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LA FOLIE DE TITAN' I. A

Et la princesse embrasse le vaurien.

— « O ma joie ineffable, oh! que je t'aime!

Te voilà tout à fait aérien !

« J'ai sur ton front posé mon diadème;

Ma bouche, vois, ne sait que te prier.

En mes veux clairs j'ai mis tout un poème.

« Je suis la vigne à l'entour du mûrier. Mon cœur s'en va lorsque je te regarde. Ah! que je t'aime, 6 bel aventurier!

« Allez, mon page, allez. Grain de Moutarde, Où vous savez, préparer mon lit blanc!

Et vous, silence, ô forêt babillarde! »

Grain de Moutarde est un esprit volant. Le voilà de retour. Mais quel prodige!

Qu'est devenu l'impavable galant?

Quel vent cueillit cette fleur sur sa tige? Évanoui, le mignon tant chéri!

Et seule au bois, Titania s'afflige.

Rien de lui n'est resté, pas même un cri. Qui l'eût pensé qu'un àne fût si traître? Hélas! princesse, un bon tour de mari.

C'est Obéron qui l'a fait disparaître.

Loin du pays féerique, en un vert pré, Dans la luzerne on pourrait le voir paître.

Et c'est pourquoi la reine au crin doré Est là pleurante en ses voiles de gaze, Pourquoi son cœur est si désespéré.

Sur ce qu'on aime aisément on se blase. Mais une absence a du bon quelquefois.

C'est le moyen d'entretenir l'extase.

— « Bel inconnu qui m'avais sous tes lois, Soupire encor la folle, ah! je le jure Par cette voix qui ravissait les bois,

« Tu n'étais pas déloyal ni parjure.

Tant d'innocence éclatait dans tes yeux! Jamais ton cœur ne m'aurait fait injure.

« Comme tu dois souffrir sous d'autres cieux. Triste exilé sur la terre étrangère, Si loin des lys du jardin merveilleux!

« Non, ta beauté n'était pas mensongère; Tu n'étais pas de ces faux chevaliers Qui dès le soir délaissent leur bergère.

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« Nos doux serments ne sont pas oubliés. Rien jusqu'ici n'a pu rompre la trame Des trois fils d'or qui nous avaient liés.

a Va, je connais la couleur de ton âme. J'ai vu tes pleurs et je sais ton chagrin, J'entends encor ton chant qui me réclame. »

Et c'est toujours, toujours même refrain. Ah! belle dame, attendez-le sous l'orme. L'aventureux et rendre pèlerin.

Et Bottom? — Lui, n'a pas changé de forme.

Baudet il fut, baudet il est resté.

Tout luisant d'aise avec un ventre énorme.

Il a gardé son regard effronté,

Son vaste mufle et ses larges oreilles,

Et c'est encor le même àne bâté.

Toujours orné de grâces nonpareilles,

11 va s'ébattre au milieu des roseaux

Et d'autres fois il rend visite aux treilles.

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Ses pieds menus, ses jambes en fuseaux Ont quelque peine à promener sa panse; Dans la prairie il fait peur aux oiseaux.

D'ailleurs fringant et gaillard, comme on pense. Digérant bien ses quatre ou cinq repas, Dieu veuille un jour lui bailler récompense!

Quant à sa dame, il ne s'en cnquiert pas; De cette perte il n'a douleur aucune.

— « Ma foi, dit-il, un fameux débarras!

« L'aimer? Autant courir après la lune.

En moins d'une heure, elle a tourné vingt fois.

Puis elle est blonde et je suis pour la brune.

« C'est vrai pourtant qu'elle adorait ma voix. Je lui plus fort. Elle a du goût sans doute. Mais que le diable emporte son patois!

« Toujours des mots où je n'entendais goutte : • — « Mon cœur, mon roi, ma vie, et caetera. » - Non. Qu'on m'amène une ânesse qui broute.

« Je veux, sur l'air du tra deri dera, La biscoter sans tant de simagrées.

A la bonne heure on se dégourdira.

LA FOLIE DE TITAN' I A Sf

« Hi, han! Hi, han! bran pour les mijaurées!

Suis-je taillé pour faire un Céladon,

Moi qui ne suis qu'un danseur de bourrées?

« Quand de son cœur la folle m'eut fait don, Sur mon poil tendre elle effeuilla des roses; Elle eut mieux fait de m'offrir un chardon. »

L'àne, ayant dit ces mémorables choses, Content de lui, renifle longuement, Cabriole, s'ébroue et prend des poses.

— « J'en ai soupe, de ce métier d'amant. Lorsqu'elle prit la poudre d'escampette, Notre princesse agit très sagement.

« Très sagement, oui-da, je le répète.

Un jour de plus, je l'allais renvoyer

A ses parents, sans tambour ni trompette. »

Et l'orateur, fier de son plaidoyer, Tout à l'entour lance une pétarade, Puis par la plaine il s'en va festoyer.

La belle pleure et le vilain gambade.

Robin des Bois

^ Raymond T>aly.

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