‹ Au bord du TageChapitre 43 sur 49 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

J$eo/tef à ma k^véêlt

Ailleurs m'attend la paix du êraod sommeil.

Je vous salue , auguste basilique , Où , jeune enfant , j'invoquais le Seigneur ! Mon pied tremblant franchit donc ce portique ! Mon cœur ému frémit d'un saint bonheur,

Je vous salue , auguste basilique , Où , jeune enfant , j'invoquais le Seigneur !

Combien de fois , vieux temple de mes pères Des bords lointains , vers vous , j'ai soupiré ! Combien de fois , aux terres étrangères , Comme un ami , mes yeux vous ont pleuré !

Combien de fois, dans un soudain mirage, J'ai cru revoir cette imposante tour, Comme on croit voir, glissant dans le nuage L'âme envolée au bienheureux séjour!

Combien de fois , belle et mystérieuse , La grande nef, sur l'océan d'azur M'est apparue , à la clarté douteuse Du jour qui fuit en voilant son front puH

J'aimais à dire à ceux d'une autre plage

Mon doux pays , ma natale cité ;

Mais du vieux temple , amour de mon âge ,

J'aimais surtout à dire la beauté.

Je leur disais sa noble architecture , Ses noirs piliers , sa mystique lueur, Sa vaste enceinte où la brise murmure Comme l'écho d'une intime douleur.

Je leur disais , au lever de l'aurore , Les beaux fleurons de ses feux éclairés , Le bruit des pas sur la dalle sonore , L'orgue éveillant les cantiques sacrés.

Et cette tour hardie et gracieuse Qui semble fuir loin du regard surpris. — Des anciens jours œuvre miraculeuse Qui vous orna de ces cordons fleuris?

Qui décora la quadruple tourelle?

Si près des cieux , quelle main suspendit Votre escalier, magnifique dentelle, Léger réseau de marbre et de granit?

Si l'on en croit nos légendes antiques , Le ciel prit part à ces heureux travaux ; Ils grandissaient sous des mains angéliques Quand l'ouvrier se livrait au repos.

Au sein des nuits , des lueurs inconnues Illuminaient parfois ces murs naissans ; On s'étonnait d'entendre , dans les nues , Des saints marteaux les coups retentissans

Qu'avec transport je revois ce portique ! Ici mon cœur frémit d'un saint bonheur. Je vous salue , auguste basilique,, Où jeune enfant, j'invoquais le Seigneur!

Celui qui vient, lassé d'un long voyage , Mourir aux lieux qui furent son berceau , Aime à revoir son rustique héritage :

L'étroit jardin, l'humble toit sous l'ormeau

L'entrée obscure et la salle voûtée , L'atre où jadis s'assemblaient les aïeux , "Au vieux lambris la grande croix sculptée , Tout l'attendrit et tout charme ses yeux.

Ici , bercé dans les bras d'une mère , Petit enfant, souvent il s'endormit , Ce fer rouillé fut porté par son père , Là , de l'aïeul le portrait lui sourit.

Moi , je reviens aux lieux où je suis née , Mais je n'ai plus de chaumine au hameau Je n'ai pas même , au soir de ma journée , Pour m 'abriter un fragile rameau !

De ce penser trop souvent accablée , Je viens à vous, temple majestueux!

Je viens à vous et je suis consolée , Je crois revoir un toit de mes aïeux?

Oui , tout à Dieu , sous cette voûte antique , Mon cœur ému frémit d'un saint bonheur ; Je vous salue , auguste basilique , Où , jeune enfant , j'invoquais le Seigneur !

Et cependant, d'un coup prochain atteinte Quand au soleil se fermeront mes yeux , L'écho sacré qui pleure en cette enceinte Ne dira point un chant doux et pieux !

Ce n'est point là que ma cendre ignorée Doit reposer jusqu'au jour du réveil :

D'avance ailleurs ma place est préparée , Ailleurs m'attend la paix du grand sommeil

Ailleurs mon cœur implore une humble pierre L'adieu des morts, de saintes oraisons ; La terre ailleurs me sera plus légère : Il n'est point là celui que nous pleurons !

Il n'est point là; sa dépouille chérie Repose, hélas! dans un obscur hameau. En vain sa gloire illustra sa patrie , Un froid oubli pèse sur son tombeau.

Aucune voix sur l'humble mausolée N'a prononcé de civiques adieux.

Ses enfans seuls , sa veuve désolée , Vont visiter l'enclos silencieux.

L'amitié seule et sa triste famille Mouillent de pleurs le funèbre gazon. . . D'un pur éclat , tel un astre qui brille , Trop vite éteint, se perd dans l'horizon,

Mais le jour vient où , déchirant la nue L'astre éclipsé, plus brillant reparaît; Pleurant enfin la vertu méconnue , Un peuple entier s'unit dans un regret.

Mais qui dira sa bonté paternelle i Dans les revers sa stoïque vertu 1 Ce cœur si tendre et cette âme si belle t Ce vaste esprit de grâces revêtu 1

Oh ! qui dira ce bienveillant sourire, Ce doux regard sur nous toujours tourné , Ce son de voix vibrant comme une lyre , De cheveux blancs ce beau front couronné?

J'entends encor cet entraînant langage , Je vois ces traits , ce regard plein d'amour ; J'ai dans mon cœur sa noble et sainte image Elle y vivra jusqu'à mon dernier jour.

Déjà pourtant le déclin de l'année

A ramené le jour de nos douleurs ,

Et l'humble fleur dont sa tombe est ornée

Attend encor le tribut de nos pleurs.

L'église en deuil , ni l'enclos solitaire , N'ont point revu ses enfans à genoux, Prier ensemble au triste anniversaire.. . Un sort fatal les a dispersés tous !

Un seul a pu de la pompe annuelle , Renouveler l'appareil douloureux.

Un seul a pu dans la sombre chapelle , Au nom de tous, offrir de tristes vœux.

Moi , cependant , par le ciel rappelée , Je vais revoir le marbre révéré ; Ma bouche avide à la pierre collée , Croira toucher -ce front cher et sacré.

Pour bien long-temps , adieu , voûte gothique ! Je porte ailleurs mes pas et ma douleur . Adieu , vieux temple , auguste basilique , Où , jeune enfant , j'invoquais le Seigneur !

Rodez, 8 décembre 1840.

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