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nous trois, sera l’avocat des deux qui resteront pour leur obtenir de lui son saint amour et une parfaite union avec lui, ainsi que la persévérance finale. Je fais donc le premier cette protestation, et prie Notre-Seigneur de tout mon cœur de posséder nos trois cœurs et de n’en faire qu'un avec le sien dès à présent et dans l’éternité!. »
Les sombres temps que la mission huronne traversait alors prêtaient sans peine aux prévisions lugubres. La guerre tenait tout le pays dans la terreur. L'année précédente, les Iroquois avaient détruit Saint-Joseph et massacré dans son église le P. Antoine Daniel. Au mois de mars de l’année 1649, date à laquelle le P. Garnier écrivait à ses frères, ces hordes féroces avaient brûlé Saint- Louis et Saint-Ignace et infligé au P. de Brébeuf et au P. Lalemant les tortures barbares que nous avons rapportées plus haut?. D'un moment à l’autre, elles pouvaient de nouveau faire irruption dans la contrée : comment, en
1, Lettre au P. Henry de Saint-Joseph et au P, Joseph de Paris,
2. Dans une lettre inédite au P. Pierre Boutard, à Bourges, le P, Garnier écrivait à ce sujet : «Il faut que je vous fasse participant d'une nouvelle de ce pays qui est de grande consolation. C’est qu’il a plu à Notre-Seigneur donner la couronne de martyrs à deux de nos Pères, savoir au P. Jean de Brébeuf et au P. Gabriel Lalemant. Ils n’ont pas été fait mourir par un tyran qui persécutât l’Église, comme faisaient les anciens tyrans. Mais nous les appelons martyrs, parce que les ennemis de nos Hur as Île fait beaucoup endurer en dérision de notre sainte foi. À: os avoir rapporté quelques-unes des tortures subies par les der its athlètes, P. Garnier ajoutait : « Bénissez Dieu, je vous prie, d iaveur qu'il a fa à cette mission, donnant cette couronne de gloire à ces eux grands serviteurs de sa majesté. » Cette lettre, conservée aux archives de la province de Lyon, est datée de Sainte-Marie des Hurons, 27 avril 1649. Huit mois après, l'intrépide apôtre qui l'écrivait avait passé, lui aussi, par la voie du martyre, pour rejoindre aux pieds de Dieu ses frères massacrés par les Jroquois,
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de pareilles conjonctures, ne pas prévoir le sacrifice et ne point penser à la mort ?
Depuis le jour où, pour la première fois, le P. Garnier était allé annoncer la bonne nouvelle dans les montagnes habitées par la nation du Petun, le grain de sénevé avait grandi sur cette terre d’abord si réfractaire à l'Évangile. En 1649, on y comptait deux missions. Celle qui était la
Aux environs de l'ancien bourg de Saint-Jean.
plus proche de la frontière iroquoise, et par conséquent la plus exposée, était établie dans un village de cinq à six cents feux, nommé Saint-Jean. C'était la portion du champ que le P. Garnier avait continué à féconder de ses sueurs apostoliques et qu’il allait bientôt arroser de son sang. L'été, si menacé qu’il se fût trouvé pour ainsi dire à chaque heure, avait pourtant pris fin sans massacre. On espérait que l’automne se passerait aussi dans une tranquillité relative, quand, au commencement de no-
vembre, deux fugitifs arrivèrent à Sainte-Marie. C’étaient des Hurons chrétiens, qui avaient réussi à échapper aux Iroquois. Ils avertirent les Pères qu’une bande de trois cents ennemis environ était en marche à travers les bois, mais qu’elle n’avait pas encore choisi son objectif. Tenterait-elle de surprendre Sainte-Marie ou opérerait-elle une diversion vers les montagnes du Petun? La chose était encore incertaine.
Aussitôt le Supérieur mit la résidence en état de défense, et en même temps il fit prévenir le P. Garnier, à Saint-Jean. Son messager fut accueilli avec des cris de joie par les habitants de cette bourgade, tant ces pauvres gens se croyaient déjà assurés de leur triomphe! De fait, pendant quelques jours ils attendirent l’ennemi de pied ferme ; mais l'ennemi ne paraissait point, Alors, dans leur bouillante impatience, ils voulurent aller à sa rencontre : le surprendre dans sa marche et fondre sur lui à l’improviste, n’était-ce pas le meilleur moyen de l’écraser ?
Cette manœuvre fut ce qui perdit le malheureux village et ceux que les guerriers en expédition y avaient imprudemment laissés derrière eux. Dans ces forêts immenses,
rien n’était plus facile que de ne point se rencontrer. Les.
deux petites troupes qui marchaient l’une à l’autre ayant pris par des routes difiérentes, les Iroquois purent continuer sans encombre la pointe qu’ils poussaient en avant. Pour comble d’infortune, deux prisonniers qu'ils firent leur avouèrent que le village était à peu près sans défense. Dès ce moment, Saint-Jean était irrévocablement perdu.
Le 7 décembre, vers trois heures de l’après-midi, les féroces assaillants étaient là. Ils n’attendirent pas l'aube
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suivante, comme ils le faisaient d'ordinaire, pour surprendre leurs ennemis dans le sommeil... Ne savaient-ils pas que le village était à peu près sans hommes valides ? Qu'’avaient-ils à craindre dès lors? Ils s’y précipitèrent donc, comme une trombe, par diverses issues,— et en peu de temps l’épou -
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vante fut partout. Anéantis par la soudaineté de l’attaque, les habitants ne songeaient même pas à se défendre.
Quant aux Iroquois, craignant un retour inopiné des guerriers qui bat-
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taient la campagne, ils massacraient impitoyablement, dans l’emmêlement furieux du carnage, les femmes, les vieillards et les enfants. Ils n’épargnèrent aucun de ceux qu'ils jugeaient hors d’état de les suivre dans la fuite précipitée qu’ils comptaient prendre, leur œuvre de mort accomplie. Aussi, l’épaisse couche de neige qui couvrait le sol fut-elle bientôt tachetée de larges flaques de sang, où les victimes râlaient, pendant que des cabanes
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livrées aux flammes des colonnes de feu et de fumée s’élevaient en crépitant lugubrement dans les airs.
Peu de temps auparavant, le Supérieur du P. Garnier, le sachant malade, lui avait écrit pour l’engager à quitter momentanément Saint-Jean, afin de venir se reposer à Sainte-Marie. Dans sa réponse, datée du 4 décembre, le saint héros lui disait : « Il est vrai que je souffre du côté de la faim, mais non pas jusqu’à la mort... Ce n’est pas de ce côté-là que je crains... Ce que je redouterais davan-
Hache iroquoise.
tage serait qu'en quittant mon troupeau en ces temps de misères et dans ces frayeurs de la guerre, alors qu’il a plus besoin de moi que jamais, je ne manquasse aux occasions que Dieu me donne de me perdre pour lui. »
Et il était resté à son poste. En lui apportant la sanglante couronne, l’ange du martyre allait bientôt l’en relever.
Au moment de l’irruption des Iroquois dans Saint-Jean, le vaillant missionnaire visitait les cabanes de quelques néophytes. Au bruit du tumulte qui s’était soudainement déchaîné, il vole à l’église, bénit ceux qui s’y trouvent, les encourage de quelques paroles brüûlantes et les presse de fuir, s'ils le peuvent encore. On veut l’entraîner dans cette fuite, mais il s’y refuse, et, s’oubliant absolument dans cet affreux désastre, il court chercher dans les cabanes déjà tout en feu, des enfants et des vieillards catéchumènes à baptiser.
C'est la main levée pour verser l’eau régénératrice sur ces fronts paiens, qu’il fut abattu. Une première balle l'atteignit dans la poitrine, une seconde lui déchira l’aine presque en même temps. Si affreuses que fussent ces blessures, elles ne réussirent pas cependant à tarir en lui le courage. Les mains jointes, la victime priait d'un air serein ; peut-être faisait-elle l'offrande suprême à son Dieu crucifié.... Cette prière terminée, le P. Garnier tourna la tête et apercut à une douzaine de pas en avant un malheureux qui agonisait. Alors, dans son cœur d’apôtre, le zèle des âmes se réveilla si intense, qu’il parut sur le point de refouler la mort elle-même. Le martyr se mit sur ses genoux, et, se levant avec peine, il se dirigea vers le mourant. Mais, au troisième pas, il retomba lourdement
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sur le sol. Sans souci de son épuisement évident, une seconde fois il s’agenouille et se relève; une seconde fois il retombe. Dans cette lutte grandiose et touchante de l'amour contre la mort, l'amour l’aurait finalement emporté sans doute, si une hache iroquoise ne s’était abattue sur ce front héroïque, et, en le faisant voler en éclats, n'avait assuré à l’athlète la palme immortelle que depuis treize ans il sollicitait de son Dieu!
Dès son jeune âge, Charles Garnier avait montré une
tendre piété pour Notre-Dame. « C’est elle, disait-il au :
noviciat de Paris, qui m'a porté sur ses bras dans toute ma jeunesse et qui m'a mis dans la Compagnie de son Fils. » En reconnaissance de ses bienfaits, il s’était engagé par vœu, au cours de ses études théologiques, à défendre jusqu’à l’effusion de son sang la doctrine qui soutient que la Vierge Marie a échappé à la tache originelle. La Mère de Dieu ne semblait-elle pas se souvenir de ce vœu, quand elle ouvrait le ciel au martyr, au moment où l'Église chantait les premières vêpres de la plus virginale de ses fêtes, l'Immaculée-Conception ? (7 décembre 1649.)
la tâche que nous avions entreprise est terminée.
Dans la préface du livre qu’il a consacré |1l4 | aux « Jésuites dans l'Amérique du Nord », | Do an écrivait, il y a quelques années :
« Peu de passages sont plus frappants dans les annales du monde que ceux qui rappellent les efforts des premiers Jésuites français pour convertir les Indiens. Pleins d'intérêt comme ils le sont, — intérêt dramatique et philosophique à la fois, — intimement unis avec les desti- | nées futures de l'Amérique, renfermant en outre en partie le l’histoire de sa population indigène, il est étonnant qu'on les ait si longtemps laissés dormir dans la nuit!.»
Le T. Rév. William Ingraham Kip, évêque protestant de la Californie, disait de même, dans son ouvrage sur « les premières missions des Jésuites en Amérique » :
« Comme on connaît peu de chose de ces hommes admirables! Si touchantes qu’elles soient, leurs courageuses entreprises et leurs souffrances n’ont pas été suffisamment mises en lumière par les historiens. »
Si les travaux de ces intrépides ouvriers étaient trop peu connus de l’autre côté de l’Atlantique,— sur la terre