CLOCHES
LAISSEZ entrer la voix des cloches Par les volets ouverts tout grands!
Portant des appels, des reproches En sons émus, en sons vibrants.
Elle pleure, elle insiste, ardente, Et suspend un moment le cours Et rhabitude indifférente Des heureux et des mauvais jours.
Elle frappe Tair et nos âmes Du même battant solennel :
C'est un tocsin contre les flammes, C'est un recours vers TÊtemel !
Qu'elles entrent, les cloches saintes, Avec les lueurs du matin Qui s'élargissent à leurs plaintes Tout autour d'un clocher lointain;
Que midi s'égrène et s'embrase Au branle de leurs carillons, Que l'Angélus, phrase par phrase, Mesure l'heure et ses rayons;
Et que, grâce à leur vieux cantique, La chute émouvante du soir.
Lente et balancée en musique.
Nous réserve encor quelque espoir.
LES CHQ4%éMlLLES VE CHQ4%éME
LES charmilles de charme, au début de l'automne, Semblent un treillis clair semé de pièces d'or, Un bois mystérieux dont le regard s'étonne, Comme un rêve, flottant, léger comme un décor.
On marche sur un sol ouaté de feuilles mortes. Nul bruit, nul froissement des rameaux enlacés S'arrondissant là-bas, formant comme des portes Sur un ciel aux effets tendrement nuancés.
74 AU bORD d£s terrasses
Je veux y promener, non pas des espérances, L'avenir, comme un soufflle en avant, frappe au cœur. Mais de vagues regrets et des réminiscences.
Tout ce qui nous rejoint au passé, ce vainqueur!
Sur ces arbres j*épie une date incrustée, Un chiffre entrelacé que la sève, en pleurant, Aurait fixé parmi cette mousse argentée Qui dit Tâge lointain du bocage attirant;
Rien; et ceux dont les pas suivaient quelque chimère Sous Tombre dentelée, en elle évanouis, Victimes de Tamour et du temps éphémère.
Sont morts deux fois, de la nature et de l'oubli!
Pourtant je chercherai leur trace en. ces allées, Qui toutes s'unissaient au point du rendez-vous, Puis s'écartaient, comme les branches étalées, D'un éventail sylvestre ouvert à petits coups.
LES CHARMILLES DE CHARME 7f
Je reconnais leurs voix frôlant comme la feuille, Leur marche éteinte est en écho parmi le sol, Dites-moi la chanson pour que je la recueille, Qui sur vos lèvres, revenants, prenait son vol?
Les charmilles de charme, en leur grêle ramure. Depuis plus de cent ans ont dû la conserver... J'écoute si le vent ou l'oiseau la murmure.
Moi, je ne sais ici que me taire et rêver!
SAINTE Vierge Marie, ayez pitié des mères!
Soit que, dans le recoin de quelque autel obscur. Une humble image, ouvrée en un bois sombre et dur, Incline votre enfant vers nos vœux éphémères. Tendant ses deux bras courts, avec son regard pur!
Soit que belle et parée au bord d'une chapelle Où s'inscrivent les vœux sur le marbre et sur Tor, Vous portiez la couronne et gardiez le trésor Des prières, ainsi qu'une Reine immortelle.
Vierge Marie, ayez soin des mères encor.
Ou que de blanc vêtue et de bleu ceinturée, Dans le décor de la montagne et du cours d'eau, Vous fassiez le miracle et Taccordiez plus beau, Aux humbles, aux enfants, dans la foule serrée, Sainte Vierge, écartez les mères du tombeau!
Notre espoir est en vous, par le lys et par l'Ange,
Par la crèche de chaume et la Nativité,
Par la croix du supplice; avec humilité.
Nous n'avons de recours, en cette vie étrange,
Que dans votre pouvoir, Mère, et votre bonté.
QUE dit Tarbre incliné vers Tarbre qui se penche, Le frôle au souffle tiède, orageux, de Tété?
Que murmure la feuille à la feuille, et la branche Au rameau confident, inquiet, agité.
Qui s'éloigne et revient dans la lumière blanche?
Le chêne à Torme vieux? près du fleuve mouvant. Le peuplier mêlant ses verts au gris du saule. Que nous figurent-ils, aux caprices du vent?
C'est un flot de cheveux jeté sur une épaule, La frange d'un fichu, les plis d'un vêtement!
8o AU BORD DES TERRASSES
L'apparence de vie humaine en ces ramures Anime la tourmente et sait nous émouvoir, Par tout ce qui s'entend de chocs et de murmures Qui balancent des nids, et font aussi pleuvoir Les corolles avant que les pulpes soient mûres.
Les arbres prisonniers tendent comme des bras Leurs rejets; et dans les tournoîments de leur cime, Tient TefFort d'échapper au sol opaque et bas, Et de s'unir dans ce vertige de l'abîme Que l'espace profond ouvre, et ne livre pas.