‹ Au bord des terrasses: poésiesChapitre 4 sur 19 · PATRIE · texte numérisé non relu

PATRIE

Plus bas, sous les mûriers où se file la soie, Et sous les oliviers amis d'antique paix, Les moissons ondulaient que mûrit et que ploie Le fort soleil, avec le vent complice et frais.

Les montagnes étaient bornes infranchissables. Puisque je ne savais alors que mon pays, Ses rivières, ses prés, ses forets et ses sables; Et des autres n'ayant encore rien appris.

Rien ne m'influençait pour n'aimer que toi seule, O France dont j'étais une chétive enfant.

Me serrant tendrement contre l'antique aïeule. Les mains pleines des fleurs de son sol triomphant;

Les yeux pleins du mirage ardent de sa lumière. Variée au feuillage, aux souffles, aux saisons, A la longueur des jours que mesure la terre, A l'infini plongeant des vastes horizons!

SfESSES L01D^Tq4IV^ES

DIMANCHES enfantins, grand*mcsses de village, Dans rétroit banc de chêne où ma grand'mère assise Penchait sur son gros livre un vieux et doux visage, Et me montrait comment on se tient à Tëglise;

Où le cierge bénit, quand j*allais à Toffrande, Tout doucement, et droite, à cause de la cire. Avait des rubans clairs et des fleurs en guirlande. Houlette d*un troupeau que je croyais conduire!

l6 AU BORD DES TERRASSES

OÙ je voyais des rangs de vieilles paysannes Sans livre, mais aimant des lèvres leur prière, Usant à deux genoux leurs jupes de basanes, Et n'ayant pour prie-Dieu que les daljes de pierre.

Je trouvais le temps long, parfois, pendant le prêche. Et regardais aux murs Tombre qui se retire.

Saint Sébastien, le bras transpercé d'une flèche, Ou sainte Agnès, tenant la palme du martyre;

Puis, au fond de Tautel, une Vierge Marie, Pour son Assomption s'enlevant sur un globe.

Et des anges volants, à la mine fleurie.

Entrevus dans son voile et les plis de sa robe;

Me demandant comment et par quel doux mystère Ces anges, qui n'avaient que la tête et les ailes. Pourraient jamais marcher s'ils descendaient sur terre, Exilés un moment des sphères éternelles.

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