Mathias Dxi^m$,lôcocitato
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La Guadeloupe, que les Caraïbes appelaient Korukera, et qui a reçu son nom actuel des Espagnols, se trouve placée entre le 15° et le 16° de latitude nord. Sa superficie est d'environ cent lieues carrées. Un bras de mer la partage en deux parties. La plus petite, au nord-est, est appelée grande terre; le sol, dépourvu de rivières, y est entrecoupé de rocs et de marécages. L'autre partie, au nord, plus grande, plus fertile, et qui fut longtemps la seule habitée, se nomme basse terre, ou proprement Guadeloupe.
LBS PETITES CARAÏBES 151^.
Ce M là que nos colons abordèrent. Ws troutèî'enî le centre de l'île occupé par des mont^ghes iïiacces^ sibles, au milieu desquelles s'en élevait une qui lançait par instants de la fumée et des étincelles; mais plus bas la terre leur parut fertile. Ils comptèrent plus de cinquante rivières ou torrents qiâ allaient se jeter dans la mer, des étangs, des f Ob'laines, et plusieurs sources d'eau bouillante.
Deux baies très-profondes, auxquelles ils dtjin^ nèrent le nom de cuMe-sac, étaient parsemés d'îlots ombragés, de lauriers où se trouvaient en abondance les oiseaux de mer, les crabes, les tortues et les lamentins. Les terres basses, couvertes de palétuviers, servaient de refuge d.\nL javaris *.
Par malheur, M. de l'Olive voulut s'arrêter sur l'un des points les plus montueux et les plus ingrats de l'île; il y bâtit un fortin auquel il donna le nom de Saint-Pierre, et M. Duplessis, qui ne pouvait s'écarter beaucoup, s'établit à la gauche avec ses gens.
1. Sangliers des Antilles. Ils y avaient été apportes par les navires espagnols.
Malgré les instances de celui-ci pour passer à la Barbade, où il voulait prendre du plant d'ignames ('t de manioc, on avait cinglé tout droit vers la Guadeloupe, de sorte que les colons, une fois établis, se trouvèrent dans l'impossibilité de cultiver les terres et de préparer des récoltes. 11 fallut donc s*en tenir aux vivres que Ton avait apportés. Chaque habitant fut réduit d'abord à une livre de pâte par jour, puis à cinq onces ; et, cette ressource même étant épuisée, il fallut vivre de poisson, de crabes et de tortues, ce qui engendra des maladies auxquelles la plupart succombèrent.
Les missionnaires nous ont laissé des détails horribles sur les souffrances des colons pendant ces premiers temps. On en vit manger l'onguent des chirurgiens, le cuir des baudriers, et jusqu'à la chair des cadavres. Quelques-uns, poussés par la superstition et la faim, se rendaient aux carrefours des bois pour appeler le démon et lui offraient leurs âmes s'il voulait nourrir leurs corps *. Les mourants ne consentaient à communier au'à la
l. Le père Dutertre, vol. I, p. 80.
condition de recevoir quelques aliments que les missionnaires étaient obligés de prendre sur leur propre nourriture ou de dérober *. Aussi, pendant plusieurs mois, ne vécurent-ils que de pourpier sauvage cuit dans l'eau de mer.
Les vols étaient devenus si fréquents, qu'il fallut les punir du fouet, de la marque, et enfin de la peine de mort ; encore ne put-on les arrêter. Un désespoir aveugle avait fini par s'emparer de la plupart de ces malheureux : on les voyait filer euxmêmes des cordes de coton pour se pendre aux arbres qui entouraient le fort.
M. de l'Olive, qui avait une habitation à Saint- Christophe, s'y rendit avec la promesse d'en rapporter des vivres et des semences; mais quelqu'un lui fit changer de projet pendant le voyage, et il revint comme il était parti.
De leur côté, les marchands de Dieppe, qui ne voyaient rien arriver de la colonie, refusaient de faire de nouvelles avances. Les colons ne reçurent