Rochefort, p
en levant les mains, qu'ils seconderaient les Français selon leur pouvoir. On apporta la cassine *, qui fut bue en grande cérémonie ; puis Saturiova se retira, avec promesse de se trouver le lendemain à un lieu convenu pour le rendez- vous.
Les Français l'y rencontrèrent effectivement, suivi d'une troupe nombreuse de jeunes guerriers, l'arc à la main et le brassard de plumes attaché à l'épaule 2. Leurs chevelures étaient garnies de flèches armées d'arêtes de poissons, d'ossements aiguisés ou de pierres tranchantes. Ils se dirigèrent avec de Gourgues vers la rivière de Mai, où les forts étaient bâtis. Olocotara^ neveu du parakousse, marchait en tête près du capitaine, tenant une pique
1. « Breuvage composé de certaines herbes, lequel ils ont accoutumé prendre quand ils vont en lieux hasardeux, parce qu'il leur ôte la soif et la faim pour vingt-quatre heures. » (Les- CARBOT, liv. !••■, p. 128.)
2. « Pour ne point se blesser le bras gauche avec la corde de l'arc lorsqu'il se détend, les Floridiens couvrent ce bras depuis le poignet jusqu'au coude d'un brassard de grosses plumes retenu par une courroie. • (L'Inca Garcilasso de la Vega, Uy.I*', p. 15.)
à la main, et chantant sou hymne de guerre, et chaque fois que revenait ce refrain :
Les hommes de mer * sont des lâches; Nous avons échappé au traiicliant de leurs épées Et aux dents de leurs cliiens.
Les hommes de mer sont des lâches; Us iront nourrir les poissons de la rivière;
tous les guerriers le répétaient ensemble, puispouS' saient un grand cri 2.
Us arrivèrent ainsi en face du plus petit fort. De Gourgues ordonna à ses gens d'attacher leurs fourniments aux morions et de tenir leurs arquebuses élevées; puis, passant la rivière à leur tête, il attar qua si brusquement les Espagnols, qu'ils eurent à peine le temps de se mettre en défense. Un de leurs canonniers tira pourtant deux coups de coujeuvrine qui tuèrent plusieurs Français. Il allait recharger
1. Us donnaient ce non: aux Espagnols, parce (jue c'étaient les premiers Européens qui, traient arrivés par mer sur leurs côtes.
2. L'inca Garcilasso de la Yega , seconde partie , liv. IV, p. 205.
cette pièce pour la troisième fois, lorsque Olocotara se replia sur lui-même, ferma les poings et étendit les bras, comme s'il eût voulu essayer la souplesse de tous ses membres *, puis, s'élançant vers la palissade, il réussit à atteindre la plate-forme, courut à l'Espagnol, qui approchait déjà la mèche du canon, et lui passa sa pique au travers du corps. Les assaillants se dirigèrent ensuite vers le second fort, qui était séparé du premier par la rivière. Tandis que de Gourgues la traversait en bateaux, les Floridiens se jetèrent à la nage, se tenant, selon l'usage 2, quatre de front, et portant sur leurs épaules un guerrier prêt à lancer ses flèches. Mais les Espagnols ne firent qu'une faible résistance, et furent presque tous massacrés en fuyant.
1. « C'est la coutume ordinaire des Indiens quand ils veulent entreprendre une chose où il faut de la vigueur. » (L'Inca Gargilasso, liv. il, p. 129.)