‹ Au bout du mondeChapitre 20 sur 50 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

<^ES PETITES caraïbes

Le mauvais succès des entreprises formées pour le Brésil et la Floride n'avait point découragé nos navigateurs. Les Basques, les Normands, les Bretons, continuaient à parcourir l'Atlantique, explorant surtout la côte orientale de l'Amérique, depuis le quinzième degré de latitude jusqu'au cinquantième. Quelques essais de colonisation avaient

même eu lieu dans le nord, mais sans amener de résultats importants. Les préoccupations de la cour étaient ailleurs, et elle n'accordait qu'une protection passagère aux colonisateurs qui s'efforçaient d'établir l'autorité française sur ces terres nouvelles, bonnes tout au plus, selon les courtisans, à fournir « quelques singes, perroquets ou sauvages, pour le divertissement des dames. » Un écrivain du temps a exprimé à cet égard toute son indignation dans la dédicace de son livre au roi Louis XIII. « Si quelques gens, dit-il, nous viennent d'Italie ou d'Espagne avec un habit, un chant nouveau, nous allons au-devant et nous les faisons, en un moment, regorger de richesses, tandis que l'on tâche, par tous moyens, d'énerver et faire perdre courage à ceux qui s'emploient à des actions si généreuses*. »

Heureusement que l'intelligence de la nation suppléait à tout, et que l'immobilité du gouvernement semblait exalter l'activité privée. Rien n'avait

Page 1