LA FOLIE DE TITANIA
On voit s'ouvrir la forêt fatidique Où, flagellé par le vent des remords, Saute et glapit tout un peuple impudique.
Tremblez! C'est l'heure où l'on jette les sorts. Minuit sonne. Tremblez. — • Comme de juste. Le tout finit par l'office des morts.
Mais c'est en vain que le chanteur ajuste Les fins ressorts du palais de carton Qu'il doit emplir de son souffle robuste.
Il s'enfle en vain, le noble baryton.
Titania baille au meilleur passage.
La belle, hélas! n'entend pas le Breton.
Comme autrefois une fleur au corsage.
Elle revit jusqu'au moindre moment De cette nuit qui ne fut pas trop sage.
Un souvenir, — ah Dieu! qu'il est charmant! Dans le gris-bleu d'une brume automnale, Lui montre encor l'irrésistible amant.
y8 AU BOIS JOLI
L'amant joli qui cause sa fringale, Celui qui vint, avec les papillons, Tourner autour de la rose idéale.
La jeune lune a de joyeux rayons; De tous côtés s'illumine la mousse.
C'est la nuit folle aux mille carillons.
C'est la nuit bleue, adorablement douce, La claire nuit, la nuit de la Saint-Jean Où l'on entend l'amourette qui pousse.
Par les bons soins d'un sylphe diligent, Le chêne sombre et l'orme qui verdoie Se sont tous deux vêtus de bel argent.
Et c'est l'ivresse, et c'est la grande joie; Sous les arceaux de la vaste forêt C'est l'immuable aurore qui flamboie.
Chut! Qu'est-ce donc? Rien qu'un âne qui brait. Les petits nains cessent leurs sarabandes. Chut, chut et chapeau bas. Il apparaît.
Le front orné d'amoureuses guirlandes, C'est lui, le grand, l'invincible Oreillard. On voit s'enfler ses narines gourmandes.
Rustre jamais ne parut si gaillard.
Tout frétillant de grâce polissonne.
Sur l'assistance il ouvre un œil paillard.
Titania l'a vu. Son cœur frissonne; Elle soupire et rougit et pâlit.
— « O ciel! Quelle est cette noble personne ?
« Sur ma parole, un seigneur accompli.
Vrai parangon et trésor de nature!
Lui seul. J'en jure, est digne de mon lit! »
Et d'une main flattant la créature, Elle la fait coucher à ses genoux.
O lamentable et risible posture!
— « Mon tendre amour, mon gâteau de miel doux. Gentil mortel, d'où vient votre surprise?
Ne m'attendiez-vous pas? Égavez-vous?
« De tes accents mon oreille est éprise. Mon cœur volage est fou de ta beauté.
Et j'aime aussi cette robe un peu grise.
« Ici respire un éternel été.
C'est mon domaine et je t'en fais hommage.
Tu resteras dans le cercle enchanté.
« Mille oiselets au magique plumage T'enchanteront de leur vol éclatant; Dans l'eau des fleurs tu verras ton image.
« Et je te donne, ô mon fier combattant. Pour te servir, un chœur de jeunes fées Qui bercera ton sommeil en chantant.
« Sylphes mutins, nymphes ébouriffées, Apparaissez, gentils esprits des bois; De mon vainqueur apprêtez les trophées.
« Soyez pour lui gracieux et courtois.
Nourrissez-le de mûres, de groseilles.
De blonds raisins, de figues et de noix.
« Vite, coupez les cuisses des abeilles. Allumez-les aux yeux du ver luisant.
Pour éclairer cette nuit de merveilles! »
Sire âne alors entonne un chant plaisant.
Branle l'oreille, agite sa perruque.
Dieu! qu'il est drôle! et quel air suffisant!
— « Hi, han! hi, han! madame, on vous reluque, Hi, han! hi, han! l'on vous trouve assez bien. » De longs frissons lui courent sous la nuque.