‹ Au bord du TageChapitre 35 sur 49 · SON POEME DE LA PRIM AVERA · texte numérisé non relu

SON POEME DE LA PRIM AVERA

O chantre du printemps! ton livre en a les charmes. Que ta muse est aimable en ses simples atours ! Elle a pour les heureux les parfums des beaux jours Et pour les cœurs souffrans le doux trésor des larmes

Tu me rends le hameau , le foyer paternel , L'amour, les- vœux, les pleurs, le souris d'une mère Le temple d'où le soir ma naïve prière Avec l'encens des fleurs , montait vers l'étemel.

Oui , mon bonheur passé , oui , tous mes jours de fête, Ces lares , ces amis fiers de mes premiers chants , Oui , tout renaît pour moi dans tes tableaux touchans ; Tel l'azur d'un beau ciel dans l'onde se reflète.

O bardes inspirés ' semez partout des rieurs , Que votre voix magique endorme la souffrance Dans les cœurs attristés ranimez l'espérance ; O célestes amis ! enchantez nos douleurs !

Etres que Dieu forma d'amour et de lumière , Bardes selon son cœur ! purs échos de sa voix ! Harpes des saints parvis qui vibrez sous ses doigts ! Il vous prêta des chants pour consoler la terre.

Vous trompez nos regrets , vous savez assoupir Ce vague et long ennui , vautour insatiable , Qui ronge au fond du cœur la fibre impérissable , Qui toujours renaît pour souffrir.

Poète ! que ta main trace sur cette page Une ligne et ton nom ! dans mon pays aimé , Avec un doux orgueil , un jour mon cœur charmé Répétera ce nom cher aux échos duTage.

Une ligne et ton nom ! Que sur ces bords lointains Une voix sainte et pure à ma voix inconnue , Réponde avec amour ! Que ma lyre éperdue Eveille en gémissant , ta lyre aux sons divins !

Une ligne et ton nom ! Oubliant la tempête , La fleur qui se penchait sous les froids aquilons , Pour sourire au soleil , relèvera sa tête Et de son humble éclat omera les vallons .

Lisbonne, novembre 1839.

Nota. Le poète, le savant, l'homme vraiment extraordinaire à qui les vers précédens s'adressent, est depuis l'âge de quatre ans privé de la vue. {Voyez la note a la fin du volume.)

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