‹ Au bois joliChapitre 3 sur 22 · L E FORESTI ER · texte numérisé non relu

L E FORESTI ER

a Eh oui, la joie est sur le monde, Le temps a mis son bonnet bleu.

Allons, à la grâce de Dieu; Il me faut bien suivre la ronde.

« Mais qui choisir? Pierre est si laid, Jeannot si lourd, Mathieu si béte!

Clément porte la lune en tête, Jacque est tctu comme un mulet.

« Ils n'ont pas cueilli la verveine (Qu'elle se fane dans leurs mains.

De tels galants, par les chemins, On en rencontre à la douzaine.

« Aucun d'eux n'entend le métier, Le joli métier d'amourette.

S'il osait me conter fleurette.

J'aimerais bien le forestier.

a Un beau garçon de fière mine, A la bonne heure! et bien planté.

Les yeux flambants comme l'été.

Le cœur tout blanc comme l'hermine.

« Mais c'est Jean du Rossignolet, Qu'on ne peut tenir en servage.

Hélas! mon Dieu, qu'il est sauvage!

Pourtant, pourtant, s'il me voulait!

« S'il me voulait dire : Je t'aime, L'oiseile irait à l'oiseleur, Tout le pays serait en fleur, Ce serait le paradis mémo! »

Le cœur de la belle est parti Pour le château bleu du mensonge.

Elle a l'air de poursuivre un songe Dans les fourrés du bois gentil.

Dites-moi, qui faisait sourire Ses yeux de jeune farfadet, Ses yeux divins que regardait Le triste amoureux, sans mot dire?

Savait-elle qu'il était là,

Comme au vent la feuille du tremble!

Avait-elle ? Q^ue vous en semble?

On ne me l'a pas dit. Voilà.

Lui, pourtant, son cœur bat si vite!

Il doute s'il est éveillé.

C'est le coucou du bois mouillé Q^ui ne sait où trouver un gite.

L i; FORESTIER II

Mais bientôt quel ravissement!

Il tremble, il tremble. Son cœur saute. 11 lui semble qu'il va sans faute Mourir de joie en ce moment.

— n Ah ! qu'a;-je vu? La fleur qui chante. Les veux du jour vont se fermer.

C'est donc vrai, tu pourrais m'aimerr Redis-le, ce mot qui m'enchante.

« Redis-le, car je n"v crois pas.

Dame de l'aube, ouvre ton voile.

Tu brillais si clair, fraîche étoile.

Et je t'implorais de si bas!

a C'était toi, le vent qui s'élève.

Le rosier qu'on n'ose approcher, La biche blanche que l'archer Ne blessera jamais qu'en rêve.

« J'étais captif en ta prison

Et je bénissais ma geôlière.

Au.x sombres murs grimpait un lierre.

Je te voyais à l'horizon.

« .Maintenant la geôle est ouverte, Et le soleil entre partout.

Fille d'Avril, cousine d'Août, Viens voir fleurir la foret verte! »

Et comme au joli temps courtois Où Berthe filait sa quenouille, Devant sa dame s'agenouille Le forestier qui chasse au bois.

La belle a vu son ami tendre,

La belle a vu son doux ami.

— « Écoutez-moi cet endormi!...

Mais vous n'avez pas pu m'entendre.

« Fi, fi! passez votre chemin, On ne fait pas ici débauche.

J'ai le soleil dans la main gauche.

Les étoiles dans l'autre main.

« Je suis l'oiseau, je suis la rose.

Je suis la chaleur de midi.

Repassez sans faute mardi :

Vous trouverez la porte close.

« Je suis la biche au front doré, Je suis la lune de Bohème.

Repassez vers la mi-caréme; L'an qui vient, je vous aimerai. »

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