‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 82 sur 90 · Relation de 1642, p · texte numérisé non relu

Relation de 1642, p

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Les derniers vœux. — Vertus du P. Ch, Garnier. — Sa mortification, — I Son humilité, — Son obéissance, — Sa dernière lettre à ses frères. — La mission de Saint-Jean. — Approche des Iroquois. — Saint Jean est surpris

par eux. — Une mort superbe, — Le champion de l’Immaculée-Conception.

Le 30 août 1643, dans la pauvre cabane de troncs d'arbres et d’écorces qui servait d'église à Sainte-Marie des Hurons, devant une assistance de sauvages, le P. Charles Garnier fit sa profession solennelle entre les mains du P. Jérôme Lalemant. Quel théâtre plus convenable que celui-là pour parfaire l’immolation totale de soi-mêmel — Quel lieu plus propice pour vouer au Dieu de Bethléem et du Calvaire la pauvreté, l’obéissance, la chasteté?

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Fac-similé de l'écriture du P. Ch. Garnier.

A partir de ce moment, le vaillant apôtre sembla s’avancer à pas de géant dans les voies de la perfection. * De tout temps il avait ardemment aspiré à la sainteté. Mais

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dès lors, dit son Supérieur, excepté Dieu, rien au monde ne le toucha, ni parents, ni amis, ni repos, ni consolations, ni peines, ni fatigues. « Son tout était en Jésus-Christ, et hors de lui, tout ne lui était rien. »

Il avait surtout à cœur de reproduire en lui quelque chose des souffrances du divin Crucifié Non content d'avoir pour nourriture celle des sauvages, c’est-à-dire « la moindre que le dernier des gueux pût espérer en France », souvent il ne mangeait que des glands ct des racines amères. Il couchait toujours sur la dure. Il usait fréquemment d’une discipline de fer, armée de pointes très aiguës, et chaque fois qu'il revenait de ses missions, il ne manquait jamais de faire aiguiser les pointes d’une ceinture hérissée de molettes d’éperon, qu'il portait sur la chair nue, comme si les incroyables fatigues de ses courses. apostoliques n’eussent pas été déjà la plus dure des mortifications! Et pourtant cet homme, si durement impitoyable pour lui-même, était «tout de cœur pour les autres ». — « [] prenait toujours le pire pour soi, écrivait le compagnon de ses travaux pendant les quatre dernières années de sa vie. Il m’accommodait en tout et il tâchait de couvrir sa charité du prétexte de sa propre commodité, comme si ce qui était le pire lui eût été le plus avantageux. »

Son obéissance était accomplie, capable de tout et prête en même temps à ne rien faire, si on le lui eût com-

mandé. Nous avons ici encore un témoignage précieux, celui du P. Ragueneau. Ce religieux, qui fut son Supérieur, nous montre le Serviteur de Dieu quittant au premier signe le soin des missions, où était pourtant tout son cœur, pour labourer la terre, tirer les traîneaux sur la neige, soigner les malades, ou, pendant l’automne, pour

aller grappiller çà et là dans les bois quelques raisins sauvages pendant des journées entières, afin de préparer le vin nécessaire à la célébration de la messe durant le reste de l’année. « [l n'avait aucune attache à son travail, ajoute le P. Ragueneau, ni aux personnes, ni aux lieux, ni aux emplois. Envisageant la volonté de Dieu également en toutes choses, en quelque pays qu'il fût, quelque occupation que l’obéissance lui donnûât, il s’y portait avec constance et comme un homme qui n'avait plus d’autres pensées au monde, sinon de trouver Dieu où on voulait qu’alors il le cherchât..…. Aussi, partout était-il égal à luimême, et à le voir, on eût jugé qu’il n'avait point d'inclination, sinon pour ce qu'on lui voyait faire. » — « On ne gagnera rien pour le salut des âmes, disait-il, si Dieu ne se met de la partie avec nous. Quand c'est lui qui nous y applique par la conduite de l’obéissance, il est obligé de nous assister, et avec lui nous ferons ce qu’il y attend de nous. Mais quand c’est nous qui choisissons un emploi, fût-il le plus saint de la terre, Dieu n’est pas obligé d’être de la partie : il nous laisse à nous-mêmes, et de nousmêmes que pouvons-nous, sinon rien ou encore le péché, qui nous met au-dessous du rien? »

Ces derniers mots nous révèlent la profondeur de l’humilité du P. Garnier. Quoique tout fût éraiinent en lui, il s’estimait le plus indigne des ouvriers de la mission, et cette humilité couronnait dignement cet ensemble de qualités héroïques qui faisaient dire à son Supérieur : « Il ne lui manque pas une seule des vertus qui font les plus grands saints! »

On pouvait prévoir dès lors que l'heure de l’immolation

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suprême ne tarderait pas à sonner. Le P. Garnier semble

en avoir eu lui-même le pressentiment secret, « Ce petit mot, dit-il à ses deux frères religieux, dans la dernière lettre qu’il leur écrivit, est pour nous encourager tous

Yellow Fringe (Frange jaune), Indien converti.

trois à nous hâter d’aimer notre bon Maître; car je crois qu’il est difficile que quelqu'un de nous ne soit bien proche du terme de sa carrière. Redoublons donc nos ferveurs, hâtons le pas, multiplions nos prières les uns pour les autres, et faisons une nouvelle protestation que celui que Notre-Seigneur appellera le premier à soi de

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