FÊTE
OÙ la danse glisse en salamandre, Lutin familier de deux cléments
Que leur contraste ne peut surprendre, Agitant des fleurs et des diamants;
Des couronnes sur de jeunes têtes, Aussi des rubans tournoyant au vol.
Et des traînes, comme les comètes En font évoluer si loin du sol;
Et des regards! Ah! flèches croisées En mesure, et, sous Tabri des cheveux.
Franges d*or brun ou boucles frisées, Regards pénétrants comme des aveux!
Tout se révèle par la musique.
Volutes de Pair, frissons d'éventail;
Le jour blanchit en haut d'un portique, Puis il se colore ainsi qu'un vitrail;
Silence et repos; la fête est morte; J'en vois les débris sous mes yeux fermés,
Guirlandes à terre et qu'on emporte, Et miroirs en deuil, lustres consumés!
C/^OVEéM'BT^E
ARBRES parisiens, aux sèves mesurées Par la pierre, Tasphalte et par le gaz ardent, Vous portez des oiseaux et des nids cependant. Et le soleil vous fait des branches empourprées;
Vous êtes la nature au milieu des palais, Du morne cimetière et du faubourg alerte, Vous dépassez parfois les murs d'un souffle frais Où le hasard d'un fruit met une pulpe verte.
lO AU BORD DES TERRASSES
Ce soir, contre ma vitre, entre vos noirs rameaux Où la feuille en détresse a des révoltes d'aile. J'évoque un fleuve lent à sa rive fidèle.
Et la paix ancestrale où dorment les hameaux.
Paris, dont la rumeur a tinté dans un lustre. De quelque choc lointain, sur son pavé heurté, Paris, je Tentends bien, mais, rêvant de Tété, Je me crois accoudée à quelque vert balustre.
Une abeille bruit, un liseron penché Ferme comme un cornet sa corolle de soie.
Le soir rôde, un parfum pénétrant et séché Jaillit sous l'arrosoir qui met la terre en joie.
L'heure est divine, ainsi qu'un sursis de bonheur A tous ceux qu'accabla le mal obscur de vivre. Souvenir d'oasis à goût d'arbre et de fleur.
Malgré la nuit, l'hiver et l'approche du givre!
Taris, iç/oz.
TqAT%JE
LA France, dans mes livres d*enfant, apparue, En zones que coupaient les fleuves écumeux, Si vaste, mais encore à mes yeux inconnue, Me semblait un jardin, là clair, ici brumeux.
La mer, sur plusieurs bords, en faisait des rivages. Et ce mince trait bleu, rien que figuratif, Que de départs, d'adieux et de vagues naufrages N'a-t-il pas simulé pour mon esprit naïf I
Tout au centre enfermée, était l'Ile-de-France, Comme un noyau de fruit, plutôt comme le cœur, De tout ce grand pays, ignorant de l'offense, Où Clotilde régnait près de Clovis vainqueur.
Des chênes, des forêts de chênes, la Bretagne, Où les dolmens moussus se souviennent encor.
Où les calvaires vieux dressés dans la campagne Sont jusqu'aux pieds des Christs fleuris de genêts d'or!
Sous les roses pommiers, la verte Normandie De l'arche de Noé gardait tous les troupeaux Et levait sa falaise, en rempart qui défie Bien plus l'envahisseur que la force des eaux.
Près Tours, Lyon et Dijon, où croît le monastère. Tous les fruits des vergers, étalés au ciel pur. Attiraient les oiseaux que mire et désaltère Le fleuve reflétant la beauté de l'azur!