LE FO RESTI ER
— « Jean, hâte-toi de t'habiller.
L'air a fraîchi, le jour approche; Au village on sonne la cloche, Je vois d'ici le marguillier.
« C'est une noce, amour en tète.
La mariée ? Un mets de roi. Vite, vite, on n'attend que toi!
Prends tes habits des jours de fête. »
11 se leva bien tristement Et s'en fut sous les sombres chênes, Songeant, le pauvre, à tant de peines C^uc les gens souffrent en aimant.
— « Pourquoi cette lune si claire, Et qu'avait-elle à me presser?
L'amour! Ah! je l'ai vu passer, Mais je n'ai jamais su lui plaire.
« Gaillard chantant, gaillard dansant.
Qu'il ait une plume à sa toque.
C'est assez. Le reste, il s'en moque.
11 m'a trouvé trop innocent.
« C'est le servant qui caracole, A cheval sur un papillon.
Le lutin, coiffé d'un rayon De pâle lune, à moitié folle.
AU BOIS J O l I
« Il n'aime que le tambourin Des soldats de l'ile enchantée, Les doux propos de la nuitée, La verveine et le romarin.
« Et moi qui n'ai su, de ma vie.
Tourner un pauvre compliment.
Qui n'ose aborder seulement La belle que j'ai tant suivie!
« Arrive à moi quelque faraud, D'un seul poing je le désarçonne.
En forêt je ne crains personne.
Je peux suivre le lièvre au trot.
« Qu'on me donne mon arbalète, Je percerai la biche au cœur.
Hélas! Je crains le bleu moqueur Des veux de la moindre fillette.
« Ils sont si clairs, si doux à voir, Ces yeux pleins de folâtrerie!
Il faut toujours qu'on leur sourie.
Ils font le mal sans le savoir. »
Ainsi, féru de peu de chose, S'en allait le bon forestier.
Le vent éveillait l'églantier, L'horizon se teintait de rose.
L E FORESTl ER
Sans y prendre garde il allait Vers le château de la princesse Qui rit toujours, chante sans cesse Comme la source et l'oiselet.
Et devant lui sous la ramée Qu'Avril teignait de ses couleurs, — Tel un nuage dans les fleurs, — Marchait l'image bien-aimce.
Comme le jour prenait son vol, Ses cheveux d'or sur les épaules, Dans un sentier bordé de saules Il rencontra le rossignol.
Tout en voltigeant sur la branche.
En son latin l'oiseau parla :
— « Prenez par-ci, prenez par-là.
Vous trouverez la route-blanche. »
Le forestier s'en fut tout droit Du côté de la cressonnière.
L'amour y tient sa cour plénière.
Comme on y chante! Ah! quel endroit!
Là reposait la jeune belle, Toute vêtue en blanc satin, Et si fraîche à l'air du matin Avec ses veux de fleur nouvelle!
Sa chevelure était d'un ton A faire honte au soleil même.
Elle disait : — « Viendra qui m'aime.
Ah! mirontaine, mironton,
« J'entends déjà les sarabandes
Des violons du mois d'Avril.
Le chapeau fleuri de grésil,
Les amoureux s'en vont par bandes.
« Ils ont saccagé les buissons Et vont frappant aux portes closes.
Ils ont les mains pleines de roses, La bouche pleine de chansons:
— « Ohé, princesses de matines, « Faces d'argent, lueur du jour, « Souriez de vos yeux d'amour « A ceux qui portent l'églantine.
« Levez-vous. Qui reste endormi « Quand apparaît la violette?
« N'est-ce pas la saison follette « Où les filles font un ami r »