LA FOLIE DE TITANIA J
Pour l'assister en sa déconfiture,
N'y pouvant rien et n'y comprenant rien,
11 a mandé force gens d'écriture.
Et notamment deux personnes de bien Dont on célèbre au loin la renommée.
Frère Panuce et le barde Quellien.
L'un comme oiseau chante sous la ramée. L'autre est paillard comme feu Salomon, Qui, dans les temps, régna sur l'Iduméc.
Frère Panuce a fait un beau sermon.
11 a surtout fort conseillé de boire Pour soulager la rate et le poumon.
Remède inestimable, on peut le croire.
Vu que lui-même en usa bien souvent Dans sa jeunesse, avec l'ami Gringoirc.
Mais ce sont là pratiques de couvent.
Titania, n'étant point baptisée.
N'a compris goutte à ce discours savant.
Ce qu'il lui faut, c'est la pure rosée Cueillie, à l'aube, au cœur d'un liseron. Le jus divin lui donne la nausée.
76 AUBOISJOLI
— « Pouah, pouah ! fait-elle. En vérité, baron, Tout ce vin-là va tacher mon écharpe; Éconduisez le vilain biberon. »
Le barde alors saisit sa bonne harpe Et, pour salut aux nobles assistants, Fait un magique et preste saut de carpe.
Il dit la terre avec ses habitants,
La nuit en fleur et le chœur des étoiles,
Le sombre hiver, le glorieux printemps.
Au vent de mer ouvrant leurs frêles voiles. Mille bateaux passent en ses bardits; L'amour celtique y ronfle dans ses toiles.
Tout à côté voici le Paradis
Qui resplendit en sa magnificence,
Non loin du gouffre où hurlent les maudits.
La scène change et le poète encense Les vieux bardes moussus au cœur si pur, En ternaires comme eux pleins d'innocence.
Un rossignol du temps du bel Arthur Pleure au sommet d'un chêne druidique.
Et son chagrin s'envole dans l'azur.