‹ Au bord des terrasses: poésiesChapitre 7 sur 19 · SILENCE · texte numérisé non relu

SILENCE

JE crains l'archet vibrant aux nerfs des violons, Qui les déchire en les frôlant, ou les effleure. Et le filet des sons sous la harpe qui pleure, Prenant les notes d'or en tremblants papillons.

Je crains le cor aussi, répondant à Tautomne, Dans les vastes forets que sa plainte remplit; Sous les pas des chevaux la feuille tourbillonne, Et dans le soir tombant résonne Thallali!

Et sans voir le clocher, je redoute la cloche. Quel espoir a sonné plus haut que son métal, Mêlé d'un argent clair parmi le fer rival, Battement mesuré qui s'éloigne et s'approche?

Défendez-moi de l'air, par l'oiseau fait de cris.

De l'eau battant l'écluse en colère sonore.

Musique d'éléments, où j'ai si bien compris

Ce qui souffre au couchant et se plaint dans l'aurore I

Tout rythme est un départ vers d'inconnus lointains. Toute corde un tremplin vibrant à la pensée; Des vagues et des sons les contours incertains S'élargissent, pareils, sur la mer angoissée!

Mieux vaut ne rien entendre, à qui n'offre jamais Sa vie à la chimère ailée et triomphante Qui supprime l'espace, et cherche les sommets. Et peut forcer l'azur de ce ciel qui nous hante!

v^uir

E regarde la nuit noire de ses fantômes.

En deuil du jour,

Prête pour les fadets, les sylphes et les gnomes,

Et pour Tamour!

Calme, silencieuse, et porteuse de rêves

En ses tissus Recouvrant les forêts, les ravins et les grèves

Aux yeux déçus!

Morte, l'activité qui remue aux lumières,

Chante au soleil!

Et sur les prés fauchés fait voler en poussières

Le sol vermeil ; Qui fait s'éclabousser le sillage des barques,

Sous l'aviron, Et du cadran solaire interroge les marques,

Chiffres en rond.

A peine un oiseau crie et la fourmi s'arrête;

Le mouvement, C'est le rayon qui marche; et l'on sent la nuit prête

En s'endormant!

Dormons; qui peut scruter les ténèbres profondes

Sur son chemin.

Ou le silence énorme étendu sur les mondes,

Jusqu'à demain!

q4<ME SIéMTLE

LA pauvre paysanne, en place dans Paris, Est entrée à Tëglise à l'heure de l'office, Raconter son exil avec son sacrifice Et cet étrange mal qu'on dit mal du pays, Qui nous étreint le cœur comme dans un cilice;

Son costume surprend : à cinq rangs de velours. Le corsage croisé sous le fichu de bure, La coiffe aux ailerons de fine dentelure.

Et le tablier vert sur la robe aux plis lourds; Elle vient de Bretagne et de la côte dure!

36 AU fiORD DES TERRASSES

Sans chaise ni prie-Dieu les bras tendus et droits, Vers son Sauveur qui Taime à cause de sa peine, Tour à tour enviant Marie ou Madeleine, Elle fait sans fléchir son long chemin de croix, Les genoux ramassés sous sa jupe de laine.

Mais que Téglise est grande en ce pieux parcours. Et que Tautel est loin pour sa brève prière I Qui l'entendra, montant aux colonnes de pierre? Si Dieu ne la reçoit, d'où viendra le secours A l'angoisse qui tient son âme tout entière?

La haute nef a trop de cierges allumés, L'orgue est comme un tonnerre; et la Vierge Marie Comme une reine a des colliers de pierrerie; Son bel enfant, un globe entre ses bras fermés, N'est plus l'Enfant-Jésus que l'on aime et qu'on prie!

Elle revoit alors son modeste clocher :

Sur le seuil qui s'affaisse, une marche branlante. Les fonts sont au revers de la porte battante. Avec la corde, où le sonneur doit s'accrocher, Pour les glas et les angélus à nuit tombante!

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