‹ Au bord du TageChapitre 42 sur 49 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

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Prenez de notre pain cette miette épargnés.

Céleste charité , plane sur ces débris ! Vois ces flots déchaînés ! . . . Ce qui survit encore Sauve-le de la mort ! ouvre-lui tes abris ! Sauve celui qui pleure et gémit et t'implore!

Ils sont nus et mourans; sur leurs membres glacés Jette un voile pieux. A leur cité croulante , Arrache ces enfans , leur mère délirante , Sous leur toit chancelant ces vieillards délaissés .

Vois , la rougeur au front , cette triste famille : Son champ est inondé , son chef est au tombeau ; Elle mendie , hélas ! et la mère et la fille Cachent leurs yeux baissés , sous un hideux lambeau.

Le désespoir les suit et la faim les dévore. Ceinte de froids brouillards , quand se lève l'aurore , Quand le froid crépuscule étend son voile noir, Quand la nuit plus glacée a remplacé le soir, Nul toit ne les reçoit. Sans foyers, sans asiles , Au sein de nos hameaux , aux portes de nos villes , Ils tombent ; ils n'ont plus la force de souffrir. Quoi! les voir et passer! . 5 . quoi! lorsqu'ils vont mourir!

Non ! venez ; de la nuit passez les tristes heures

Sous notre chaume hospitalier.

Convives que le ciel voulut nous envoyer, Entrez; il est pour vous, dans nos humbles demeures. Une part au banquet, un place au foyer.

Infortunés ! ainsi vous accueillent sans doute Ceux à qui Dieu vous fait rencontrer sur leur route Pour plus pauvre que lui , le pauvre laboureur Garde une part du pain qu'a trempé sa sueur.

Ainsi vos prêtres saints , émus de vos misères , Vont au devant de vous gémissantes brebis , Guident vos pas tremblans , et dans les sanctuaire: Au sein du bon pasteur, vous trouvent des abris.

D'autres vont , animés d'un sublime courage Du cruel élément bravant l'aveugle rage ,

Sur la planche fragile ou les roseaux tressés , Vous arracher aux flots qui grondent courroucés .

Lévites généreux , intrépides phalanges ,

Héros chrétiens , soyez bénis !

Ah ! sans doute déjà les chœurs sacrés des anges Ont répété vos noms aux célestes parvis.

La force est dans vos bras , le miel dans vos paroles , Dans vos cœurs embrasés l'ardente charité ; Sur vos fronts, revêtus de pures auréoles , Du Dieu qui vous soutient brille la majesté.

Comme un signe de grâce aux jours de la colère Vous élevez la croix /pacifique étendard ,

Et sur le bois sanglant fixant un long regard , La douleur se résigne et le mourant espère ; Sur sa lèvre livide , erre un accent pieux , Sur son front qui se glace, un pur reflet des cieux.

Sur les humides flancs de la nue orageuse ,

Ainsi l'arc du Seigneur, écharpe radieuse ,

Eclata tout-à-coup , dans les airs déroulé ,

Quand s'abaissaient les flots , Océan sans rivage ,

Et qu'à la voix de Dieu , des eaux du grand naufrage .

Ce globe s'exhumait, tremblant et mutilé !

Mais nous , nous qui du port contemplons la tempête O mes concitoyens ! serons-nous sans pitié ? A ces vivans débris que la vague rejette , Pour venir jusqu'à nous, qu'un chemin soit frayé

Ou du moins que nos dons aillent dans ses alarmes Chercher le naufragé sur la grève expirant. Nos mains peuvent de loin essuyer quelques larmes Arracher plus d'un frère au fléau dévorant.

Mais qu'entends-je? une voix et puissante et sacrée S'élève au seuil du temple et remplit le saint lieu. Peuples , vous l'entendez cette voix vénérée (1) , La voix qui chaque jour pour vous monte vers Dieu.

Et déjà vous portez votre or ou votre obole, Présent de l'opulence , ou don de l'ouvrier : Car tous ont recueilli l'éloquente parole , Grain divin , qui pour tous a dû fructifier.

Elargis tes parvis , ô sainte basilique !

Vois la foule attendrie , à longs flots s'y pressant

(1) Celle de l'Évêque.

Vois nos mains s'entr' ouvrir et sur ta dalle antique Pleuvoir l'humble denier, trésor de l'indigent.

Prenez de notre pain cette miette épargnée , Prenez , infortunés , ces fruits de nos labeurs ; Prenez , car près de nous votre cause est gagnée , Et nos yeux bien long-temps pleureront vos douleurs

Rodez, décembre 1840.

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