AME SIMPLE
Voici les bancs de chêne où traînent les missels, Car chacun tient toujours même place à Téglise; Et la chaire à prêcher, à la tournante frise Faite de fleurs, d'oiseaux, d'arbres essentiels, Où des anges volants s'entrevoient par surprise;
Le cimetière aussi : c'est par là que Ton vient,
En côtoyant ses morts, à Dieu qui vous appelle;
Les croix font le sentier de la vieille chapelle,
Les tombes, les bouquets; on pleure, on se souvient...
Et l'heure de la Messe en est plus solennelle!
La lumière du jour entre par le vitrail.
Que frôle le dessin d'une vigne enlacée, Et cette même vigne en dentelle est tracée Sur la nappe d'autel; le plus petit détail Émeut la pauvre femme et trouble sa pensée.
Le soir, au fond du chœur, la lampe qui brûlait, Terne, devient plus vive et paraît une étoile. Protégeant le petit navire avec sa toile.
Suspendu dans l'espace et comme s'il allait Partir dans l'infini que la foi nous dévoile.
Qu'il faisait doux prier dans l'ombre qui noircit, Où sont les revenants du souvenir fidèle!
Sa mère, tout enfant on priait auprès d'elle; Son père, du naufrage on lui fit le récit; Et celui qui l'aimait et qui la trouvait belle!
Mais tous ces pauvres gens ne viennent plus hanter. Dans Paris trop bruyant, la route longue à suivre. Et si, pour réprouver. Dieu la condamne à vivre. Ainsi que son Sauveur, il lui faudra porter, Toute seule, sa croix, au ciel qui nous délivre!
^Paris, 1904.
^^n^cdGES
Au cours de quelque marche, et dans la traversée De la foule, et parmi des milliers d'inconnus, 11 s*évoque souvent, au fond de ma pensée, Des traits familiers et du lointain venus.
Et c'est d'entre les morts que cette ressemblance, En mirage trompeur, poursuit mon souvenir.
Non parmi les plus chers que je sais retenir, Dana une inséparable et muette présence.
Mais ceux-là dont la vie a peuplé le chemin, Rencontres d'une fête, ou de moindre aperçue Dont j*ai connu le nom, dont j'ai serré la main. Triomphants, ou portant quelque mine déçue,
Regardés à Tinstant qu'ils dominaient le flot. Puis retombés dans le naufrage et la tempête, Ressurgissent portés au hasard d'un îlot, Dans ces courants humains dont une rue est faite.
Et je dois réfléchir alors qu'ils sont allés Trop loin pour nos regards limités à la vie.
Que je ne puis les voir, heureux ou consolés. Qu'une forme jamais aux tombes n'est ravie.
Pourtant quelque reflet, venu des cieux cachés. Des soleils disparus, des étoiles absentes, Ne peut-il subsister des morts, vite arrachés A l'ombre immense où s'élaborent leurs attentes?
LES yeux fermés, encor dormants, J'entends le réveil de la ville, Voix, rumeurs ou mugissements, L*écho d*une cloche fragile Dans Tair et ses bruissements.
J*entends de la gare lointaine Les appels pressés du départ Et ceux, plus longs, de la sirène Qui déchirent Tépais brouillard Recouvrant les quais de la Seine.
Portant les morts et les vivants, Roulent les trains et les voitures, Cependant que sur les toitures, En flocons légers et mouvants.
Monte la fumée en voilures.
Tout annonce et promet le jour.
Qu'apportera-t-il en surprise ?
11 élargit son aube grise, Que le soleil dore en pourtour, Et Matines sonne à Téglise!