STANCES
« Réveille— toi, ma harpe, et que ta mélodie « Descende aveo la paix dans mon àme engourdie (BAOOR-L.ORMIAN , trad. d'Ossian. )
Fille du ciel , brillante poésie !
Tes doux accens endorment mes douleurs.
Viens animer le néant de ma vie !
Dans ce désert viens semer quelques rieurs !
Sois tout pour moi , remplis mon existence ;
De mes chagrins perce la sombre nuit ;
Trompe mon cœur qui sans cesse s'élance
Vers un bonheur qui sans cesse le fuit !
Trompe mon cœur trop heureux s'il s'abuse !
Enlève -moi sur ton aile de feu !
De tous les biens que le ciel me refuse , Qu'un peu de gloire au moins me tienne lieu. Ah ! qu'ai -je dit et qu'osé-je prétendre? Disparaissez, désirs présomptueux!
Lorsqu'au tombeau je suis prête à descendre, Qu'ai-je besoin d'un laurier fastueux?
Je chante; hélas! comme l'onde murmure, Sans but, sans art, sans espoir, sans désir : Ainsi la fleur s'unit à la verdure , Et se balance au souffle du zéphyr.
Oui , malgré moi , ma secrète pensée Vient retentir sur mon luth douloureux ; Elle jaillit de mon âme oppressée»
Comme les pleurs s'échappent de mes yeux
Par le malheur choisie à mon aurore , Pour l'oublier je chantais ma douleur.
En expirant , ma voix anime encore Un luth plaintif , triste écho de mon cœur. Ce cœur trop tendre osa rêver la gloire , Mais il regrette une plus douce erreur... Ah ! qu'avec moi s'éteigne ma mémoire , Mais qu'une fois je chante le bonheur !
Il n'est plus temps. Ma débile paupière
Déjà se ferme à la clarté du jour.
Puissé-je , au moins , ombre errante et légère ,
Voler vers lui comme un songe d'amour !
Et , répétés par une voix chérie ,
Puissent mes chants un moment l'attendrir !
Un seul regard aurait charmé ma vie ,
A ma mémoire il suffit d'un soupir.