‹ Au bois joliChapitre 4 sur 22 · LE FORESTIER I · texte numérisé non relu

LE FORESTIER I

— « Ah! Dame de la prime aurore.

Belle qu'on adore aux moutiers,

Je savais bien que vous mentiez; Vous n'avez pas souffert encore.

« Que suis-je, hélas! pauvre chasseur, Pour toucher à la marjolaine ?

Le vent léger de votre haleine Aurait pour moi trop de douceur.

« Je sais qu'il faut que le jour brille Et que l'oiselle aime à chanter.

Je n'oserais vous tourmenter.

Adieu vous dis, fleur de jonquille.

« Adieu. Je reprends mon bâton, Je m'en retourne où croit le hêtre.

Un autre qui vaut moins peut-être Cueillera la rose en bouton.

a Adieu, adieu, la jeune pousse Toute nouvelle à l'arbrisseau!

Adieu, la source! adieu, l'oiseau!

Vous auriez pu m'ètre plus douce. »

Dieu! que la belle est en émoi!

Un oeil qui rit, l'autre qui pleure.

— « Pourquoi mentir? Ce n'est plus l'heure. Ah! tiens, je t'aime. Embrasse-moi. »

14 AUBOISJOLI

O vent, ô vent, flammes de joie, Flammes d'amour au mât fleuri!

Le forestier s'est aguerri.

C'est le Mai galant qui verdoie,

C'est le vin frais, le vin nouveau, C'est le vin vert, pris à la bonde.

Qui va, qui vient, qui fait la ronde, Qui rit tout seul dans son caveau.

— « Les sources vives sont prochaines : O mon trésor, viens t'y baigner.

L'aurore va te couronner; Tu seras la reine des chênes.

« Viens. La foret flambe en entier.

Pas un bruit. Rien que le murmure Du vent léger dans la ramure.

Qu'il fera bon sous l'églantier! »

Mais la belle : — « Eh oui, je vous aime,

Je vous aime, c'est entendu.

Panier troué, panier perdu.

Mais tout de même, tout de même...

Page 1