurs raquettes et reprenaient leurs courses, heureux de trouver, au prix de tant de fatigues, quelques petits enfants mourants à baptiser !
L'année suivante (1641), lorsque le P. Garnier revint à la mission des Apôtres, — en compagnie du P. P'gart
Dans les montagnes du pays des Péturieux,
cette fois, — il y fut un peu moins mal accueilli. Mai: il ne réussit pas à faire agréer dans l’assemblée des anciens les présents qu’il avait apportés, les sauvages « disant haut et clair que ces objets étaient le charme dont les Robes-Noires voulaient se servir pour ruiner leur pays, comme elles avaient ruiné jusque-là tous ceux où elles avaient passé ». La même défiance sommeillait donc au fond des cœurs. Qu’elle se réveillàt, et un meurtre inattendu,
impossible à prévoir, était à craindre. Les deux mission-
naires s’en aperçurent bientôt. Allant un matin d’un bourg : à un autre, chargés de leur léger voyage, ils se sentirent m saisis soudain par les épaules au sortir d’un petit bosquet. bi Un cri de mort retentit à leurs oreilles, et presque aus- qu sitôt ils furent violemment renversés dans la neige. Ils nil n’attendaient plus que le coup de hache qui devait mettre tle fin à leur vie, quand les misérables qui les avaient assaillis éb s’enfuirent à toutes jambes. Une fois de plus leur vie était ile sauve, Mais ne restait-elle pas vraiment à la merci du R premier brutal venu?
Le P. Garnier dut affronter les mêmes dangers dans la de mission Saint-Joseph, dont il fut chargé en 1642 et les ân années qui suivirent. Lorsque les sauvages soupçonnaient pa quelqu'un d’être un sorcier et qu'ils s’apprêtaient à le jar
massacrer, leur formule de menace était toujours la même. Ils disaient au coupable : « Nous allons t’arracher de la terre, racine empoisonnée. » C'était l'équivalent d’une sentence de mort. Plusieurs fois, le mot fatal fut murmuré à l'oreille du P. Charles. D’autres fois, l’apôtre était inopinément attaqué par de prétendus fous, dont la démence s’apaisait subitement lorsque le coup qu’ils méditaient était manqué. Mais du moins avait-il la consolation de voir les germes qu’il semait tomber en bonne terre, lever rapidement et porter des fruits abondants. Les chrétiens et les catéchumènes de cette mission étaient si fervents en effet qu’au rapport des missionnaires, « en un mois ou deux, ils profitaient plus dans la connaissance de nos mystères et dans les sentiments de Dieu qu'on n’eût osé l’attendre après le travail d’une ou de deux années! ». A heure