ESPOIR
Je te salue 6 mort, libérateur céleste'. - LAMARTINE.
Lorsque je dormirai sous le marbre insensible , Quand le plomb du cercueil sur mon cœur pèsera , Dis-moi flambeau divin , essence incorruptible , Mon âme ! quel séjour devant toi s'ouvrira?
Dans les champs de l'éther, ombre vague et plaintive Te verra- 1- on glisser quand le jour va finir? Dans les rameaux pleurans des saules de la rive , Esprit mélodieux , au soir dois- tu gémir?
Au foyer de famille , invisible et présente , Pourras -tu recueillir quelques regrets pieux , Ecouter des vieux jours l'histoire attendrissante Et du front paternel revoir les blancs cheveux ?
Fière , dois-tu planer au séjour des orages
Sur un char de vapeurs?
Ou te cacher, timide , au fond des bois sauvages? Ou murmurer dans l'onde , ou dormir sur les fleurs ?
Loin , frivole penser ! mensongère féerie !
Ame souffle de Dieu , revole dans son sein !
Tu descends d'un séjour où l'on chante , où l'on prie,
Où l'amour est sans borne et le bonheur sans fin ;
Trône où de Jéovah la majesté visible , Remplit d'un saint effroi le brûlant séraphin , Sphère immortelle où. pur, radieux et paisible , Luit au soleil sans ombre , un jour sans lendemain f
Brille à mes yeux ravis , ô lumière ineréée ! Soleil de vérité ! vivifiant rayon !
Et toi, cité de Dieu , toi demeure sacrée , Reçois-moi dans ton sein triomphante Sion !
Véritable patrie, immortel héritage,
A moi par l'espérance et par le souvenir,
Séjour qui m'es promis, mon seul but, mon partage,
Loin de toi , si long-temps qui peut me retenir ?
Reçois-moi dans ton sein ! en tous lieux, à toute heure,
Je m'élance vers toi ; Ton enfant dans l'exil languit , soupire et pleure. . . Quand tes brillans parvis s* ouvriront-ils pour moi?
Laissez-moi m' envoler comme l'oiseau rapide I Comme le trait qui fuit dans l'espace éthéré ! Laissez-moi rejeter, proie informe et livide , Cette argile importune au sépulcre altéré !
Que sont pour moi les biens que le vulgaire envie? Décevantes amours , puérile grandeur, Gloire , bruit d'un moment , vains hochets de la vie ! Dites, qu'êtes-vous pour mon cœur?
Une fleur que le vent roule pâle et flétrie, Que dédaignent mes vœux , que repousse ma main , Non , désert populeux , monde stérile et vain , Limon que j'ai foulé , tu n'es point ma patrie î
Ailleurs est mon espoir, oui, ces ailes de feu Tantôt vont secouer leur voile de poussière : Adieu , bonheur humain ! adieu , gloire éphémère î Périssable soleil , adieu !
Sur ce globe où tu luis je me sens étrangère , Et d'un autre soleil j'entrevois la splendeur. . Oui, mon âme est loin de la terre
Qu'effleure mon pied voyageur !