‹ Au bord des terrasses: poésiesChapitre 15 sur 19 · PROMENADE CI · texte numérisé non relu

PROMENADE CI

On traverse un village. Au bord de ses caveaux

S'érigent des maisons, des toits, des cheminées

Arrivant jusqu'au sol fleuri de graminées;

L'église y tient par une voûte, et le clocher

Est du même granit bleui que le rocher.

Un rideau s'est levé, juste à notre passage.

Une coiffe en l'écart apparaît blanche et sage,

Et tenant du village, encor plus du couvent.

Se dérobe, et reprend sa place sous l'auvent.

Que d'enfants I presque autant que d'oiseaux sur la route

Qu'ils traversent avec de grands cris de déroute.

Comme font, au déclin du jour, les martinets!

Des arbres maintenant surgissent des guérets; Chênes et châtaigniers éventrés par l'orage Centenaires et dont l'écorce indique l'âge; Puis nous entrons dans les grands bois profonds et sourds Et roulons sur la mousse étalée en velours... Bourdonnements nombreux dans l'ombre et le silence, En flot aérien qui tombe et recommence,

Dans la vaste forêt, mère des continents!

Elle couvrait tous les pays environnants

Et le long des moissons comme au bord des clairières,

On voit des genêts d'or mêlés à des bruyères.

Mais Tallée aux chevreuils s'écarte en s*abaissant.

L'horizon apparaît alors, éblouissant,

Aux plans superposés, variant l'atmosphère

Du bleu pâle du fleuve à la vive lumière.

Les coteaux ont le voile en brume des lointains.

Un château s'y devine aux contours incertains,

Perdu dans le feuillage; un autre, en sa clôture.

Laisse voir des frontons de vieille architecture,

Des tourelles sortant des jasmins enlacés :

C'est un domaine au nom de grands exploits passés;

Une bataille fut célèbre à cette place.

Puis une favorite, abusant de sa grâce,

Y fit dresser le pont-levis devant un roi.

Les temps sont apaisés, nivelés, sans émoi.

Du haut du colombier un oiseau nous regarde.

Et, tirant sur sa laisse, un chien seul fait la garde.

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