LE COUVENT DE LIEGE
Il ne sera peut-être pas sans intérêt de rapprocber des versqui retracent ce couvent, désert depuis quelques années, la description qu'en faisait, en 1787, un spirituel Anglais qui avait fixé sa résidence en Portugal, et que des relations avec les personnages les plus éminens de ce temps, et en particulier avec l'illustre famille de Marialva, et même avec plusieurs membres de la famille royale, mettaient à même de recueillir des observations qu'il a consignées dans une série de lettres fort curieuses. Ces lettres ont été traduites en français en 1836 et insérées dans le journal X Abeille, par madame Catherine d'Andrada, femme d'un rare mérite, qui écrit avec une élégance égale en trois langues, le français, l'anglais et le portugais. Il m'est bien doux de lui rendre ici un témoignage de ma haute estime et de ma tendre affection.
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Ramalhao, 18 novembre 1787.
« Jamais je ne vis un si beau jour ni le ciel d'un bleu plus
« éclatant Nous partîmes achevai à six heures et demie
« et nous passâmes sur les collines agrestes qui dominent une « vaste étendue de eampagnes désertes; car, s'il existe des « villages, ils sont enfoncés dans les creux et dans les ravins-
« Comme nous comptions parcourir les montagnes de Ciutra « dans toute leur longueur, on avait placé des relais en diffé- . « rens endroits. Notre premier objet était le couvent de Nossa « Senhora da Penha, le groupe pittoresque d'édifices que je vis « briller dans le lointain, en approchant de la côte de Lisbonne. « De cette hauteur pyramidale, la vue est sans bornes. On
« contemple une immense masse d'eau
« Comme nous avions ensuite une grande route à faire, je ne « pus rester aussi long-temps que je l'aurais voulu sur cette « cime aérienne et retirée. Descendant par un chemin qui ser- « pente entre les rochers d'une manière fort irrégulière, nous « côtoyâmes pendant plusieurs milles un terrain étroit placé « sur le sommet d'éminences sauvages et arides , jusqu'au « couvent de Liège, qui répondit parfaitement au premier coup- « d'œil à l'idée que je m'étais faite de l'établissement de Ro- « binson Crusoé. Devant la porte qui est placée entre les bords « d'un immense rocher, s'étend un frais gazon où paissent des * bestiaux; leurs clochettes harmonieuses me firent souvenir
« de mes premières années qui s'écoulèrent dans des lieux « agrestes. Les cellules, ia chapelle et le réfectoire de l'ermi- •' tage sont taillés dans le roc et tapissés d'écorce de liège. « Plusieurs sont couverts et planchéiés de la même manière, « ce qui est doux et agréable aux pieds. Les plates-bandes de « fleurs et les massifs d'arbres dispersés entre les rochers sont « charmans ; je me plus à en examiner les plus petits recoins « en suivant le cours d'un ruisseau limpide et murmurant que « l'on a fait passer à travers un jet d'eau rustique, entre des h. buissons de lavande et de romarin du vert le plus tendre.
« Le prieur de cette retraite romantique est nommé par les « Marialnas, et c'est aujourd'hui que son installation a lieu. Il « nous pria si instamment de diner avec lui pour cette occasion * que nous ne pûmes le lui refuser; mais comme le jour était « encore peu avancé, nous partîmes au galop pour visiter un << rocher célèbre appelé la Pedra d'Alvidrar, qui forme un des « traits les plus marquans du fameux promontoire appelé la « Roche de Lisbonne.
« Nous passâmes sur les confins d'un bois qui entoure le dé- « licieux village de Collarès , pour arriver à une autre chaîne « de collines incultes qui s'étendent le long de la côte. Je « m'approchai des bords du rocher qui est d'une grande di- «- mension et presque perpendiculaire. Une quantité d'enfans « suivaient nos chevaux, et cinq garçons des plus robustes se « détachèrent de cette milice, et descendirent dans cet horrible « précipice avec un grand sang-froid; un surtout marchait les % bras étendus comme s'il était d'une nature différente de la « nôtre. La côte est vraiment pittoresque et formée de projec- « tions hardies, entremêlées de rochers pyramidaux qui 6e « succèdent dans une perspective théâtrale ; le plus éloigné est « couronné par une tour majestueuse qui sert de phare.
« Je n'ai pas d'expressions pour rendre la fraîcheur de l'at- « mosphère et la lumière argentée qui est rejaillie par les va- « gués. Du bord de l'abîme où je restai comme pétrifié, nous « descendîmes à la plage par un chemin tournant d'un demi-
« mille de longueur. Ici, nous nous vîmes entourés par un « amphithéâtre bizarre formé par les rochers et où les Naïades
« auraient pu folâtrer
« Quant au mugissement des vagues, il y a de quoi assourdir.
« Je ne m'étonne pas que l'imagination vive des anciens leur « ait fait croire qu'ils entendaient les conques des Tritons dans « ces cavernes retirées, ou que quelques graves Lusitaniens « aient déclaré que non-seulement ils les avaient entendus , « mais aussi qu'ils les avaient vus, ce qui leur fit envoyer un « message à l'empereur Tibère pour annoncer cet événement « et pour le féliciter d'une preuve aussi éclatante de la protec- « tion des dieux.
« Notre promenade fut délicieuse; et, en descendant de nos « montures, nous trouvâmes le vieil Abhade avec Luis de « Miranda et entouré d'un synode pittoresque de bons reli-
« gieux aux têtes chauves, aux barbes vénérables
« On servit le dîner justement comme il aurait pu l'être à « Méquinès ou à Maroc. — Des filiaux de différentes espèces, « des cailles exquises et des pyramides de riz teint de safran. « Notre dessert, quant aux fruits et aux sucreries, fut desolus « abondans. v
Extrait de la seizième lettre sur le Portugal, par Beck/ord, traduction de madame C. D'A.
NOTE IV, page 144.
Antonio Féliciano de Castilho naquit à Lisbonne le 26 jan • vier 1800. Il avait à peine trois ans lorsque la petite-vérole mit en grand danger sa vie. Les soins les plus tendres, les plus
assidus et les plus éclairés lui furent donnés par une mère qui l'adorait et dirigés par son père, médecin de grand renom et alors professeur à l'université de Coïmbra.
Les soins maternels le rappelèrent à Inexistence-, mais ne purent le préserver d'un malheur bien grand, celui de perdre la vue. La cornée de l'œil droit, couverte de cicatrices, ne laisse percer aucun rayon de lumière ; dans celle de l'œil gauche, quelques faibles parcelles ont conservé leur transparence et laissent passage à quelques rayons lumineux. M. de Castilho distingue le jour de la nuit et les couleurs très éclatantes des couleurs sombres, mais il ne voitpoint la forme desobjets et n'a jamais pu par conséquent apprendre à lire. Néanmoins, le mal cruel qui causa sa cécité n'a altéré en rien la délicatesse et la régularité de ses traits, où se peint à-la-fois le génie, la bonté et je ne sais quelle candeur naïve, presque enfantine , qui donne à sa physionomie un charme indéfinissable. Sous le voile de ses longues paupières toujours baissées, on distingue la forme de ses yeux, grands et en amande, on devine qu'ils ont dû être parfaitement beaux. On le devine encore aux cils noirs et soyeux qui bordent ses paupières , à des sourcils d'ébène et admirablement dessinés.
M. de Castilho appartient à une famille où l'amour des lettres est héréditaire. Son père fut sensiblement affligé du mal"heur que nous venons de raconter, surtout parce qu'il craignait que la cécité de son enfant ne l'empêchât de recevoir, comme ses frères, une éducation soignée, de profiter des mêmes instructions que ceux-ci. Cette pensée était d'autant plus amère pour ce bon père, que le jeune Antonio était précisément celui de ses fils qu'il aurait voulu consacrer aux lettres.
Mais il dût être bientôt rassuré. Le jeune aveugle montra pour divers genres d'études ce goût passionné qui fait surmonter tous les obstacles, cette intelligence vive et prompte qui pénètre au fond des choses, alors qu'elle ne semble que les effleurer. Il voulut assister à toutes les leçons qu'on donnait à
ses frères et qu'on leur fit dès lors oralement, afin qu'il en pût profiter. Ses progrès remplirent les maîtres d'étonnement. A quinze ans il avait suivi avec la plus grande distinction les cours préparatoires de grammaire, de rhétorique, d'histoire, de philosophie, de langue grecque et, ce quidoitsurprendre bien davantage, de géométrie. Il serait trop long de dire par quelle méthode il parvint à se rendre habile dans cette dernière science, pour laquelle le secours de l'organe qui lui manque semble si indispensable.
Bar un bonheur qui peut compenser bien des maux, le jeune Antonio trouva dans un de ses frères, plus âgé que lui de dix ou douze ans, un répétiteur plein de zèle, un ami incomparable. Ce frère (Auguste-Frédéric de Castilho, actuellement chanoine de la cathédrale de Lisbonne) s'était aussi consacré au culte des lettres. Il voua à son jeune frère une amitié qui ne s'est jamais démentie un instant. Par des lectures qu'il lui faisait, par des instructions orales, il lui enseignait chaque jour ce que lui-même apprenait par l'étude des meilleurs auteurs anciens et modernes, portugais et étrangers. Bientôt le talent poétique de M. de Castilho se révéla avec un grand éclat. Son frère, qui lui-même avait cultivé et cultive encore la poésie avec succès, fut ravi des premiers essais de son élève chéri. Il prévit avec bonheur une gloire qui devait surpasser la sienne , et ce goût commun pour la poésie resserra encore les liens de fraternelle affection qui unissaient déjà si étroitement deux hommes peut-être également remarquables. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici quelques vers bien touchans que M. de Castilho (Antonio) adresse à son frère et qui ont paru en 1837 dans son poème du Printemps, et la réponse non moins attendrissante que celui-ci glisse dans une note de ce poème, en le transcri" vant, car il se faisait honneur d' être le secrétaire de son frère.
« Vejamos meu Irmào, a tua escolha.
« Eis tu como en cingido de vinifias;
« Ah ! quanto sâo ignas os gostos nossos î
« Abraça-me , cantor de Natureza !
« Um a outro, um pelo outro, aqui juremos
« Juntar sempre em busca-la a industria nossa.
« Abraça-me outra vez : nossa amizade,
« Nossa terna amizade e nosso estudo
« Aperte mais e mais do sangue os laços.
« Se jamais fado atros nos séparasse!...
« Longe do pensamento esse impossinel !
« Duas vidas irmas que medrâo juntas
«cTem uma sô raïz : dâo flor, dâo frutas,
« Nas mesmas estacoes e as horas mesmas.
« Quer bençào mande o eeo, quer sopro de ira,
« Um so bemT um so mal abrange s s duas,
« Em quanto uma existir persiste a socia.
A. Primavera, p. 181.
« E tur meu earo Irmào, tu me arrabastes, « Quando magico attraes aos sons da lyra « As musas do Danubio a foz do Tejo.
« Ob 1 dize-me onde as visto a natureza « Virgem taô bella para ti sorindo ?
«La na idade infantil, quando tuos olhoa « Inda na luz, formosos se esprayavaô,
« Veio ella mesma perfumar-te o berço, « Tingir-te em rosea cor dos ceos o espaço , « Ineher-te o ar de ignotas barmonias, « De affeitosorvalhar-te o brandoseio, « E com magas visoes doirar-te os sonhos ? « Sim veio; e quaes na mente que as affaga « As maternas feiçoes impressas ficâor
« Taes seu olhar, e voz, e graça, e tudo,
« Te vivem, te reluzem pela mente,
« Doiraô-te escuridao, compoem-te um mundo.
«En silencio, te admiro alungo tempo.
« E ate (que fui tâ.o loueo) osei co' as tuas
« Minhas forças medir, tentar-te a gloria.
« Naô somos nos irmâos, me disse en mesmo ?
« Naô corremos ignaes no lungo estudo?
« Pois, ha de a lyra d'elle ousar prodigios
« Sem que, para a imitar desperte a minha?
« Mas que valle o desejo, o sangue, o estudo?
« Tu sabes remontar aos ceos n' um vôo.
« En tento, en medebato, ergo-me, caïo,
« No inglorioso châo cançado me adormeço :
«Sera pois d'elle sô a eternitade,
« Sô d' elle ? — A sua gloria aos dois nos hasta .
« Quaes nossos coraçaos amor vincula,
« Tal has de unir a fama os nomos d'ambos..
« Com todo o eterno sopro enchendo a tuba,
« Este e o moyor, » diras, « dos lusos vates! »
« Diras depois mais baixo : « Este com os olhos,
« Léo, estudio, do Irmdo, dà caro amigo.
Nota do Sv Auguste Frederico de Castkilho, p. 166.
Dès l'âge de treize ans M. deCastilho, qui s'était livré avec une ardeur passionnée à l'étude des classiques, fit paraître quel, ques poésies latines qui excitèrent une grande admiration parmi les connaisseurs. A seize ans, il commença à faire dès vers portugais. Une élégie sur la mort de la reine D. Marie Ire fut, je crois, le premier ouvrage qu'il publia dans sa langue maternelle. Cependant la poésie était loin d'absorber tout son temps. Il étudiait la botanique, l'histoire naturelle, la physique et fai-
sait un cours de droit à l'université de Co'imbre. Il ne l'avait point encore terminé lorsqu'il publia ses premiers essais dans la poésie bucolique : les Lettres d'Echo et de Narcisse et le Printemps . Le premier de ces ouvrages eut en peu d'années quatre éditions, chose rare en Portugal. Le second a été imprimé , comme nous l'avons dit, en 1837.
Cependant, son frère, dont nous avons déjà parlé, avait embrassé l'état ecclésiastique. Il desservait une paroisse, et avait une agréable résidence dans un des sites les plus pittoresques de ce Portugal qui en offre tant de ravissans. Notre poète s'y fixa près de lui et continua dans cette solitude enchantée ses études et ses travaux. Cette belle nature qui l'entourait, il la voyait par les yeux d'un frère, il la peint comme s'il l'avait luimême contemplée.
C'est là qu'il traduisit en portugais les métamorphoses d'Ovide et la plupart des tragédies de Ducis, car il possédait la langue française et plusieurs autres langues vivantes. Il fit paraître vers le même temps un poème intitulé : d Noite do Castello , la Nuit du Château, et diverses autres compositions. Pendant que le poète mettait au jour ces œuvres légères et brillantes, l'ecclésiastique, livré à des travaux graves et conformes à son état, publia plusieurs sermons et une traduction de la Pharsale de Lucain.
M. de Castilho s'est marié deux fois. L'histoire de son premier mariage est des plus romanesques. Une femme d'un très grand nom, Donna Maria-Isabelle de Buena-Coimbra-Portugal , était depuis l'âge de onze ans au couvent des Bénédictines de Variâo, à quatre lieues d'O'Porto. Elle avait pris le voile blanc des novices, mais n'avait point prononcé de vœux. Cette dame comptait dans sa famille un ancien et illustre poète , Antonio Ferreira; elle était parente d'un poète moderne non moins célèbre. Son père aimait aussi la littérature et lui en avait inspiré le goût.
Dans la solitude et le recueillement du cloître, elle s'était livrée à des études que peu de femmes entreprennent. Elle aimait par dessus tout la poésie. Plusieurs de ses ancêtres
l'ayant cultivée avec gloire , elle la regardait comme une des illustrations de sa famille , une partie essentielle de son blason. Les classiques portugais rirent quelque temps ses délices. Puis, elle apprit et sut bientôt parfaitement les langues française , italienne et espagnole. Elle avait lu avec enthousiasme les ouvrages de M. de Castilho. Il paraît que les Lettres d'Écho et Narcisse lui avaient fait une impression que renouvela la lecture de la Primavera. Après avoir lu ce second poème elle adressa à l'auteur , à Coïmbre où il résidait alors , une lettre contenant ces seules paroles :
« S'il se présentait une Écho, & Imi!eriez-vous ce Narcisse ? »
Or, le Narcisse des lettres de M. de Castilho est un implacable ennemi de tout sentiment tendre. La réponse du poète à la jeune novice fut très différente de ces lettres-là , à ce que nous croyons. Cependant celle-ci avait donné une adresse qui n'était point la sienne et ne s'était point fait connaître. Une correspondance mystérieuse et très piquante par l'esprit qu'elle sut y mettre, s'établit entre elle et l'heureux aveugle. Mais, grâce au nom supposé qu'elle avait pris, il se passa plusieurs mois avant que le poète découvrît qui était son correspondant, quoi qu'il ne pût douter que ce ne fut une femme. Les lettres devinrent des deux côtés de plus en plus expressives. M. de Castilho trouvait entre lui et son correspondant une grande sympathie de caractères, une étonnante conformité dégoûts, il se persuada que son bonheur ou son malheur dépendait uniquement de cette Écho , et la supplia de se faire enfin connaître. Après des instances réitérées, il obtint de lui être présenté, et peu après, en l'année 1834, ils furent unis.
M. de Castilho quitta Coïmbre après son mariage et se fixa à Lisbonne. Jamais on ne vit une union plus fortunée que celle de ces époux si bien faits l'un pour l'autre. Mais ce bonheur dura peu. Ils en jouissaient à peine depuis trois ans, lorsqu'une
mort prématurée enleva au poète une compagne qu'il idolâtrait. Il la perdit le 1er février 1837. Il a consacré à sa mémoire des poésies qu'on peut mettre à côté des vers les plus touchans de Pétrarque.
Il est dans la destinée de M. de Castilho d'inspirer de profondes affections, ou plutôt c'est un bonheur qu'il doit aux brillantes qualités qui le distinguent. Son talent poétique est si touchant, les pensées qu'il exprime sont si nobles, son âme sensible et passionnée se peint si bien dans ses œuvres, qu'on ne s'étonne pas que deux femmes également distinguées par leur caractère et par leur esprit aient su l'apprécier en le lisant. M. de Castilho a trouvé une seconde Echo non moins aimable, non moins affectueuse que la première, en mademoiselle Charlotte Vidal, qu'il a épousée , en 1838. Mme de Castilho. qui connaît plusieurs langues du nord de l'Europe, où elle a voyagé avec son père, lit et traduit en portugais pour son mari les poètes de la Scandinavie, elle lui sert très souvent de secrétaire. C'est elle qui a écrit sur un album qui lui fut envoyé les vers auxquels se rapporte cette note et plusieurs lettres en vers et en prose que je conserve comme un précieux souvenir de mon dernier séjour en Portugal. Je n'oublierai jamais les délicieux momens que j'ai passés dans la société deMme et de M. de Castilho et de leur famille, et au milieu du petit cercle poétique que j'ai vu réuni chez eux. En leur payant ce tribut d'affectueux souvenir, il m'est bien doux de penser que je puis les regarder comme de vrais amis.
Voici les titres de quelques-uns des ouvrages de M. de Castilho , qui tous ont eu un grand nombre d'éditions : Les Lettres d'Echo et Narcisse , le Printemps, Tribut d'un Portugais a la mémoire du libérateur (1). Amour et Mélancolie, la Nuit du Château, le Barde jaloux, Tableaux historiques. Ce dernier ouvrage est d'une grande importance et d'une grande étendue. L'auteur le publiait par livraison
(1) Cet opuscule est une espèce d'oraison funèbre de l'empereur D. Pedro.
lorsque j'éiais à Lisbonne il y a quelques mois. J'ai commencé sous ses yeux une traduction dont les premiers chapitres paraîtront dans peu de jours.
NOTE V, page 159.
l'étoile des mers.
Cette prière a été composée à bord et durant une violente tempête. Par suite d'un vœu fait au moment du plus grand danger, elle a été déposée depuis à la chapelle de Notre-Dame de la Garde, à Marseille. Pour faire ce dépôt l'approbation canonique de cette pièce par un évêque était exigée. Voici celle qui nous a été donnée :
« Pierre Giraud, par la miséricorde de Dieu et la grâce du « St.-Siège apostolique, évêque de Rodez;
« Nous avons lu avec un pieux intérêt l'hymne à la très Sainte « Vierge qui a pour titre l'Étoile des Mers. On ne peut exprimer « en plus beaux vers des sentimens d'une résignation plus chré- « tienne comme d'une confiance plus tendre dans la protection « de celle qui remplit de la gloire de son nom le ciel, la terre « et les mers. En conséquence nous en avons approuvé lapu- « blication et nous en recommandons la lecture comme très « propre à exciter et à entretenir dans les cœurs la piété envers « Marie.
« Donné en notre palais épiscopal à Rodez, sous notre seing, « notre sceau et le contre-seing de notre secrétaire-général. »
Extrait de la Sentinelle de la Marine, journal du Var :
« La tourmente s'accroît, la destruction menace le navire. A « l'inquiétude a succédé l'effroi, aux imprécations le vœu et la « prière. Et la jeune Française, quel sera son exvoto? C'est ici « qu'il faut reconnaître ]a puissance de la foi ; aux plus faibles
« elle inspire le plus grand courage.... Celte femme croit et de « plus elle est poète. Ses membres débiles ne peuvent la rete- « nir sur le pont d'où les vagues menacent à chaque instant de « l'arracher; elle s'y fait retenir par des liens et d'un regard << avide contemplant la tempête, elle élève sa pensée vers la » Vierge, vers la patronne des marins. Voici sa prière...
NOTE VI, page 171.
Sophie.. . ah ! ce doux nom fait rêver le poète.
Madame Sophie Pannier, à qui s'adressent ces lignes, est si connue par d'importans et beaux et grands ouvrages, que nous oserions à peine lui offrir ce faible hommage, si nous ne savions qu'elle est son indulgence. Qui n'a admiré ces écrits où. la profondeur des pensées s'unit à tous les prestiges d'un style plein d'énergie, d'élévation et pourtant toujours facile, naturel et vrai ? On est fière de penser que c'est à la plume d'une femme que sont dues des œuvres telles que le Prêtre , l'Athée , telles que le Déiste, qui bientôt viendra mettre le sceau à la réputation de son auteur.
Je ne connaissais point M'»e Pannier lorsque dans un moment d'isolement et de mélancolie le hasard mit entre mes mains un de ses ouvrages les plus touchans, le Prêtre. Dès cet instant je désirais vivement la voir, la connaître, être aimée d'elle, moi qui l'aimais déjà. Je me hasardai à lui adresser quelques vers auxquels elle répondit par ceux-ci :