CHANTELOUP
Des barques débordant de chatoyantes soies, De rameurs d*opéra, de femmes en atours, De musiques aussi, chantant les courtes joies, Les dépits souriants des légères amours.
Des marches tout au bord descendent vers la terre Où cette eau se perdit, détruisant son miroir. Et le passant rcveur, en l'éclat d'un beau soir, Songe aux Embarquements, les derniers, pour Cythère!
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LE râteau promené dans les blondes allées Trace des chemins creux pour la sage fourmi, Pour la mésange et pour les bestioles ailées Qui cherchent un brin d*herbe ou bien un grain de mil.
Mon esprit, voyageur d'un désir ou d*un rêve. Suit les sillons menus et si vite comblés.
Pendant que l'heure passe et que le jour s*achève Dans le ciel aux aspects purs et renouvelés.
f2 AU BORD DES TERRASSES
11 rejoint le domaine où les fleurs avaient Tàge Et réclat attendri de mon jeune printemps.
Si mon premier espoir naquit sous son feuillage, Mon premier regret dort au fond de ses étangs;
Si j'ai vu la nature et gardé son empreinte, Comme un voile impalpable et de parfums tissé, Qui fit mon esprit clair et mon âme sans crainte, Et me donna le goût des choses du passé.
C'est aux vieux murs rejoints par des chaînes de lierre, Aux bancs rivés au sol plus fort que des tombeaux, Aux charmilles, gardant des voûtes de lumière Dans Tentrelacement ancien de leurs rameaux.
Aux sources dont Teau vive emplissait les fontaines D*un flot presque invisible à force d'être pur. Que j*ai dû mon regard vers les heures lointaines, A travers les chagrins de ce monde peu sûr!
AU LOIN f]
J*évoque, en les faisant revivre, ces journées Où tenait la beauté de toute une saison; Ces parterres fleuris, aux plantes surannées, Pieds d'alouette, œillets et roses à foison;
Ces pommiers supportant les lessives d'automne Dont les linges claquaient, étendant leurs blancheurs Sur les prés; et le chant égal et monotone Des perdrix rappelant, là-bas, loin des faucheurs.
L'orangerie avec son goût aromatique D'herbier, de feuille sèche et d'hiver attiédi, Et dont j'ai retrouvé le charme nostalgique Au désordre embaumé des jardins du Midi.
Bruit léger du râteau, rythmé comme la vie, Faisant tomber le temps comme d'un sablier.
Je l'écoute, à la fois douloureuse et ravie De ne pouvoir revivre ou savoir oublier!
EqAUX TT{OFOt\T)ES
QUEL miroir font les yeux que remplit une larme En fleurs qu'inonde le matin!
Leur bleu reflète des violettes de Parme, Le jais s'assombrit sur leur tain!
^t comme cette eau vient d'une source profonde,
Puits de silence et de clarté, Elle réfléchit mieux que le visible monde
Une intérieure beauté;
Mieux que le vent qui passe, en jonchant les allées, L'orage d*un printemps d'amour.
Mieux que le tourbillon des abeilles ailées.
Tout l'essaim des peines d'un jour.
Rosée, ondée, étang obscur ou large fleuve,
A la mesure des douleurs S'emplissant, s'épandant, afin que Ton abreuve
Son cœur aride avec ses pleurs!
0ISEq4UX
OISEAUX, je vous aime et j'envie Votre réveil harmonieux Qui boit Tair et chante la vie Quand sont encor fermés nos yeux.
Vos cris volants, votre allégresse.
Poursuivant nos rêves enfuis, Célèbrent d'anciens paradis, Jardins clos de notre jeunesse;
Des rosiers en fleurs vous allez Au chêne vêtu de feuillage, Joyeux, vifs, rapides, ailés.
Ainsi que Taube et le voyage;
Et, soit que d'un arbre habitant.
D'une prairie ou d'un bocage, On vous voie aise et voletant Autour d'un nid, loin d'une cage,
Ou que venant de la hauteur.
Sous l'abri d'un toit faisant halte.
Vous soyez le petit chanteur Dont la voix grandit et s'exalte.
Oiseaux, pinsons, chardonnerets, Mésange bleue et familière.
Vous que l'hiver prend dans ses rets Ou qui fuyez vers la lumière.