‹ Au bout du mondeChapitre 31 sur 50 · Le père Duterlre, Vol. 1, p · texte numérisé non relu

Le père Duterlre, Vol. 1, p

M. de roiive était, en effet, un de ces esprits fantasques, toujours en crise d'enthousiasme, mais incapables de tendre deux jours au même but. Son ardeur inutile ressemblait au coup de canon à poudre, qui fait du bruit sans porter. N'ayant d'autre volonté que celle d'une douzaine de familiers dont il adoptait tour à tour les manières de voir, il soutenait ses convictions de passage avec une brutalité violente qu'il s'efforçait de donner pour de la fermeté. A l'entendre, lui seul avait de la fixité, de la décision, de la suite; il attribuait aux autres tous ses changements. M. Duplessis essaya pendant quelque temps de se maintenir en bonne intelligence avec cet esprit flottant, mais tous ses efforts furent inutiles. Les variations de son associé ne pouvaient être ni prévues ni ménagées. Ce qu'il avait approuvé la veille devenait un grief le lendemain. Il fallut se résoudre à vivre chacun de son côté en voisins brouillés, sinon en ennemis.

Les deux capitaines emmenaient avec eux cinq cents hommes et quatre religieux réformés de

l'ordre de Saint-Dominique « qui avaient rejoint le port d'embarquement en ramassant des aumônes pour acheter des ornements d'église et des habits ^. » La traversée fut favorable; l'exncdition prit terre d'abord à la Martinique ; mais cette île déplut à M. de l'Olive, et l'on fit voile pour la Guadeloupe, où l'on débarqua le 23 juin 1635. Le lendemain, les quatre frères prêcheurs plantèrent la croix, bâtirent une petite chapelle de roseaux, où l'on célébra la messe, et l'île fut déclarée acquise à Dieu et au roi.

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