CONSOLATION
Sôecfoee à lywp ac£*n&€de'Me u. c^
De la terrasse du Palais de Bêlera à 1 1 heures du soir.
Auditam. fac mihi manè miseric ordiam tuam ; quia in te speravi.
Psaume 142.
Le silence descend sur la cité rieuse , Des chars retentissans cesse le bruit lointain . A cette heure il est doux de contempler , rêveuse Le ciel bleu , le vieux cloître et l'océan sans fin , Et du phare éloigné la tremblante lumière, Et le mont que les feux et Tonde ont sillonné , Et la tour, sur les eaux dressant sa tête altière Ainsi qu'un noir géant de foudres couronné.
Il est doux pour un cœur que tout froisse ou délaisse, De s'écouter lui-même au sein calme des nuits ; . D'entendre cette voix qui nous flatte sans cesse Et dont l'accent magique endort tous les ennuis. Cette voix c'est la tienne, ô céleste espérance ! Ange à l'aile brillante, aux yeux toujours sereins,! Souris-moi comme aux jours de mon heureuse enfance Et console mon âme injuste en ses chagrins !
Terre des orangers ! à ma muse exilée
Long- temps tu n'as paru qu'un sauvage désert,
Sur tes bords inconnus je marchais désolée.
Des langueurs du trépas mon front déjà couvert ,
Etait comme la fleur que ton soleil dévore ;
Ton jour blessait mes yeux, ton air brûlait mon cœur.
Les brises de la nuit , le souffle de l'aurore
Ne m'apportaient jamais ni parfums ni fraîcheur.
A mes seuls souvenirs je trouvais quelques charmes. O Tage poétique ! en voguant sur tes eaux ,
Je me sentais mourir. Mes yeux troublés de larmes Contemplaient sans plaisir mille mouvans tableaux ; Mais si mon regard triste, au loin, dans tes campagnes, Parmi les verts lauriers , les citronniers en fleurs , Trouvait un chêne , tel que ceux de nos montagnes , Je sentais tout mon sang remonter vers mon cœur.
Ah ! j'avais ce long mal qui ne se peut décrire,
Ce besoin incessant des lieux où l'on n'est pas.
Poids qui brise et meurtrit , dard brûlant qui déchire ,
Fantôme qui poursuit , lent et cruel trépas ,
Ce long mal de F exil indicible martyre !
Et cet ennui fatal je le cachais à tous !
Et ma bouche mourante essayait de sourire !
Et nul ne me disait : « Vous souffrez! qu'avez -vous? »
Je n'avais nul ami , mais au Dieu qui console , Je contai ma douleur, et dis en soupirant : O mon Dieu , soutiens-moi ! je suis comme le saule Que l'orage arracha, qu'emporte le torrent.
Je n'espère qu'en toi, c'est toi seul que j'implore, Seul tu connais ma peine; adoucis, ô Seigneur, Ce chagrin renfermé dans mon cœur qu'il dévore Comme au sein de la rose un insecte rongeur.
Et le Dieu qui console entendit ma prière : A ce brûlant calice où je puisais le fiel, Il donna les vertus d'un baume salutaire ; Sa grâce y fit tomber une goutte de miel, Et de force et de foi je me sentis armée. Ma faiblesse eut l'appui d'une invisible main; Si d'épines encor ma route était semée , Un frais gazon parfois veloutait le chemin.
La fièvre s'éloigna de ma tempe brûlante ,
Un songe heureux parfois visita mon sommeil,
Et le saint souvenir de la patrie absente
Vint , moins triste et plus doux , saluer mon réveil
Je vis encor la fleur s'ouvrir sur la verdure ,
L'astre briller aux cieux , l'oiseau fendre les airs ;
— su —
Ma voix se ranima pour chanter la nature , Et mon cœur pour bénir le Dieu de l'univers.
Et j'aime maintenant à laisser sur l'arène , La trace de mes pas. Des vents brumeux du soir, J'aspire avec bonheur l'humide et fraîche haleine , Au pied du cloître antique , il m'est doux de m'asseoir, J'aime à voir les zéphyrs enfler les blanches voiles Du navire endormi par le flot caressant ; J'aime à voir ce ciel pur tout scintillant d'étoiles S'arrondir sur ma tête en dôme éblouissant.
Terre des orangers ! beau fleuve ! et toi , Lisbonne Qu'il presse avec amour de ses flots azurés ; De ses bords enchantés gracieuse couronne? Collines ! sombres tours ! temples ! palais dorés ! Frais jardins ! oliviers au vert mélancolique ! Port superbe et couvert de vaisseaux orgueilleux ! Ah ! qui n'admirerait votre aspect fantastique Qu'éclaire de la nuit l'astre mystérieux?