L E FORESTI ER
a Eh oui, la joie est sur le monde, Le temps a mis son bonnet bleu.
Allons, à la grâce de Dieu; Il me faut bien suivre la ronde.
« Mais qui choisir? Pierre est si laid, Jeannot si lourd, Mathieu si béte!
Clément porte la lune en tête, Jacque est tctu comme un mulet.
« Ils n'ont pas cueilli la verveine (Qu'elle se fane dans leurs mains.
De tels galants, par les chemins, On en rencontre à la douzaine.
« Aucun d'eux n'entend le métier, Le joli métier d'amourette.
S'il osait me conter fleurette.
J'aimerais bien le forestier.
a Un beau garçon de fière mine, A la bonne heure! et bien planté.
Les yeux flambants comme l'été.
Le cœur tout blanc comme l'hermine.
« Mais c'est Jean du Rossignolet, Qu'on ne peut tenir en servage.
Hélas! mon Dieu, qu'il est sauvage!
Pourtant, pourtant, s'il me voulait!
« S'il me voulait dire : Je t'aime, L'oiseile irait à l'oiseleur, Tout le pays serait en fleur, Ce serait le paradis mémo! »
Le cœur de la belle est parti Pour le château bleu du mensonge.
Elle a l'air de poursuivre un songe Dans les fourrés du bois gentil.
Dites-moi, qui faisait sourire Ses yeux de jeune farfadet, Ses yeux divins que regardait Le triste amoureux, sans mot dire?
Savait-elle qu'il était là,
Comme au vent la feuille du tremble!
Avait-elle ? Q^ue vous en semble?
On ne me l'a pas dit. Voilà.
Lui, pourtant, son cœur bat si vite!
Il doute s'il est éveillé.
C'est le coucou du bois mouillé Q^ui ne sait où trouver un gite.
L i; FORESTIER II
Mais bientôt quel ravissement!
Il tremble, il tremble. Son cœur saute. 11 lui semble qu'il va sans faute Mourir de joie en ce moment.
— n Ah ! qu'a;-je vu? La fleur qui chante. Les veux du jour vont se fermer.
C'est donc vrai, tu pourrais m'aimerr Redis-le, ce mot qui m'enchante.
« Redis-le, car je n"v crois pas.
Dame de l'aube, ouvre ton voile.
Tu brillais si clair, fraîche étoile.
Et je t'implorais de si bas!
a C'était toi, le vent qui s'élève.
Le rosier qu'on n'ose approcher, La biche blanche que l'archer Ne blessera jamais qu'en rêve.
« J'étais captif en ta prison
Et je bénissais ma geôlière.
Au.x sombres murs grimpait un lierre.
Je te voyais à l'horizon.
« .Maintenant la geôle est ouverte, Et le soleil entre partout.
Fille d'Avril, cousine d'Août, Viens voir fleurir la foret verte! »
Et comme au joli temps courtois Où Berthe filait sa quenouille, Devant sa dame s'agenouille Le forestier qui chasse au bois.
La belle a vu son ami tendre,
La belle a vu son doux ami.
— « Écoutez-moi cet endormi!...
Mais vous n'avez pas pu m'entendre.
« Fi, fi! passez votre chemin, On ne fait pas ici débauche.
J'ai le soleil dans la main gauche.
Les étoiles dans l'autre main.
« Je suis l'oiseau, je suis la rose.
Je suis la chaleur de midi.
Repassez sans faute mardi :
Vous trouverez la porte close.
« Je suis la biche au front doré, Je suis la lune de Bohème.
Repassez vers la mi-caréme; L'an qui vient, je vous aimerai. »