Espèce de bûcher sur lequel on rôtissait les viandes
Tel était le peuple qui habitait les Antilles au moment où d'Énambuc arriva à Saint-Christophe avec son brigantin près de couler bas et son équipage de blessés. Aussi, bien que les Caraïbes eussent la réputation d'aimer les Français, le capitaine normand aborda-t-il avec précaution et une sorte d'incertitude. A peine eut-il pris terre, qu'il aperçut une troupe de Français qui accouraient à sa rencontre. La plupart étaient des naufragés jetés dans l'île par la tempête, ou des mutins que leurs capitaines y avaient déposés au passage. Tous vivaient dans les
meilleurs rapports avec les sauvages. Ils rassurèrent d'Énambuc, lui vantèrent la salubrité de Saint-Christophe, sa fertilité, et l'engagèrent à y rester, décla-^ rant qu'ils étaient prêts à former une colonie sous son commandement.
Cette proposition fit réfléchir le capitaine; avant d'y répondre, il voulut examiner l'île, et juger par lui-même des avantages qu'elle pouvait offrir pour un établissement. Il la parcourut donc dans toute son étendue, et la trouva riche en productions naturelles, facile à cultiver, et bien arrosée. Cependant il hésitait encorei-lorsqîj'il rencontra un léquîi page anglais commandé , par , raventuriej?. WaarK»nard, *, ,qui . veu^t d'échapper comme lui aux Es*;" pagnols, et s'était réfugia à Saint-Christophe aveer la vague intention, de s'y flxer. En se; commujai?T!quant leurs pi;ojets, encore. mal .arrêtés, les. ,deux'r> capitaines, s'y encouragèrent -et; s'y affermirent-^ Jlsir. convinrent de se partager .l'île, à l'amiablev de^îvivTe .en bons voisins, et de s'eutrlaider.. -s'il était inéûesr • saire..
LES.PETITES CABAÏBES lit,
D'Éuambuc reviat donc au lieu de son, débarque^ meut, où il commença la construction de deux, f forts, tandisi. que Waarnard, s'établissait avecsee.* gens, sur la côte opposée.
Quelques mois s'écoulèrent dans cette activitéf, joyeuse et fervente qu'excite toute entreprise à -son-.^ commencement. Les sauvages, qui avaient fait aux nouveau- venus de grandes démonstrations d'amitié, suivaient leurs travaux avec une ,admiratioa curieuse, fréquentant surtout les Français, dont ils aimaient l'esprit mobile et la gaîté bruyante. Quelques-uns de ceux-ci, qui savaient la langue des Caraïbes, avaient d'ailleurs entrepris de les convertir à la foi catholique et ne négligeaient rien pour les attirer; non qu'il y eût chez ces apôtres de hasard une croyance bien profonde, mais la controverse théologique était une des maladies de l'époque. Elle avait gagné toutes les classes pendant les guerres de reMgion qui avaient agité la France, et il n'était point de compagnie de soudards, point d'équipage d'aventuriers qui n'eût son maître Scot plus ou moins expert dans l'explication
des textes, plus ou moins amoureux de propager les vraies doctrines de l'Église. Grâce à eux, l'établissement français ne tarda pas à devenir une espèce de Sorbonne sauvage, où nos théologiens de tillac et les prêtres caraïbes exposaient tour à tour leurs croyances *.
1. Les relations Ce Champlein sont remplies de ces débats religieux avec les sauvages et de prédications sw les points les plus subtils de la foi.
Selon les boyez^, l'auteur de toutes choses était Louquo. Descendu de ce monde qui se trouve au delà des nuages, et qui est devenu le pays des génies et des âmes, il commença par créer la terre sans eaux, sans fleurs et sans montagnes; touchant ensuite sa cuisse et son nombril, il en fil sortir les dix grands Caraïbes , qui, plus tard, sont devenus des dieux.
Le premier fut Nonun (l'astre du soir), qui se
trouva si beau en naissant qu'il se montra avec orgueil à toute la terre ; mais Huoïou (le soleil) ayant paru peu après, Nonun alla se cacher de honte, et depuis ce temps il ne se montre plus que la nuit. Les autres grands Caraïbes étaient Achinaon, qui préside à la pluie et au vent ; Chirities, devenu aujourd'hui une constellation servant à compter les années ; Couroumon, le, génie des vagues ; Savaçou, le capitaine du tonnerre et des ouragans; Joulouca, l'arc-en-ciel, qui, à force de se nourrir de poissons, de lézards, de ramiers et de colibris, a pris les teintes variées que nous lui voyons; Racumon, d'a- ' 'boïd serpent à la tête d'homme et placé sur un arbre 'àecabatas dont iï donnait les fruits aux passants, mais aujourd'hui changé en étoile ; Limucani^ la 'comète, ' dont l'apparition annonce la colère des puissances supérieures, et enfm Cowalina^ le chef ''àes zéméens ou bons génies, nés des premières femmes et de Louquo *.
Nous avons dit comment, au sortir des^mains de