‹ Au bord du TageChapitre 10 sur 49 · AUTEUR DE LHISTOIRE DES FRANÇAIS DE DIVERS ETATS · texte numérisé non relu

AUTEUR DE LHISTOIRE DES FRANÇAIS DE DIVERS ETATS

En lui offrant un exemplaire de la violette d'or.

O maître Paul ! maître en l'art de bien dire , Vos frais tableaux ont don de me charmer. Docte et naïf, heureux qui sait instruire En nous plaisant et se faisant aimer ! Votre Clio tient un burin magique Qui tout anime ; et vos savans portraits Ont je ne sais quelle grâce gothique Qui ne s'imite et passe tous attraits.

Jeunes , brillans , pleins de force et de vie , Les temps passés se lèvent à sa voix , Vêtus de fer, drapés de poésie , Avec leurs mœurs , avec leurs vieilles lois , O maître Paul ! maître en l'art de bien dire , Que n'ai-je , hélas ! que n'ai-je à vous offrir Un beau laurier digne de votre lyre ,

Et que rien ne puisse flétrir !

J'ai pour tout bien une humble violette; Acceptez-la , Paul , et daignez unir

Aux nobles palmes du poète

La douce fleur du souvenir !

A MADAME VITOUX.

Par la mort, pour nous rien ne tombe Dans ce néant cher aux pervers.

GASTILHO.

Ame , soeur de mon âme ! ô toi qu'en vain j'appelle , Qu'en vain je cherche, eh quoi! tu ne me réponds plus ! Viens, dis -moi tes regrets, ta tristesse éternelle , Tes beaux jours assombris, tes plus doux vœux déçus !

Viens , je sens tes douleurs et mon cœur les partage ; Comme toi j'ai souffert , comme toi j'ai pleuré ; Et comme toi, pliant au premier vent d'orage , Sans force , au désespoir tout mon cœur s'est livré.

Et ma bouche osa dire , au toucher du calice Qu'à peine elle avait effleuré :

Qu'il est amer, Seigneur, le fiel de ta justice ! Dieu , que ton glaive est acéré !

Et je voulais mourir, sans pitié pour ma mère ! Pour ceux qui me gardaient une sainte amitié. Ma mère. . . elle pria . . fléchi par sa prière , Dieu de mon délire eut pitié.

Dieu dans mon cœur éteint ranima l'espérance . Il peut sur le granit faire germer les fleurs , Sa main blesse et guérit , afflige et récompense En céleste rosée il peut changer nos pleurs.

Il dessilla mes yeux , il me montra ma voie. Embrassant le fardeau que j'allais rejeter, Je lui dis : ô mon Dieu , ce faix que tu m'envoie Que ta grâce l'allège ou m'aide à le porter !

Et puis , je pris ma croix d'une main courageuse. En baisant les tombeaux , je regardais les cieux Et paisible , je vis , sur ma nef orageuse , Passer en mugissant les flots tumultueux.

Et ma lèvre brûlante épuisa le calice ; Et je dis à mon cœur moulu par la douleur : Sois le froment de Dieu, l'autel du sacrifice, L'or que sa main épure au creuset du malheur.

Et je ne craignis point de m' appuyer, tremblante Quand mes pas chancelaient , au bras de l'amitié ; Et je ne fuyais point quand sa voix consolante Me disait : de tes maux , donne -moi la moitié !

Amie , ah ! comme moi permets à l'espérance

De visiter ton cœur navré!

Pense au retour, amie , et non pas à l'absence , Au-delà des écueils , vois le port désiré !

Ah l cesse de pleurer la jeune âme envolée , Frais bouton que la terre eût peut-être flétri ; Fleur qu'un regard d'amour a vers Dieu rappelée , Doux fruit qu'un seul matin pour le ciel a mûri.

Heureux ceux que la mort soustrait , jeunes encore

Aux humaines douleurs !

D'un jour triste ils n'ont vu que la riante aurore ; Partis avant l'hiver, ils nont vu que les fleurs.

Leur esquif ne s'est point éloigné du rivage ; Pour eux le vent fut doux , l'Océan calme et pur Et , rentrés dans le port long-temps avant l'orage, Au ciel, comme sur l'onde, ils n'ont vu que l'azur.

Regarde en haut ! c'est trop attacher à la terre

Tes regards maternels.

La vois -tu , cette enfant à tes regrets si chère , Se mêler aux chœurs éternels ?

Sans souiller ici-bas son aile dans la fange , Sans entendre un pénible adieu ,

Un jour elle passa , doux et blond petit ange , De tes bras , dans les bras de Dieu.

D'un bonheur immortel vois son front qui rayonne

Et calme ton cœur éperdu !

Ah ! sois juste et bénis ce Dieu qui la couronne

Sans avoir combattu !

C'est elle qui te dit : ne pleure pas , ma mère, Sois heureuse de mon bonheur ;

Vois comme je me joue en des flots de lumière Parmi les anges du Seigneur !

Mais dans ce ciel si beau dont je goûte les charmes

Souvent je t'entends soupirer; Si l'on pleurait ici , je verserais des larmes ,

Ma mère, en te voyant pleurer.

Page 1