‹ Au bois joliChapitre 18 sur 22 · LA BELLE AU BOIS DORMANT · texte numérisé non relu

LA BELLE AU BOIS DORMANT

Mais celui que voilà dompte la destinée. Les servants de l'amour portent son étendard, Et devant lui, dans l'air joyeux, dans l'air gaillard. Sonnent gaillardement les cloches d'hyménée!

O merveille! Le bois s'est écarté soudain. Il reconnaît l'amant qui réclame sa mie. Avec ses lys fanés, dans sa gloire endormie. Surgit l'inoubliable et merveilleux jardin.

Le bel aventurier a franchi les allées : Il ne voit pas ce peuple au hasard étendu. Il sait que dans la tour est un joyau perdu, La chanson lui revient des cloches envolées.

Et c'est l'heure et c'est l'heure où s'azurent les flots. Où s'ouvre, en souriant, la féerique pervenche. Et l'enfant dort encore, idéalement blanche, Un nua^e de rêve autour de ses veux clos!

Le jeune homme l'a vue. Il regarde. Il écoute Battre si joliment ce cœur qui sera sien. Hors ce corps adorable il ne connaît plus rien. Et ses veux sont de feu. Son àme y passe toute!

Quand vient le mois d'amour, qui peut vous apaiser, O flammes du désir qui consumez le monde? L'adolescent, ravi, s'est penché sur la blonde : Comme on cueille une fleur il lui donne un baiser.

Un baiser, tout pareil à celui dont s'enivre, A chaque renouveau, l'univers délivré.

Le baiser de l'aveu sous le saule éploré. Le baiser frémissant, le baiser qui fait vivre!

Ah! revenez d'exil, oiseaux du bois joli! Réjouis-toi, forêt, prends ta robe de fête! Serpentez, liserons! chênes, levez la tête! Le vieux charme est rompu, le sort est accompli!

Sur son lit d'argent clair la vierge qui se dresse Tressaille, comme au seuil d'un pays fabuleux. Aussi fraiche que l'aube, elle ouvre ses yeux bleus, Ses veux de fleur, encore alanguis de paresse.

Elle dit tendrement : — « C'est vous, mon bien-aimé? Q^ue vous avez tardé! Pourrai-jc donc vous plaire? » Et son front se colore et sa bouche s'éclaire. Comme, au premier soleil, un beau lac embrumé.

Le soleil, le soleil! Il court sur les tourelles.

Il étincelle aux murs, il a tout envahi.

Le château réveillé le regarde, ébahi.

Et déjà dans la cour on entend des querelles.

Le chapelain se croit parmi les Bienheureux.

Il voit un pot de vin d'Espagne, il crie : — « A boire! »

L'intendant qui contait a repris son histoire.

Les pages étourdis se bousculent çntrç eux.

LA BELLE AU BOIS DORMANT Ifl

L'un fait une culbute, et l'autre d'un saut preste Tire la queue au chat qui s'étire en bâillant. La fille d'honneur jette un coup d'œil bienveillant Au miroir qui lui montre une forme céleste.

En habits surannés, les courtisans falots Ébauchent une antique et noble révérence. Monsieur le Chambellan, plus fier qu'un roi de France, Tàte du doigt la clef qui lui pend sur le dos.

En cercle cependant, les tranquilles servantes Dévident au rouet l'éternel écheveau, Et l'eau claire et le vent s'accordent à nouveau. Us ont recommencé leurs musiques savantes.

O puissance du baiser! L'amoureux est fou de joie.

■ — « Voici l'azur qui flamboie.

Tout le ciel va s'embras:er.

« Morte la force méchante!

Mort le vieil enchantement!

Tout s'éveille en ce moment.

Tout bruit, tressaille et chante!

« O princesse, adieu, adieu

A cette morne demeure

Où le temps sommeille et pleure,

Où rien n'entre du ciel bleu!

« En tes veines épuisées Va courir un sang vermeil.

Viens cueillir au grand soleil Le bouquet des épousées.

« Quitte ce château maudit Où le temps se décolore.

Viens voir, au bois de l'aurore, L'espérance qui verdit.

« Écoute l'air que soupire L'oiselet énamouré.

Regarde le ciel doré.

Terre et ciel, c'est ton empire.

« A nous, puisque nous aimons.

Les forets, la mer immense.

Et le champ qu'on ensemence, Et la neige sur les monts!

« A nous le parfum qui passe, La lumière qui s'enfuit!

A nous le chant de la nuit!

A nous le vent et l'espace! »

LA BELLE AU BOIS DORMANT If^

Il dit. — Frissonnante encor.

L'enfant que son cœur admire L'écoute et semble sourire A travers ses tresses d'or.

Tout bride, devant la porte Se cabre un cheval fumant.

En selle! — Maîtresse, amant, Un galop fou les emporte.

Où va le couple enchanté Qui s'enlace dans la brise?

A l'éternelle surprise, A la vie, à la clarté!

Célébrons le baiser qui vole dans les roses. Célébrons le baiser qui tourbillonne au ciel. 11 a l'odeur du lys, il a le goût du miel. C'est encore ici-bas la plus folle des choses.

La plus folle vraiment et la meilleure aussi. C'est l'oiseau matinal qui vit dans la lumière. Il couronne d'iris le toit de la chaumière, 11 met une éçlantine à côté du souci.

i ^"4 AU BOIS JOL 1

Son aile est toujours bleue et sa voix toujours tendre.

Il a l'âge du monde et semble tout jeunet.

Dès qu'il a préludé, l'allégresse renaît;

On passerait ses jours et ses nuits à l'entendre.

Qu'un jaloux fasse rage, il saura l'apaiser. Qii'une blonde s'attriste et pleure, il la console. C'est la chose du monde à coup sûr la plus folle. Pour enchaîner un cœur il suffit d'un baiser.

Amis, les amoureux, en longues ribambelles, S'en vont au bois joli raconter leurs tourments. Célébrons le baiser qui charme les amants, Célébrons le baiser qui réveille les belles!

A Paul Verlaine

c4 TcAUL VE\Lc4IC^E

DEPUIS l'heure divine où j'adorai les roses, Le sommeil de mon cœur s'est à peine éveillé Je suis resté l'enfant toujours émerveillé Qui croit à la bonté des hommes et des choses.

J'ai gardé la fraîcheur de mes yeux de vingt ans, Mon âme aux quatre vents ne s'est pas défleurie. Je sais tous les sentiers du pavs de féerie, Je suis le pèlerin de l'éternel printemps.

La nature se livre à qui la veut comprendre; J'ai goûté la douceur de son corps merveilleux. Le même bleu d'aurore est au fond de ses yeux, Le rose de sa bouche est toujours aussi tendre.

Par les plaines d'azur, par le monde enchanté. Sourd aux vaines rumeurs de la folie humaine. Je m'en vais, sans savoir où le hasard me mène, Vers la terre où fleurit l'immortelle beauté.

Heureux de me plonger dans le soleil de France, De respirer les fleurs et d'écouter le vent, Amoureux de lumière et toujours poursuivant Dans l'or pâle des soirs quelque folle apparence.

Et je me sens le cœur d'un franc ménétrier. Lorsqu'une blonde fille, en robe de futaine, M'accueille d'une oeillade au bord de sa fontaine. Et m'offre, en souriant, le vin de l'étrier.

Vision

,A uAïulrë Gcraril.

VISIOùXi

TOUTE rose avec un flot de cheveux blonds, Elle est à la porte du jardin des fées. Elle écoute au loin s'envoler par bouffées L'âme des tambourins et des violons.

Toute rose et toute frcle et toute blonde, Elle est sous l'églantine, au seuil du verger. Seulette, elle regarde au loin voltiger La lune de printemps qui luit sur le monde.

La bouche mi-close et le regard perdu Dans l'immensité de l'azur qui s'endeuille, Elle est sous l'églantine et le chèvrefeuille, A la grille d'or de l'enclos défendu.

Avec ses yeux vert d'eau, fleuris de mensonges. Ses airs alanguis de Belle au bois dormant. Elle est parmi les grands Ivs du firmament. Sur les marches d'argent du palais des songes.

l62 AU BO IS JOL I

Et chaque heure, en tournoyant, passe et s'enfuit. L'enfant demeure cahne et rien ne la touche. Un sourire ënigmatique est sur sa bouche; Sa chevelure flotte au vent de la nuit.

Tristesse aux Bois

^4 Charles Freiiiiiie

TRISTESSE cAUX 'BOIS

DEPUIS l'âge lointain qui vit l'aube première, Rien n'est plus doux au cœur qu'un matin de printemps, Alors qu'au frais appel des rossignols chantants. On voit trembler, aux bois, des gouttes de lumière.

Quand aux flûtes d'argent répondent les hautbois. Que de papillons bleus s'cmaillcnt les prairies. Que Rose et Madeleine ont des âmes fleuries, Rien n'est aussi charmant que la lumière aux bois.

C'est l'heure du désir, c'est l'instant de l'ébaude. Ah! dans cette clarté comme on est jeune encor! De l'or vaillant, partout de l'or, toujours de l'or Sous les frêles arceaux du palais d'émcraude.

l66 AU BOIS JOLI

L'oiselet dans les fleurs se plaît à voltiger, — Tel un cœur inquiet qui souffre d'une absence, Et les grêles bouleaux, blancs comme l'innocence, Mirent dans l'eau qui dort leur feuillage léger.

Parfois sous les fourres un murmure s'élève.

Une forme idéale apparaît au lointain

Et l'on croit voir danser l'image du matin.

Le bois s'est transformé. C'est le château du Rêve.

Mais quel souffle a passé parmi les églantiers? D'où vient que le muguet se fane avant d'éclore? Qiiel vent mélancolique, ô mon Dieu, décolore La parure éclatan'.c et folle des sentiers?

C'était trop de tendresse et de folàtrerie. Tant de roses de Mai faisaient honte à l'hiver. Un maudit enchanteur a surgi de l'enfer; Un seul coup de baguette a tué la féerie!

Dans les fleurs, au bord de l'île, Seulet, je m'en vais songeant.

Voici les cloches d'argent Qui sonnent sur l'eau tranquille.

Page 1