A BORD DE LA ROSE DU TAGE
ROMANCE
AIR : Fleuve du Taêe.
« Vois! c'est leTage. »
Ont dit les matelots , « Un doux rivage
« Enserre ses doux flots.
" O fille de la lyre ,
" Que ce beau lieu t'inspire!
— Hélas! Je dis:
Je rêve à mon pays.
« Jeune étrangère , « Ton luth est triste et doux.
« Chante ! naguère " Ta voix nous charmait tous.
« Ta main erre , distraite , « Sur la corde muette ;
» L'écho des mers « Ne dit plus tes concerts. »
— Je vois le Tage Aux bords inspirateurs .
Je vois la plage Qu'embaument mille fleurs Mais mon âme oppressée D'une triste pensée
Traîne le poids , Et mon luth est sans voix .
En vain cette onde Comme un miroir d'azur
Claire et profonde , Réfléchit un ciel pur.
Je rêve un ciel plus sombre , Un vallon rempli d'ombre. . .
Morne douleur Ici brise mon cœur.
Je vois mon père Avec ses blancs cheveux,
Ma tendre mère Et ses touchans adieux ; Pour mes yeux , pleins de larmes Ces lieux n'ont point de charmes ,
Ces lieux nouveaux Si brillans et si beaux.
Il est en France Un doux et frais vallon ;
Au fond s'élance La tour d'un vieux donjon,
Le mur qui l'environne De lierre se couronne ,
Un clair ruisseau Coule au pied du coteau.
A cette image , Mon cœur bat et frémit;
Aux bords du Tage En vain tout me sourit.
Sur sa rive fleurie Je pleure une patrie ,
Le vieux château Et les bords du créneau.