TRISTESSE AUX BOIS I7I
« Et si mon maitre, L'enfant Amour, Doit quelque jour Réapparaître. »
Mais ce chrétien De triste mine, Le Temps, chemine.
11 n'entend rien.
Hommes ni femmes Ne l'ont distrait.
C'est le furet Du bois, mesdames.
Au Sud, au Nord, Il passe, il passe, Pr.sse et repasse Jusqu'à h mort!
Je me suis évadé de la prison morose Où longtemps, si longtemps l'hiver m'a retenu. Et de nouveau naïf, enfant, presque ingénu. Mon cœur s'épanouit comme une fraiche rose.
Partout de la verdure et de l'or et des fleurs, Et le murmure ami des sources cristallines. Partout dans les ravins, sur le flanc des collines. Le clair scintillement de la rosée en pleurs.
Par les sentiers cachés du pays de merveille, Je m'en vais épier le soleil du bon Dieu, Guetter le premier chant que jette l'oiseau bleu A l'écho fraternel du bois qui se réveille.
Q^u'il fait bon vivre à peine, en écoutant son cœur. Avec les rossignols seul dans la maison verte ! — Mais quoi? cette blessure est-elle encore ouverte En cet air de printemps pourquoi tant de rancœur?
Qu'est-ce que tout ce noir qui me suit à la piste
Et fait pâlir, pâlir l'émeraude des bois?
Ah! la bonne foret pleure aussi quelquefois.
Dans la brume qui tombe elle est souvent bien triste.
Apparences
^ Antoine ^Barbier
z4TTcAT{E^CES
DANS la forer des apparences Je suis entré !e cœur joveux.
Tout le ciel était dans mes veux, Le grand ciel de mes espérances.
Sous le mvrte et sous l'oranger.
Au milieu des larges fougères.
J'évoquais d'accortes bergères Dont je serais l'humble berger.
Je me sentais heureux de vivre, Sain et gaillard, un jour pareil; Au moindre ravon de soleil Je trébuchais comme un homme ivre.
Et comme ainsi j'allais, foulant Le gazon semé de pervenches.
Je vis entre les jeunes branches Surgir un groupe étincelant,
C'étaient les nvmphes de l'aurore Qui fêtaient la Saint-Valentin, Et de l'eau fraîche du matin Leurs cheveux ruisselaient encore.
Leurs formes au divin contour Semblaient flotter dans une brume; Filles de la céleste écume, C'étaient les nvmphes de l'Amour.
Elles moissonnaient à mains pleines Les tendres fleurs de la forêt; Chacune à son tour se mirait A la source des marjolaines.
Et puis, riant de leurs yeux doux Et secouant leur toison blonde, Elles tournaient en folle ronde, Dans la lumière, autour des houx.
Avec de jolis cris d'oiselles Folâtrant et se poursuivant.
Elles éparpillaient au vent Leurs légers rires d'Immortelles.
Où leurs pieds blancs s'étaient posés Le bois s'emplissait de murmures; A l'entour des vertes ramures C'était comme un vol de baisers.
A PI'ARENCES
Je regardais ce beau mensonge, Timide autant qu'émerveillé, Doutant si j'étais éveillé.
Craignant d'efFaroucher un songe.
La plus jeune, — ah I Dieu I je la vois,
Toute charmante et si fleurie.
Me jeta par espièglerie
La rose qu'elle avait aux doigts.
Je pris la fleur à la volée Et je la mis près de mon coeur.
Depuis, quelle étrange langueur!
Ma gaîté s'en est presque allée.
Car en vain j'ai voulu saisir Cette féerie, ah! passagère!
Elle était d'étoffe légère Comme le rêve et le désir.
Parmi les fleurs que l'aube irise, Ainsi la blancheur d'un bouleau Tremble un instant au fil de l'eau Et puis s'envole avec la brise.
Ainsi la neige de printemps Tourbillonne autour de la plaine.
Ainsi s'éteint sous une haleine La lumière de nos vinst ans.
178 AUBOISJOLI
Par les clairières qu'illumine Un rayon du soleil levant, J'ai marché, les bras en avant.
Comme un aveugle qui chemine.
Je suis entré sous les fourrés Où croissent les fleurs enivrantes, J'ai baisé les lèvres mourantes Des lys d'amour, des lys dorés.
Hélas! Elle était toujours close, La porte du jardin des cieux; Je n'ai pas retrouvé les yeux De celle qui tenait la rose.
Parfois des violons discrets Pleuraient dans la forêt mouillée.
J'entrevoyais sous la feuillée Une lueur, et j'v courais.
.Mais ce concert crépusculaire.
C'était la musique du vent; Ce follet que j'allais suivant, C'était la lune sur l'eau claire.
Et le bois était toujours beau.
En son éternelle indolence; Mais j'avais peur de son silence, Pareil à celui du tombeau.