‹ Au bois joliChapitre 16 sur 22 · F^O'BI^ VES 'BOIS · texte numérisé non relu

F^O'BI^ VES 'BOIS

Au temps où l'épine blanche Scintille à tous les buissons, Où d'amoureuses chansons S'envolent de branche en branche.

Quand on voit par les sentiers Rougir l'épine-vinettc, Sauter la bergeronnette Aux pointes des églantiers,

Sous la feuille qui verdoie.

Au milieu du bois en fleur, Robin, le hardi voleur, A toujours le cœur en joie.

Sa bonne arbalète au flanc, Son franc gourdin sur l'épaule, Dès le petit jour, le drôle Bat les fourrés en sifflant.

Entre l'érable et le hêtre, A l'ombre du chêne altier, 11 nargue le monde entier.

La forêt défend son maître.

La forêt l'aime. 11 est beau; Plus d'une en sait quelque chose.

11 porte à son bonnet rose Une plume de corbeau.

Et gai, la mine éveillée.

Adroit, leste, dégourdi. Jamais garçon plus hardi Ne parut sous la feuillée.

Ce beau matin, justement, Son humeur est fort gaillarde.

C'est en riant qu'il regarde S'éveiller le bois dormant.

Frais et dispos, il écoute Les oiseaux qui font leur train; Gare au pauvre pèlerin Qu'il va trouver sur sa route.

ROBIN DES BOIS

Gros-Jean, l'honnête vaurien, Est quelque part en débauche.

Bah! Robin n'est pas trop gauche.

Lui tout seul, ça suffit bien.

Qui chevauche à la maie heure Dans le matin blême encor?

Un chevalier tout en or Avec la barbe qui pleure.

Soudain il voit se dresser

Une ombre au bout de sa lance :

— « Gueux, fait-il, quelle insolence!

Manant, laisse-moi passer! »

— « Ah! c'est ainsi, mon brave homme!

Bon, nous allons rire un peu.

Mais avant tout, de par Dieu, Descends vite, ou je t'assomme! »

Et, comme un désespéré Qui se rue à la bataille, Robin fonce, pique, entaille Avec son bâton ferré.

92 AUBOISJOLI

Le bon chevalier riposte Et fait, ma foi, de son mieux.

Mais le gas, toujours joyeux, Reste droit et ferme au poste.

Pic et pic : Vlan sur le cou.

Vlan sur le flanc, sur l'aisselle.

Le fer fume. Une étincelle S'en envole à chaque coup.

Flic et flac et torgne lorgne, Vlan sur le dos, sur les bras; Une pointe, et, patatras :

Voilà le chevalier borgne!

Voilà le cousin du roi Chu sur l'herbette mouillée, La cervelle écrabouillée.

Les os en grand désarroi!

Robin lui sort sa cuirasse.

Le met nu comme un Saint Jean, Et de tout son bel argent Prestement le débarrasse.

Puis sans demander rançon, Gracieux et pitoyable.

Il lui dit : « Va-t'en au diable ! » N'est-ce pas un bon garçon?...

RO BI N DES BOIS Ç'

La sueur, comme une pluie.

Lui dégouline du front.

Il s'esclaffe, en franc luron, Dans sa barbe qu'il essuie.

Mais voici qu'a retenti

Un léger bruit de sonnaille.

Encore quelque canaille

Qui cherche un mauvais parti!

Et, redevenu farouche, Robin reprend son épieu.

Un éclair en son œil bleu.

Un bâillement sur la bouche.

Trottant, trottant, trottinant.

Passe un moine sur sa mule Dont la panse dissimule Un bissac d'air avenant.

— «Eh! père, allez-vous en Chine!

Quel train! vous prendrez du mal..

Tudieu! le bel animal!...

Qu'a-t-il donc, là, sous l'échiné? »

— • « Fi! mon fils. Holà, holà!

Toucher à notre prébende!

Mais béni soit qui s'amende :

Vite agenouillez-vous là. »

— « Soit! mon père, à votre guise.

Écoutez donc mon aveu :

Depuis longtemps j'ai fait vœu De soulager sainte Église. »

Et preste! d'un tour de main La plus sainte des sacoches Se déverse dans les poches Du baron de grand chemin.

Pauvre renard pris au piège, Le tonsuré crie : — « Hélas!

Viide rétro, SatiVias !

A la garde! au sacrilège! »

En vain... Tant de bons morceaux Fricassés par les dévotes :

Souvenirs de gelinottes, Fins confits de bécasseaux,

Tout ce manger délectable.

Jadis cuit à petit feu, Humbles serviteurs de Dieu, Fait la nique à votre table.

ROBIN DES BOIS 9f

De son fardeau soulagé, L'âme en deuil et le sac vide, Le déconfit tourne bride Sans même prendre congé.

— « Recommandez-moi, cher moine, A votre Communauté. »

C'est Robin qui, l'éhonté, PoufFe en sa barbe d'avoine.

— « Surtout ne m'oubliez pas.

Cette nuit, dans vos prières... »

Mais déjà, par les clairières,

La mule allonge le pas.

Sur l'herbe, au bord de la route, S'étend le hardi voleur.

— « Eh, bon Dieu! quelle couleur A ce pâté, quelle croûte!

« Peste! on vit bien, au couvent.

Je veux m'y rendre novice.

Voyez-moi cette écrevisse :

Vive l'art de Taillevent! »

Et, saoul de tant d'aventures, Sérieux comme un gourmet, 11 aspire le fumet De toutes ces nourritures.

Plouf, plouf, plouf! un percheron Du premier sentier débouche, Trimbalant, comme une souche, Un gros bonhomme tout rond.

Un bonhomme apoplectique Aux petits yeux dans du suif.

Qui tient de l'usurier Juif Et du courtaud de boutique.

C'est un marchand de Francfort, De Beaucaire ou de Golconde!

Il a fait le tour du monde.

Monté sur un coffre-fort.

Il va des monts à la plaine.

Du fond de Thune au Japon, Toujours gras, toujours fripon, L'escarcelle toujours pleine.

Et gaillards, tambour battant, En troussequins feuille morte, Trente valets font escorte A ce seigneur important.

ROBIN DES BOIS 97

Mais dès qu'elle a vu la trique Du gentil Robin des Bois, Toute la troupe à la fois A pris un vol chimérique.

— • « Holà! Jacques, Mathieu, Jean, Bons compagnons, vaillants reitres, Défendez le roi des maîtres!

Avant tout sauvez l'argent! »

Hélas! Mathieu fait la planche.

En une ornière étendu.

Jean est loin. Jacque est pendu Par les crins à quelque branche.

L'homme riche est resté seul, Marionnette falotte.

Qui verdit en sa culotte Comme un mort en son linceul.

Et Robin, frétillant d'aise :

— « Sac d'écus, pourquoi trembler?

Je ne veux que dégonfler

Ce ventre un peu trop obèse. »

Crac! c'est fait en un instant.

Ah! Seigneur, la bonne aubaine!

Que de nobles-à-la-reine, D'argent mat et d'or chantant!

98 AUBOISJOLI

O merveilles, ô magies!

Heaumes, croix, lunes, soleils!

Que de profils sans pareils Et d'illustres effigies!

Le bonhomme en est bourré Comme un gueux de pièces fausses. Il en tombe de ses chausses, De son chaperon fourré;

De sa perruque de soie Il en sort des quarterons.

Ainsi coulent les marrons Du bedon fleuri d'une oie.

Robin, nullement gêné, Tend son bonnet sous l'averse.

Et bénit le bon commerce Par qui le monde est orné.

Comme un ortolan sans plumes A fui le richard piteux.

Robin, nullement honteux, S'applaudit de ses coutumes.

ROBIN DES BOIS

Le voici bel argentier Du royaume de féerie.

Mon Dieu, l'heureuse industrie Et l'agréable métier!

Et plus amusé qu'un page, Dans le matin frétillant, Il écoute l'or vaillant Qui fait son joli tapage.

Ces ducats savent parler Et leur langage est céleste.

11 les fait d'une main preste Tinter, tintinnabuler.

Puis d'un coup sec les envoie S'éjouir au ciel vermeil, Heureux de voir au soleil Quelque prince qui flamboie.

Mais, quand il s'est bien gaudi, A la fin ce jeu l'assomme.

Son estomac de jeune homme Marque pour le moins midi.

— « Faisons, dit-il, chère lie, Sus à l'excellent pâté! »

Quant au Benedicite, J'ai grand'peur qu'il ne l'oublie.

«CLJOTHcCA Ottâvl«nt*L

lOO AU BOIS JOLI

Au long du ruisseau courant, Parmi les lys de la berge.

Comme un buveur à l'auberge Il s'installe en conquérant.

Le gazon lui sert de nappe.

Son siège est fait d'un bouleau; Dans les fleurs, au bord de l'eau, Il est plus heureux qu'un pape!

Et quelle ardeur à bâfrer!

Sous le feuillage tapies, Une corneille et trois pies Le regardent opérer.

Ce goinfre les intéresse.

Il va, sans choix ni merci.

De la daube au pied farci.

Du Bourgogne au vin de Bresse.

Adieu, gâteaux d'un écu!

Votre existence fut brève.

Le pâté n'est plus qu'un rêve; Les gimblettes ont vécu.

Cependant le bois chuchote, On dirait qu'il est content.

Sous les fourrés on entend Un menu chant de linotte.

ROBIN DES BOIS lOI

A l'ombre, au milieu des pots, Robin s'étend sur la panse.

Il a bien gagné, je pense, Quelques instants de repos.

Et sans oreillers ni draps Déjà ronfle le bon sire.

11 rêve qu'il vient d'occire Le terrible Fierabras.

Toujours prêt à la parade, Horrifique et corseté, Tervagant s'est présenté Pour venger son camarade.

— - « Un, deux ! — un, deux ! — un, deux, trois !

Défends-toi, chien d'infidèle!

Je te ferai, haridelle.

Lécher l'ombre de la croix! »

Et soudain Robin s'éveille, Bouche ouverte et l'œil béant.

Ah ! ce n'est pas un géant Qui le contemple. — O merveille!

Non, c'est un petit profil,

Le plus sémillant du monde,

Une fille rose et blonde

Aux veux bleus, couleur d'Avril.

Et derrière la friponne Se tient, pas trop rassuré, Un gros garçon, bien membre, A large face pouponne.

Dans la forêt du bon Dieu, Créatures innocentes, Tous deux allaient par les sentes.

En se bousculant un peu.

Sans se raconter grand'chose, Ils se tenaient par la main.

Ils cherchaient le vert chemin Où croît l'aubépine roce.

Le ronflement familier

Du bon Robin les enchante.

— « Eh ! vilain ! » — « Qu'est-ce, méchante ? »

— « Vois donc ce particulier! »

— « Comme il dort! Les belles quilles! Et que de pots il a bus! »

— « C'est un de ces gas barbus Qui, le soir, font peur aux filles. »

ROBIN DES BOIS lO'J

— « Il rêve, j'en parierais, Qu'il est à quelque bataille.

Laissons couler la futaille. »

— « Regardons. » — « Mais pas trop près

La tignasse ébouriffée, Robin surgit tout à coup.

On entend crier au loup Le béjaune avec sa fée.

Cet air de lune endormie Est pourtant plaisant à voir.

Et Robin, sans s'émouvoir :

— « Ne crains rien, petite amie.

« Écoute le bel argent Qui tapage en ma pochette.

Donne-moi ta main blanchettc Et ton joli cœur changeant. »

Il prend la belle et lui plante Sur la nuque un franc baiser.

Pourrait-elle refuser Une aubade si galante!

Elle fait bien des façons, Mais au fond c'est pour la frime.

Est-ce donc un si grand crime D'adorer les beaux garçons?

I04 AUBOISJOLI

Le refus rit sur sa bouche, Le désir flambe en ses yeux.

Et déjà l'amour joyeux N'a plus rien qui l'effarouche.

Le faucon apprivoisé Vole sur le poing du maître.

Le pauvre amoureux champêtre En est tout scandalisé.

S'il osait! Quelle ruade Dans les mollets du fripon Qui vous trousse un blanc jupon Comme on boit une rasade!

Mais le gaillard est prudent.

Se fâcher n'est point sa mode.

« Trop de sagesse incommode, »

Pense-t-il. — Et cependant

Robin, que rien n'embarrasse, Va toujours son train d'amour Et cueille la fleur du jour Sur la gorge qu'il embrasse.

— « Ami, quel air hébété!

Dit-il enfin, hors d'haleine; Prends cette bourse; elle est pleine.

Va-t'en boire à ma santé. »

ROBIN DES BOIS I Of

Robin pétille de joie, Robin a le cœur en feu, A voir sous le grand ciel bleu Son rovaume qui poudroie.

A l'ombre du bois épais S'épanouit tout son être.

Ils sont unis, chêne ou hêtre, Dans la guerre et dans la paix.

■ — « Merci, frères de mon âme.

Frênes, bouleaux élancés, Qui là-haut me bâtissez Un palais toujours en flamme!

« Soyez tous les bienvenus.

Arbres à la rude écorce, Soutiens de ma jeune force.

Compagnons aux fronts chenus.

« Nourrissons de la même Eve, On nous fit la même nuit.

Le même soleil nous cuit, Nous avons le même rêve.

« L'argent du même ruisseau A coulé sur notre tête.

Le vent qui vous met en fête A chanté sur mon berceau.

« Merci, forer, merci, vieille, Grand'mère qui me défends!

Le meilleur de tes enfants Te sourit quand je m'éveille.

« Entre la biche et le daim J'aime à tenir cour plénière.

A moi la fleur printanière; La forêt est mon jardin.

« A moi la lice velue, La louve et le louveteau.

La forêt est mon château, .Mon donjon, ma tour feuillue.

« Aïeule, que dis-je? Oh non!

Vivent ses métamorphoses.

Elle se couvre de roses Sitôt qu'elle entend mon nom.

« Les pieds nus dans la rosée, Chaque soir elle m'attend.

C'est elle mon cœur chantant, Ma toute verte épousée.

ROBIN DES BOIS I O7

« Elle a toujours obéi A qui tenait sa main blanche, Comme l'or son âme est franche; Jamais elle n'a trahi.

« Je suis l'abeille qui rôde

A l'entour de l'églantier.

Je chante d'un cœur entier

Ma belle au.x yeux d'émeraudel a

Robin sent le vent léger Qui le caresse et l'enlève.

Robin sent le vent du rêve En ses cheveux voltiger.

— « Ohél de la chattemite, Papelards et chats-fourrés, Lécheurs de gâteaux beurrés.

Trousse-cul de la marmite,

« Marlous, truands et vauriens Gueusant le reste des tables.

Ducs, marquis et connétables, Tondeurs d'écus ou de chiens,

Io8 AUBOISJOLI

« Porteurs de pourpre ou d'hermine, Capitans voguant sur mer, Gens du roi, suppôts d'enfer, Pauvre petite vermine,

« Regardez, race de poux, Le front bas dans la poussière, Un gas de la Bëcassière, (Quelqu'un qui vaut mieux que vous.

« Je suis fort et je suis brave.

Toujours en belle santé; j'ai de l'argent à planté.

J'ai de bon vin plein ma cave.

« Je suis beau quand je me bats; .Mon sang est puissant et riche; Jamais, jamais je ne triche En amour comme aux combats.

« J'ai l'art de charmer les filles Et sais leur moindre secret; En leur cœur comme en forêt J'allume un feu de brindilles.

« Le soleil aux blonds rayons Vient à point quand je l'évoque.

Dans les plumes de ma toque Tourne un vol de papillons.

RO BIX DES BOIS I CÇ

« Eh! vous autres, rien-qui-vaille, Tâchez donc d'en faire autant!

Vous pleurez; je suis content.

Vous gueusez; moi je travaille.

« Grippe-sous, écornifleurs, Gens d'usure et de boutique.

Reniflez l'air méphitique; J'habite au milieu des fleurs.

« Allez au vent des cuisines, Flairant par les soupiraux L'odeur des vins et des rots; Je bois aux sources voisines.

« Le vent qui souffle des monts Gonfle ma large poitrine.

Il a la saveur marine; J'en ai rempli mes poumons.

« Le vent qui vient de la plaine Me berce comme un ami, C'est lui qui m'endort parmi Le thvm et la marjolaine.

« La nature me comprend; J'ai vu l'àme sous l'écorce.

J'aime à retremper ma force Dans l'écume du torrent.

« Tout mon être crie et vibre Avec la voix des forêts.

Je parle à Dieu de tout près; Je suis joveux, fier et libre! »

Mais du village lointain Part un léger son de cloche, Et voici qu'il se rapproche, Grêle, clair, tout argentin.

C'est l'angelus qui s'envole Au ciel infiniment pur, La prière en plein azur Qui rassérène et console.

C'est l'angelus villageois; Il a franchi les collines, Et ses notes cristallines S'égrènent à travers bois.

Robin bravement se signe.

Et, dépêchant un ave :

• — « On me tient pour réprouvé,

Mais, vive Dieu! quoique indigne.

ROBIN DES BOIS III

ce Je suis encor bon chrétien Comme au sein de ma nourrice.

Ma très douce impératrice, Notre-Dame le sait bien.

« Les mangeurs de patenôtres.

C'est vrai, m'intéressent peu.

Ne peut-on adorer Dieu Sans cajoler ses apôtres?

« Vienne à passer quelque sot, Volontiers je le moleste.

Mais pour avoir la main leste, On n'est pas un parpaillot.

« J'aime à boire, j'aime à rire, Si l'on ne me pousse à bout; Je ne suis pas, après tout, Aussi noir qu'on veut bien dire.

« O reine du bois en fleur.

Du bois et de la prairie.

Prenez, ô Vierge Marie, Pitié de l'humble voleur! »

Rondes et Chansons

^4 Hippolyti' Herhcl.

T^O^VES ET CHzi^SOVX^S

LA primevère Fleurit les bois.

Et moi, je bois Mon petit verre.

Le firmament Se vét de rose; Moi, je m'arrose Abondamment.

Charmante brune, A la santé De ta beauté De clair de lune!

Il6 AliBOISJOLI

Eh, eh! je vois Ta chemisette; Fais-moi risette Une ou deux fois.

Quelle folie D'être grognon Quand ma Nanon Est si jolie!

Comment peut-on Parler en prose Lorsque la rose Est en bouton !

AN NETTE, au point du jour.

Mirliton, mirlitaine, Se mire à la fontaine, Dans le jardin d'amour.

Annette s'émerveille.

Elle soupire en vain.

Et c'est l'instant divin Où le printemps s'éveille.

Ses yeux languissamment Regardent l'eau dormante.

Et c'est l'heure charmante Qui précède l'amant.

— « Qu'on me dise à quoi pense Ce marjolet moqueur.

N'auras-tu donc, mon cœur.

Jamais ta récompense? »

I l8 AU BOIS JOLI

Et voici qu'un beau grs Vient accoler Annctte.

— « Brunette, ma brunette, Ne t'effarouche p?.s.

« J'adore ton sourire Et, je ne sais pourquoi, Quand je suis près de toi.

Je n'ai plus rien à dire.

« Je n'osais t'approcher.

Mais le printemps commande, Et ma peine est trop grande Pour la pouvoir cacher. »

Annette, renversée Aux bras de son ami, Les yeux clos à demi.

Sourit à sa pensée.

Et tout chante à l'entour, Mirliton, mirlitaine.

Les fleurs et la fontaine.

Dans le jardin d'amour!

LA belle Rosemonde A fait choix d'un amant.

C'est bien le plus charmant Qui soit de par le monde.

Tourne, tourne, ma ronde.

Envole-toi gaiment!

Dès l'aube, à sa fenêtre Il accourt, tout joyeux :

— « Ouvre tes jolis yeux, Hàte-toi d'apparaitre!

L'amour est le seul maitre De la terre et des cieux.

« Donne ta bouche rose.

Que j'y cueille un baiser.

Je veux apprivoiser Ce joli cœur de rose. »

Et si douce est la chose Qu'on ne peut refuser.

120 AUBOISJOLI

La belle Rosemonde A fait choix d'un ami.

Ce n'est pas à demi Qu'il adore sa blonde.

Tourne, tourne, ma ronde, Nous avons trop dormi.

Gentilles bachelettes,

11 faut en faire autant.

Quand vient le mois chantant,

Ne restez pas seulettes.

Amours et violettes

Ne durent qu'un instant.

J'ai caché l'épine verte Dans mon tablier d'argent.

Parions que c'est Gros-Jean Qui fera la découverte.

Oh! oh! Le bois s'est empli D'un bruit de sources clairettes.

Amourettes, mes amourettes.

Amourettes du bois joli!

Il doit arriver un prince Pour m'offrir des muguets blancs.

Ce n'est pas de ces galants Comme on en voit en province.

Viendra-t-il de Tripoli?

Sera-ce le roi des Brcttes?

Amourettes, mes amourettes, Amourettes du bois joli!

122 AUBOISJOLI

Par malheur, celui qui m'aime Ne m'a jamais dit son nom.

Je crois bien qu'il est mignon De l'empereur de Bohême.

Ça ne fera pas un pli, S'il se connaît en fleurettes.

Amourettes, mes amourettes, Amourettes du bois joli!

Je veux lui voir l'apparence D'un seigneur du temps ancien.

Qu' Qu' Qu' Qu'

1 devise et chante bien, 1 fasse la révérence, 1 soit gai, qu'il soit poli, 1 ait des façons discrètes.

Amourettes, mes amourettes, Amourettes du bois joli!

J'ai du vert, du bleu, du rose,

J'ai de l'or à vous donner.

Galants, venez jardiner;

Je sais où fleurit la rose.

Tire 1ère, tire li.

C'est le chant des bergerettes.

Amourettes, mes amourettes, Amourettes du bois joli!

ELLE gardait ses blancs moutons Dans la prairie, au clair de lune.

— J'aime la blonde, aussi la brune. — Elle gardait ses blancs moutons,

La bergerette aux blancs tétons.

Le fils du roi vint à passer,

Qui par les bois faisait sa ronde.

— J'aime la brune, aussi la blonde. — Le fils du roi vint à passer,

Qui lui demande à l'embrasser.

— « .Ah! fils du roi, pourquoi toujours Aller au bois chercher fortune?

— J'aime la blonde, aussi la brune. — Ah! fils du roi, pourquoi toujours

Au moindre vent virer d'amours? »

— « L'amour! Qu'y faire? Il est changeant. Comme le ciel, la terre et l'onde.

— J'aime la brune, aussi la blonde. — L'amour! Qu'y faire? Il est changeant.

Rien ne vaut l'or, sinon l'argent. »

— « Mais nous pleurons, nous, pauvres cœurs Sans espérance ni rancune.

— J'aime la blonde, aussi la brune. — Mais nous pleurons, nous, pauvres cœurs, De l'abandon de nos vainqueurs! »

— • « J'aime la blonde et je fais bien, Puisque c'est le trésor du monde.

— J'aime la brune, aussi la blonde. — J'aime la blonde et je fais bien ; J'aime la brune et n'y peux rien. »

u'elle a les veux doux, Manon la gantière!

Dans la ville entière On fait les cent coups, Depuis qu'elle exerce Son joli commerce.

Qui veut du velours

Ou du fil de soie?

Qui veut de la joie

Pour quatre ou cinq jours?

Qui veut une oeillade

Dans la soleillade?

Accourez. Manon N'est pas trop farouche, Et jamais sa bouche N'a répondu : Non.

Rembarrer le monde?

Elle est bien trop blonde.

C'est l'oiseau siffleur Qu'un rien émoustille, L'oiseau qui frétille Sur la haie en fleur; C'est la lune claire Qui rit pour nous plaire.

Oh! cet oeil follet!

Et quelle amusette.

Sous la chemisette Et le bavolet.

Ces nénés tout roses Qui semblent des roses!

Heureux le galant Que ton cœur préfère!

C'est à lui de faire Un joli nœud blanc, Charmante gantière, A ta jarretière!

LA Marinette A des yeux verts.

De grands yeux clairs.

Et c'est une finette.

En son printemps, Toute plaisante, On lui présente Un vieux de soixante ans.

— « Dame jolie, Écoutez-moi.

J'ai bien de quoi; Ma pochette est remplie ! »

— « Fi, le vilain ! Comme tu trembles!

Jean, tu ressembles A Tàne du moulin.

« Que sais-tu faire?

Toujours causer.

Un doux baiser Ferait bien mieux l'afFaire.

« Pars, bel oiseau, Reviens dimanche.

La rose blanche N'est pas pour ton museau! »

La Marinette A de grands yeux Et l'air joyeux D'une bergeronnette.

Jeune galant Frappe à la porte.

Fier, il apporte Un bouquet rose et blanc.

— « Dame jolie, Je ne suis rien ; J'ai pour tout bien

D'aimer à la folie ! »

— « Hélas! mon Dieu, Quelle fadaise !

Entre donc, Biaise :

La soupe est sur le feu.

« Que sais-tu faire?

Aimer beaucoup.

Buvons un coup :

Tu feras bien l'affaire.

« Prends, cher amant.

L'oiseau qui chante.

Je suis méchante Pour les vieux seulement. »

LE frais matin lutte Avec le grand jour.

J'entends le tambour, Le fifre et la flûte.

Quatre régiments Reviennent de guerre.

Fi ! je n'aime guère Tous ces garnements.

Roussin qui se cabre Me fait si grand'peur!

On est si trompeur Quand on porte un sabre!

Ran, plan, ran, tan, plan, Voici l'avant-garde.

Comme on me regarde!

J'ai le cœur tremblant.

Bon Dieu, bonne Vierge, Que de Diables verts Qui battent les airs Avec leur flamberge!

Tout leur sera bon.

On tue, on embroche; Pour eux on décroche Le meilleur jambon.

Frisant leurs moustaches, Fiers comme Artaban, Ils vont titubant Dans leurs sabretachcs.

Adieu, villageois, Ton fût de piquette; Ton bobo, Criqucttc, En a pour neuf mois.

Ah! comme on s'empiffre I Mais qui donc, là-bas,

Soupire tout bas ?

C'est le petit fifre.

Le beau marjolet, Frais comme une pomme!

Dirait-on un homme?

Pas un poil follet.

Mais pour l'assurance Il vaut un ancien.

Quel musicien A le roi de France !

S'il me fait la cour, 11 aura, je pense.

Pour sa récompense, Joli brin d'amour.

RONDES ET CHANSONS l ] '^

JEANNOT de la lune, Mon mari joli, Veut faire fortune, S'en va-t-au Chili.

11 quitte sa vigne Et son petit pré.

Mon Dieu, quelle guigne!

Et qu'il a pleuré!

Mari, mon mari, ne pleurez pas tant!

J'ai la larme à l'œil quand je vous entends.

11 m'a, dans la chambre, Embrassé' trois fois.

Quel vent de décembre!

J'en ai froid aux doigts.

Il veut, sur la porte, M'embrasser cncor.

Que le diable emporte Mon joli trésor!

Mari, mon mari, n'embrassez pas tant!

Croyez-vous toujours avoir dix-huit ans

— « Combien, ma poulette,

Tu vas t'ennuyer

De rester seulette

Au coin du foyer ?

Si le temps se brouille,

Il s'éclaircira.

File ta quenouille!

Ca te distraira. »

— Mari, mon mari, que c'est attristant! Comment vais-je bien employer mon temps

« Garde tes joues roses.

Je te reviendrai.

Que de belles choses Je t'apporterai !

Mille fanfreluches.

Un tas d'affiquets, Quarante perruches Et trois perroquets! »

— Mari, mon mari, n'en faites pas tant, Donnez-moi plutôt tout l'argent comptant.

RONDES ETCH AN SON s l])

Faut-il qu'on s'habille De ce vilain noir Pour un qui roupille Du matin au soir ?

Ah ! quelle folie D'épouser un vieux.

Quand on est jolie Et qu'on a mes yeux!

Mari, mon mari, le coucou chantant, Vous ne savez pas ce qui vous attend.

J'ai là, porte close.

Un ami douillet Qui fleure la rose Et qui sent l'oeillet.

C'est lui qui m'éveille Bien avant le jour; Il sait à merveille Le métier d'amour.

Mari, mon mari, j'ai le cœur content.

Ne revenez pas, c'est là l'important.

JH suis un petit tambour, Tout petit, mais assez crâne.

Pour les princesses d'amour Je bats gaiment la peau d'àne.

Je suis vert, je suis galant, Ran tan, ran tan, ran tan plan!

Une rose à mon chapeau.

Et mon chapeau sur l'oreille, Je suis toujours le drapeau Quand il marche vers la treille.

Vers la treille au raisin blanc, Ran tan, ran tan, ran tan plan!

Mardi, je \is se coiffer Marion du clair de lune; Je rêvai de dégrafer Le corsage de la brune, .'^h ! qu'il était opulent!

Ran tan, ran tan, ran tan plan!

RONDES ET CHANSONS ny

— « Belle aux yeux couleur du jour, Qui fleurissez sur la route,

Un petit air de tambour

Vous réjouirait sans doute?... »

— a Au large! Fi! Tinsolent! Ran tan, ran tan, ran tan plan! »

Les tambours sont gens de cœur; Je suis monté chez la belle.

Dieu m'aida. Je fus vainqueur.

J'enlevai la citadelle.

Ma baguette allait roulant, Ran tan, ran tan, ran tan plan!

J'ai, ma foi! très bien joué, Comme un diable j'ai fait rage.

On m'a dit : — « Dieu soit loué!

Vraiment, monsieur, pour votre âge Vous avez bien du talent.

Ran tan, ran tan, ran tan plan!

« Vous êtes un dégourdi, Et je vous dois un beau cierge.

Repassez l'autre mardi.

N'oubliez pas notre auberge.

L'enseigne est : Au Cœur volant, Ran tan, ran tan, ran tan plan! »

1 •jS AU BOIS JOLI

MARGOT, ma mignonne, entends-tu le vent Qui fait son fracas dans la cheminée?

Voici qu'a fleuri la nouvelle année.

Margot, ma mignonne, entends-tu le vent Qui fait son tapage, après comme avant?

Margot, ma jolie, entends-tu la sève

Qui monte à grands flots dans la foret d'or?

Voici qu'a fleuri l'amoureux décor.

Margot, ma jolie, entends-tu la sève

Qui monte et bouillonne à l'arbre du rêve?

Margot, mon trésor, entends-tu le blé Qui tout doucement veut venir au monde? Voici qu'a fleuri le cœur de la blonde. Margot, mon trésor, entends-tu le blé Q^ui veut voir enfin le ciel étoile ?

Margot de mon àme, entends-tu les roses Qui jasent d'amour au bord du ruisseau? Voici qu'a fleuri le fol arbrisseau.

Margot de mon àme, entends-tu les roses Qui jasent d'amour et d'un tas de choses?

Margot, Margoton, entends-tu mon cœur Qui gronde et tempête et pleure et soupire? Voici qu'a fleuri l'idéal empire.

Margot, Margoton, entends-tu mon cœur.

Ce gas si terrible à qui tu fais peur?

La Belle au boîs dormant

^■î %ohert de La Filleberve

Lc4 'BELLE c4 if BOIS VO^éMoi^T

C'est le château d'autrefois, Le blanc château du silence, Le château de somnolence Qui songe au milieu des bois.

Follement enchevêtrées.

Mille épines de leurs dards, Ainsi qu'autant de remparts, En défendent les entrées;

Et tout dort profondément.

Du même sommeil magique, Dans le manoir léthargique De la Belle au bois dormant.

144 AUBOISJOLI

L'eau dort aux vasques de marbre.

Et, comme elle ensorcelé, Dort le chant, presque envolé.

De l'oiseau qui dort sur l'arbre.

La cloche dort au beffroi, Le feu dort à la cuisine, Dame chatte et sa cousine Dorment sur le lit de roi.

L'intendant dort sous la table.

Son épouse dort debout.

Plus d'un conte dort au bout De leur langue infatigable.

Les servantes, à coté.

Dorment sur leur quenouillette.

L'aumônier dans sa douillette Ronflote avec majesté.

Çà et là quelque heureux page, A coup sûr franc garnement, Qui fait encore en dormant Un assez joli tapage,

Ou bien un brave seigneur Qui dort suivant l'étiquette.

Tandis qu'en songe coquette L'essaim des filles d'honneur,

LA BELLE AU BOIS DORMANT I4f

Er, dans la salle des gardes. Les vieux reîtrcs engourdis Serrent de leurs doigts roidis Leurs antiques hallebardes.

Sur un lit d'argent clair, au plus haut de la tour. Repose indolemment la princesse du Rêve, Si belle, en ses cheveux qu'aucun vent ne soulève, Qu'on dirait, à la voir, une sœur de l'Amour.

Un songe bienheureux tient ses paupières closes; Sur sa bouche divine, entr'ouverte à demi. Flotte, presque invisible, un sourire endormi. Dans la nuit de printemps c'est le sommeil des roses.

Parfois une rougeur monte à son front charmant; Son candide visage un instant s'illumine. Sous le bavolet d'or et la robe d'hermine Son sein de jeune vierge a frémi doucement.

Dans l'immense clarté d'une aube sans pareille. Elle a vu s'avancer, de soleil couronné. Celui qui doit venir, l'enfant prédestiné. La marche triomphale éclate à son oreille.

Ah! ce n'était qu'un rêve, un éclair dans la nuit!... L'écho s'est envolé des fanfares guerrières Comme un brouillard qui glisse au milieu des bruyères Le mirage d'amour tremble et s'évanouit.

En son lit virginal, adorablement blanche, La belle dort encore et dormira longtemps. Le sort le veut ainsi. Ce n'est que dans cent ans Qu'au parterre magique éclora la pervenche.

Hourrah ! c'est l'heure qui sonne!

Les cent ans sont écoulés.

Voici la saison des blés :

C'est le temps où l'on moissonne.

Hourrah! quatre fois hourrah!

Hourrah pour la saison verte!

Bientôt sous la faux alerte Le bon froment tombera.

Dans les bois, sous la ramée.

Où l'oiseau ne chante plus, Parmi les chênes feuillus S'éjouit toute une armée.

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