‹ Au bord des terrasses: poésiesChapitre 16 sur 19 · PROMENADE · texte numérisé non relu

PROMENADE

Nous descendons vers Teau, fatigués des hauteurs. C'est récluse, un moulin, les fléaux des batteurs Retentissent égaux dans le noir de la grange. Au retour nous suivrons le fleuve, il luit et change A tous les chatoiements du ciel capricieux; C'est un enchantement varié pour les yeux :

Gouffres verts recelant le triton, la sirène; Archipels que le flot en glissant ride à peine; La brise du couchant frappe aux vitres du bord. Puis tout s*apaise, ainsi qu'en un vaste décor Où Ton aurait baissé les splendeurs de la rampe! Les passants, les maisons dans une vieille estampe, Sont découpés avec leurs aspects du passé Dont le contour saillant est bientôt effacé.

Le silence assoupit la campagne déserte, On ne sait si le fleuve est bleu, la plaine verte; L'eau qui coule nous fait penser au temps qui fuit. Qu'est-ce qu'un siècle, alors qu'on voit tomber la nuit? Tout se transpose au vague ébloui de notre âme;

Nous avons en un jour, parmi l'ombre et la flamme. Fait beaucoup de chemin dans l'espace et le temps^ Où les routes changeaient ainsi que les instants. De l'antique ruine aux champs infatigables, Des toits majestueux au chaume des ëtables.

Si bien que nous sentons le choc mystérieux De notre vie actuelle, au passé des aïeux.

Et notre front en reste étonné sous nos voiles Pendant l'ascension des premières étoiles!

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CES longs trains de bateaux qui passent sur la Seine, Dans les mugissements hâtifs de la sirène, Je les connais depuis longtemps; je sais qu'ils vont De Rouen à Corbeil, et d*aval en amont; J'ai vu souvent, derrière un rideau de verdure, Leur longue file et le reflet de leur peinture; Et j'ai pu regarder, sur leurs ponts ambulants, Les femmes qui cousaient, ou les jeux des enfants, Ou la ligne qui pend en un fil blanc et mince. Tout auprès de leur nom pris à quelque province.

Ils ne connaissent rien de ce Paris si beau,

Que ses reflets tombant de toutes parts dans l'eau,

Les toits du Louvre et ceux de la Conciergerie,

Les quais des Augustins, de la Mégisserie,

Les tours de Notre-Dame ombrant le Petit-Pont.

Ils arrivent ainsi vers Bercy, Charenton,

Puis dans Técartement des berges abaissées,

11 tombe plus de ciel aux zones renversées,

Villeneuve, Vigneux glissent sur les remblais.

Pays de mon enfance, ô rives que j'aimais,

Peut-être verrait-on encor près d'une grille.

Cette enfant que j'étais, cette petite fille

Si sensible au nuage, à la pluie en réseau.

Qui s'attardait au cri voletant de l'oiseau.

Et dont l'esprit, mûri d'un peu de solitude.

S'activait en silence, et rêvait sur l'étude.

Des ponts, l'ardoise en fleur de quelque pavillon,

La vigne en échalas, et l'avoine en sillon;

Puis voici Champrosay, ses jardins, ses terrasses,

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