Delaborde, ouvrage cité, p. o29 à
LESPETITES CARAÏBES '115
ce dernier, la terre était molle, plate et stérile. Les rayons brûlants de Huoïou la desséchèrent, sa surface plus solide se boursoufla en montagnes, et la verdure parut.
' Louquo créa alors les ' premiers hommes, qui vivaient très-loTî^emps, ne vieillissaient point, parce qu'Us se nourrissaient de poisson qui est toujours jeune, et mouraient sans maladies. Il demeura plusieurs siècles au milieu d'eux, puis retourna au pays des zéméens, où il se trouve encore.
*'Màis, après 'Son départ, la pêche devint moins
''abondante, les nuits plus froides, et les hommes
' découragés se mirent à vivre comme des bêtes fauves. Louquo, touché de compassion, apparut donc à un vieillard caraïbe pour lui enseigner ce qui pouvait rendre ses fils moins malheureux. Il lui mon-
"tra comment les pierres' pouvaient servir à tailler les arbres, le balisier à construire des ajoupas, le coton à faire des hamacs; puis, brisant un bâton qu'il avait à la. main,. il enfouit ks débris dans la
^^'JerrCj'et dit au vieillard de revenir voir dans quelque temps ce qu'ils auraient produit. Le vieillard
revint au bout de neuf lunes, et trouva le manioc *.
Le bonheur rendit les Caraïbes méchants. Ils cessèrent bientôt d'offrir à Louquo les alakris ^ qu'ils lui devaient, et le dieu se fâcha. Il laissa tomber les rivières produites dans le ciel par la sueur des zé^ méens; la terre fut inondée, et tous les hommes périrent, excepté quelques élus, qui se sauvèrent sur une haute montagne et dont les Caraïbes actuels sont les descendants.
Les prêtres sauvages ajoutaient qu'outre les dieux mentionnés dans cette théogonie, il y avait les mahoyas, ou mauvais génies, toujours en guerre avec les zéméens, et qui jetaient sur les Caraïbes des sorts que les hoyez seuls pouvaient conjurer. Chacun de ceux-ci avait, dans ce but, à son service, un zéméen particulier appelé Eocheïri, qui l'aidait
i. Voyez Delaborde, îoco eitato; Rochefort, p. 469; Thevel, la France antarctique, p. 52. — Celte fable est rapportée un peu différemment par chacun; mais le fond est toujours le même.
2. Offrandes à'oaïcou et de cassave, ou pain de manioc, (Delaborde, p. 542 et 529.)
également à guérir les malades *, et qu'il pouvait transmettre à ses enfants par droit d'héritage 2.
Quant à la mort, chaque homme, assuraient-ils, avait plusieurs âmes qui subissaient alors diverses transformations. Les âmes des membres allaient animer les bêtes fauves, et l'ame de la tête devenait maboya, ou mauvais génie, tandis que youanni, l'âme du cœur, revêtant un corps splendide, montait au pays des zéméens, où le manioc pousse sam culture, arrosé par des rivières d'cmïcoi^, et où les femmes sont toujours belles!
Du reste, toutes ces âmes devenues génies avaient des sexes et se multipliaient, ce qui rendait les zéniéens et les maboyas innombrables.