‹ Au bois joliChapitre 12 sur 22 · LA FOLIE DE TITAMA 7I · texte numérisé non relu

LA FOLIE DE TITAMA 7I

Au vent léger livrant ses cheveux d'or. Toute la troupe un instant se balance.

Autant d'oiseaux qui vont prendre l'essor.

Et les voilà qui tournent en silence

Sur un vieux rhvthme, infiniment berceur,

D'un air d'exquise et molle nonchalance;

Sur un rhythme ignoré de tout danseur, Bien que transcrit au livre des Merveilles, Elles tournent ensemble avec douceur.

Autour des lys et des roses vermeilles. Telle on peut voir, au matin renaissant, Tourbillonner la ronde des abeilles.

Hourrah! Le jeu parait moins innocent.

Dans les veux passe une folàtrerie.

Comme un regret de quelque adolescent.

Sous une lune indolemment fleurie De jolis bras s'enlacent, et partout Le rose tendre à l'azur se marie.

Un chant divin s'élève tout à coup.

Plus pénétrant que l'idéale aubade Du rossignol sauvage à la nuit d'Août,

Tantôt, folâtre, cclate une roulade.

Tantôt l'air gai s'alanguit doucement,

Et c'est comme la voix d'un cœur malade.

Elle dit, cette voix, Tàpre tourment Des âmes qu'une ivresse a confondues, L'étrange mal qui vous vient en aimant;

Dans l'abandon les larmes répandues,

Le feu qui meurt, le désir envolé,

Les vains baisers, les tendresses perdues.

Et puis le chant, largement déroulé.

Semble monter, dans une apothéose, Jusqu'aux lys bleus du parterre étoile.

Il célèbre l'Amour qui se repose, Superbe et triomphant, sous l'églantier, Et respire à jamais la blanche rose.

Le bois joli s'allume tout entier.

C'est comme un incendie, et tout se pâme.

Les fourrés, la clairière et le sentier.

Mais ce concert qui finit dans la flamme N'a pas touché la reine au cœur dolent. — « Ah! ce n'est pas la voix qui prit mon âme!

LA FOLIE DE TITAN' lA ']'\

« Cher méconnu, qu'il avait de talent!

De quel gosier il envoyait les trilles, Que son organe était mirobolant!

« Rien qu'à l'entendre on formait des quadrilles. Les plus chagrins oubliaient leur ennui, Les plus pédants devenaient joyeux drilles.

« Quels sons divins! Où trouver aujourd'hui Timbre si frais et pareille méthode ?

Le rossignol était jaloux de lui.

« D'une chanson il savait faire une ode. Mais à présent le monde est bien changé. Plus de grand art! Il est passé de mode. »

L'oreille basse et le cœur affligé,

Le pauvre époux cependant s'ingénie

A rompre un charme imprudemment forgé.

Certe il y met une ardeur infinie.

Que de tracas! La tâche par malheur

Est au-dessus de son petit génie.

Avez pitié de cet ensorceleur.

Baguette en main, c'est en vain qu'il profère

Des mots plus longs que du Havre à Ronfleur.

Ce qu'il a fait il ne le peut défaire Et vous jugez de son royal souci.

Vraiment, vraiment c'est une triste affaire.

11 a dû se rouiller. Peut-être aussi

Que ses vieux sorts ont perdu leur puissance.

Toujours est-il qu'il n'a pas réussi.

Car la princesse, en sa folle innocence,

Raffole encor de maître Aliboron

Comme aux beaux jours de son adolescence.

Les premiers temps, monseigneur Obéron Se gaudit fort de son espièglerie; Tant de simplesse enchantait ce luron.

Mais à la fin cela le contrarie

De voir sa femme éprise d'un baudet.

Comme un poète il craint la raillerie.

Puis il a su que certain farfadet

Avait partout colporté l'aventure.

Et que depuis le monde en clabaudait.

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