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VI. — A voir, aujourd’hui, la situation satisfaisante des

Rio de Janeiro. — Viaduc de Santa Thereza.

finances brésiliennes, on ne se rappelle guère les graves crises financières que ce pays eut à traverser, crises encore aggravées par des événements sociaux, tels que la rébellion du Rio Grande do Sul en 1893, la révolte navale de 1894, celle dite des Canudos à Rallia en 1897, qui occasionnèrent de grandes dépenses au gouvernement et pesèrent fort lourdement sur les finances du pays. La période la plus difficile fut celle de 1890 pendant laquelle le papier-monnaie inonda le Brésil; l’émission de papier du Trésor fut transformée en émissions de banques garanties par des titres de l’État, mais la quantité marquée pour ces émissions fut de beaucoup dépassée. En août 1898, les émissions avaient

atteint le chiffre de 778.364 contes (^) et le change descendait à 6 pence, le milreis ne valait plus que 0 fr. 65.

Il était temps de prendre des mesures énergiques pour faire face à une situation aussi difficile. On fit des sacrifices nécessaires. A mi-juin 1898, on signa à Londres le funding loan, d’après lequel les intérêts de la dette extérieure du Brésil ne seraient pas payés en argent, mais en titres consolidés à 5 p. 100 d’intérêt, émis gr 0 ,duellement pour le service des intérêts de la dette de l’accord, c’est-à-dire que le service des intérêts de la dette extérieure du Brésil serait effectué pendant trois ans en titres d’un emprunt de consolidation de 5 p. 100.

Des mesures diverses contribuèrent considérablement à l’amélioration des finances. Grâce à l’émission, à Londres, de titres spéciaux dits «rescision bonds», le gouvernement put effectuer le rachat d’une partie des chemins de fer jouissant d’une garantie d’intérêt; ce furent aussi le retrait graduel et automatique d’une certaine quantité de papier-monnaie, le rachat du papier des émissions des banques; l’établissement, d’un fonds de garantie, la perception d’une partie des droits de douane en or; la création d’un fonds d’amortissement, des emprunts intérieurs en papier.

Ces mesures donnèrent bientôt les meilleurs résultats et les finances brésiliennes reprirent plus d’élasticité. Chaque année, on incinérait une certaine quantité de papier-monnaie, si bien qu’à la fin de 1909, le stock en circulation était réduit à 628.452 contos, c’est-à-dire une réduction de 149.912 contos depuis 1898, soit 242 millions de francs., Pour hâter la restauration des finances et empêcher les oscillations brusques du change mettant ainsi fin à la spéculation, on créa, en 1906, la Caisse de Conversion, qui émit, contre, des remises en or, des billets au change de 15 pence, remboursables à vue en espèces or. Depuis cette époque, la spéculation a pris fin, et le change est stable à 15 pence et quelques ; dixièmes. A , la fin de décembre 1909, le solde de la Caisse de Conversion était de 353.071.350 francs.

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(1) Le conto de reis vaut au pair de 27 pence par milreis, 2.843 francs, et le milreis 2 fr. 84. Au change actuel qui forme une sorte de pair depuis 1906, le milreis vaut 1 fr. 55; le conto de reis, qui fait 1.000 milreis, vaut donc 1.610 francs actuellement.

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VII, — Par la convention du funding loan dont nous avons parlé plus liaut^ il avait été convenu que l’amortissement de la dette extérieure serait suspendu jusqu’à tin juin 1911, mais, vu l’excellente situation commerciale et l’état des plus satisfaisants des finances brésiliennes, le gouvernement décida, par décret ..du 31 décembre 1909, d’anticiper d’une année et demie sur les délais oui lui étaient accordés et de recommencer le service d’amortissement dès le l®*" janvier 1910. Le crédit du Brésil à l’étranger est aujourd’hui des plus fermes : il suffit de jeter les yeux sur la cote de la Bourse pour se rendre compte que tous les titres de la dette extérieure 5 p. 100 sont au-dessus du pair; d’autre part, tous les emprunts émis ces dernières années, destinés à la construction de ports, de chemins de fer ou aux États de l’Union, ont été couverts plusieurs fois. Le gouvernement brésilien doit maintenant se défier des groupements de financiers qui, alléchés par les fortes commissions à toucher, lui proposent sans cesse de nouveaux capitaux.

D’après des documents officiels, la dette actuelle du Brésil s’élevait, au commencement de 1908, à :

Dette extérieure Fr , 1 . 948 . 600 . 000 »

La dette extérieure, en apolices ou titres de rente, était, à la même date, de. . .Fr. 890.938.890 )''

Soit un total de Fr. 2.839.538.890 »

A ces chiffres il faut ajouter une dette flottante de 265,555.750 francs, puis les dettes des États et des villes qui s’élèvent à :

Dette extérieure Fr. 796.000.000

et la dette intérieure qui monte à . . .Fr. 374.000.000 »

Soit en plus Fr. 1.170.000.000 »

On voit, par ces chiffres, que ce n’est pas là une charge bien accablante pour un pays où les ressources naturelles sont presque infinies et dont le territoire immense permet d’escompter un développement que ne comporte aucune autre région. Il n’est pas inutile de noter, en outre, que la dette du Brésil a uniquement pour point de départ des dépenses dont l’objet, en général.

n’a d’autre but que ia mise en valeur des colossales ressources du pays et des chemins de fer appartenant à l’État, lesquels représentent une somme énorme.

VIII. — La principale source des recettes du Brésil provient des droits d’importation assez élevés payés dans les douanes, de l’impôt du timbre, de la poste et des télégraphes, des revenus des chemins de fer administrés par l’État, et des impôts de consommation sur les marchandises, boissons, conserves, tabac, allumettes, bougies, cartes à jouer, chaussures, cannes, parapluies, sur les vins et tissus étrangers. Ce sont les impôts de consommation et des droits d’importation qui produisent naturellement le plus grand rendement.

Le produit des droits d’importation s’éleva, en 1909, aux deux tiers de la recette totale, soit : 82,423 contos or (au pair de 2fr. 84) et 160.965 contos papier, ce qui forme 486.800.000 fr. en chiffres ronds.

Nous n’avons pas encore le rendement des. impôts de consommation pour 1908 et 1909; il fut, en 1907, de 35.680 contos. Cette même année, le rendement des recettes de l’intérieur s’élevait à 56.221 contos.

Malgré l’immensité de son territoire encore imparfaitement 'desservi et sa population de 23 millions d’habitants, le Brésil est arrivé à avoir une exportation qui . dépasse 1.300 millions de francs; le café entre dans ce total pour 600 millions environ et le caoutchouc pour plus de 320 millions de francs. Le Brésil ayant importé poùr '850 millions de produits, il reste en sa faveur un excédent de 450 millions.

En 1907 et 1908, les sept principaux articles brésiliens d’exportation donnèrent les- chiffres suivants; en 1907 :

Café, sacs de 60 kilos’, 15.680.172 sacs d’une valeur de 733.976.575 fr.

Caoutchouc ..... ' 33.383 tonnes — 320.698.150

Tabac ’. . . 29.692 — — 32.100.900

Sucre 12.858 — — 3.392.500

Hervamaté ..... 52.053 — — 40.249.850

Cacao 24.397 — — 50.319.900

Coton 28.036 — — 43.357.675

Divers 1.50.323.900

Total 1.374.419.450 fr.

En 1908, les mêmes produits donnèrent :

ARMÉE, xMARINE, FINANCES, INDUSTRIE, PORT DE RIO 65 Café, sacs de 60 kilos. 13.260.144 sacs d’une valeur de 575.980.775 fr.

Caoutchouc (1) . . . . 34.287 tonnes — 280.549.600

Tabac 14.866 — — 21.032.750

Sucre 29.932 — — 7.247.250

Ilerva maté 49.098 — — 40.721.075

Cacao 31.067 — — 48.436.425

Coton. 3.439 — — 5.153.950

Divers 118.253.375

Total 1.097.375.200 fr.

En 1906, le Brésil importa pour 830.101.025 francs de marchandises;

En 1907 : 1.013.190.025 francs.

En 1908 : 877.285.250 francs.

IX. — Les nations qui importent le plus au Brésil sont : l’Angleterre, l’Allemagne, la République Argentine, les États- Unis, la France, le Portugal, la Belgique et l’Italie.

Les importations du Brésil se sont beaucoup élevées ces dernières années, en raison du développement de l’industrie 0. Les importations de machines qui, dans l’exercice 1874-75, représentaient 1,7 p. 100 de la valeur de l’importation totale, sont montées à 5,4 p. 100; les articles qui se sont élevés dans des proportions à peu près égales sont l’acier et le fer, le charbon de terre, les articles de cuivre, les couleurs d’aniline, etc. Les statistiques officielles des années les plus récentes ne noiis sont pas encore parvenues, mais on pourra se faire une idée des importations de chaque nation par les chifïres suivants de l’année 1906.

L’Angleterre, de beaucoup la principale nation exportatrice au Brésil, y a vendu du charbon de terre, des cotons manufacturés, du coton brut et égrené, du fer, de l’acier, du jute et du chanvre, des machines et appareils, articles principaux pour une valeur de 219.622.590 francs.

L’Allemagne a vendu au Brésil pour 115.168.920 francs de fer et acier, machines et outils, coton manufacturé, papier et ses applications, porcelaines, faïences et verres, des produits

(1) En 1909, l’exporlation du caoutchouc s’éleva à 39.027 tonnes; celle du café à près de 13.000.000 de sacs; celle du maté à 58.017.850 kilos.

(2) Pendant le premier semestre de 1910, les importations se sont élevées à 21 millions de livres sterling, conUe 16 millions pendant la même période de l’année dernière. Les exportations ont atteint le chiO're de 23 millions de livres sterling contre 23 millions en 1909. (Une livre sterling, 23 francs.)

chimiques, des articles de cuivre, du ciment, des peaux et cuirs préparés et des couleurs d’aniline .

Les États-Unis expédient des produits chimiques, du pétrole, du coton manufacturé, des machines et appareils divers, du bois, du fer et de l’acier et de la farine de blé pour une somme de 89.814.990 francs.

L’Argentine a vendu de la viande sèche (xarque), du blé en grain et en farine, de la luzerne et du bétail de race pour une somme de 82.589.850 francs.

La France, qui du deuxième rang a passé au cinquième, a vendu au Brésil pour 72.224.710 francs de beurre, peaux et cuirs préparés, nouveautés, coton manufacturé, parfumerie et essences, produits chimiques, papier dans toutes ses applications, machines et outils, fer, acier et cuivre, articles de soie, vins, liqueurs, conserves et pommes de terre. Nous ne pouvons pas donner les chiffres complets pour 1909, mais cette année marque un notable progrès pour les importations françaises au Brésil ; celles-ci ont certainement augmenté d’un bon tiers, nos industriels et commerçants s’étant décidés à produire un petit effort vers ce marché qui ne demande qu’à les accueillir.

Le Portugal, la Belgique et l’Italie viennent ensuite avec respectivement 51.200.000, 30.947.200 et 26.308.800 francs.

X. — D’après les notes importantes que nous avons pu recueillir, et ce que nous avons vu dans les États qui passent pour les plus progressistes, jl apparaît que l’industrie brésilienne a pris en ces dernières années un certain développement ; c’est déjà une grande force économique et dans beaucoup débranchés, un élément de richesse nationale ; on ignore son importance non seulement à l’étranger, mais au Brésil.

Les tarifs douaniers brésiliens presque prohibitifs ont facilité sinon le développement, du moins la prospérité de l’industrie naissante, et celle-ci continue toujours à recevoir de nombreuses faveurs et des encouragements de la part du gouvernement, si bien que toutes les branches d’industrie donnent de fort jolis dividendes à leurs actionnaires.

Il existe au Brésil environ 3.260 établissements (*) industriels divers, employant un capital de 1.054.923.000 francs.

(1) Dans ces chiffres figurent nombre d’établissements très modestes.

Les États possédant le plus d’établissements sont, après le District Fédéral, qui en possède 670 : Sâo Paulo, 326; Rio Grande do Sul, 315; Parana,'297; Rio de Janeiro, 210; Santa Catharina 173; Goyaz, 135; Pernambuco, 118 et Sergipe, 103.

Les autres États possèdent moins de 100 établissements; ceux qui en ont le moins sont Piauhy et Espirito Santo, avec respectivement 3 et 4.

Dans l’ordre des capitaux employés, Sâo Paulo arrive en premier avec 127.703 contos, puis Rio de Janeiro avec 86.195 ; Pernambuco avec 58.724; Rio Grande do Sul avec 49.206; Bahia avec 27.643; Minas Geraes avec 27.750 ; Parana avec 20.842 contos, etc., etc.

La valeur de la production industrielle est dans tous les États en rapport avec le capital employé ; elle est de 118.090 contos à Sâo Paulo; de 99.779 dans le Rio Grande do Sul; de 56.002 dans l’État de Rio de Janeiro ; de 55.206 dans l’État de Pernambuco ; de 33.085 au Parana; de 33.000 à Minas Geraes ; de 26.000 à Bahia. Dans les autres, la production est inférieure à 20.000 contos.

Parmi toutes les industries brésiliennes, il en est un certain nombre assez insignifiantes ou peu développées; il en est aussi beaucoup qui introduisent de l’étranger les matières et les pièces toutes prêtes des objets de leur fabrication, de façon qu’il ne reste plus qu’à assembler. Elles figurent comme de juste au nombre des industries nationales.

Ces industries principales, qui sont au nombre de 38, sont toutes très prospères. Les plus importantes sont les filatures de filés et tissés de coton ; le capital total employé dans cette industrie est dô 269.000 contos. Nous avons été très surpris par le nombre et la qualité de ces établissements industriels, surtout dans les États de Sâo Paulo, Rio de Janeiro, Minas Geraes et Rio Grande do Sul. Beaucoup de ces filatures sont de tout pre mier ordre, pouvant rivaliser pôur le matériel avec les plus modernes d’Europe. Nous aurons à en parler, en traitant dans leur chapitre des industries particulières à chaque État.

Dans le District Fédéral seul, il existe 21 fabriques de tissus et filés de coton. Parmi celles-ci il faut signaler la fabrique de Bangù, dite u Progresse Industrial do Brazil », au capital de 13.602 contos, produisant 11 millions de métrés de coton et occupant 1.650 ouvriers.

La « Confianza Industrial », à Villa Izabel (faubourg de Rio), au capital de 12.979 contos, occupe 1.350 ouvriers, produisant 17.500.000 mètres de coton.

La « Alliança », à Larangeira (faubourg de Rio), au capital de 12.742 contos, avec 1.650 ouvriers, produisant 13.125.000 mètres de coton.

La « C'^ F. T. Carioca », au Jardin Botanique, capital 8.410 contos, produit 14 millions de mètres, occupe 1.300 ouvriers.

La ((C‘^ F. T. Corcovado », au capital de 8.750 contos, produit 10.000.000 de mètres de coton avec 812 ouvriers.

Ceci suffira pour donner une idée de l’importance des filatures de coton dans le seul District Fédéral.

XL — Les industries les plus importantes après celles des fabriques de tissus, qui produisent 171.110 contos, sont celles des fabriques de sucre qui, avec un capital de 71.061 contos, ont une production de 67.257 contos ; les fabriques de bière extrêmement développées et prospères, au capital de 27.555 contos, produisant 22.686 contos ; les usines de fondition, au capital de 22.964 contos, produisant 31.625 contos ; les fabriques d’allumettes, au capital de 17.060 contos, produisant 21.275 contos; ces fabriques d’allumettes forment une sorte de trust ; les minoteries, au capital de 16.416 contos, produisant 39.359 contos; les fabriques de savons et bougies, au capital de 15.145 contos, produisant pour une valeur de 22.039 contos ; les scieries, au capital de 14.488 contos, produisant 31.379 contos; les fabriques de herva maté, au capital de 14.250 contos, produisant 22.573 contos ; les fabriques de tabac et cigares, au capital de 12.950 contos, produisant 20.318 contos.

Après viennent nombre d’industries d’un capital inférieur, mais donnant des résultats fort importants, telles sont : les fabriques de chaux et ciment, produits céramiques, fabriques de chapeaux, de chaussures, sel, préparation de cuirs, boissons alcooliques et gazeuses, xarque ou viande sèche, etc., etc.

Si les tarifs douaniers frappent très souvent des produits dont l’industrie n’existe pas au Brésil, en revanche, il est nombre d’établissements industriels qui peuvent être considérés comme vraiment nationaux, lesquels n’en seraient pas moins très prospères s’ils n’étaient l’objet d’aucune protection : ce sont les filatures de coton qui trouvent dans le pays une matière première

abondante. Ainsi, les filatures du Brésil consomment 40.000.000 de kilos de coton en rame ; si ce coton, au lieu d’être manufacturé dans le pays, était exporté comme matière première à raison de 980 reis le kilo (1 fr. 45), ce qui était lé prix moyen delà dernière récolte, cette quantité aurait produit 39.200 contos. Au contraire, le prix de ce coton transformé en tissus s’élève à 135.025 contos ; sa manipulation dans les fabriques du pays augmente sa valeur de 95.825 contos. Le Brésil peut prétendre justement, sinon à exporter des tissus de coton, du moins à produire tout ce qui lui est nécessaire. De ce côté, il y a encore fort à faire.

Il y a dans divers États d’importantes fabriques de bière qui font de grosses affaires; on pourrait supposer que les bouteilles qui sont employées sont importées d’Europe, il n’en est rien; car il existe à Sao Paulo une verrerie qui fabrique ce genre de bouteille. On ignore également qu’il y a dans ce même État ainsi que dans celui de Rio Grande, de grosses fabriques de biscuits qui en vendent pour 3.200 contos contre 200 contos importés d’Europe; que la xarque, ou viande sèche préparée dans le Rio Grande do Sul, dépasse de plus du double la xarque de l’Uruguay et de l’Argentine; on fabrique dans le pays pour 7.000 contos de confitures et chocolats, quand il en est importé pour 220 contos; qu’il entre au Brésil pour 4.600 contos de saindoux étranger et que celui-ci en produit pour une valeur de 13.400 contos, et ainsi de beaucoup d’autres petites industries qui ne sont pas les moins productrices.

XII. — Le gouvernement brésilien n’a pas craint d’adopter depuis plusieurs années un tarif douanier presque prohibitif, nombre de produits étrangers sont taxés avec rigueur; il nous semble que cette politique, à laquelle poussent avec ardeur les industriels brésiliens, n’est ni la meilleure, ni la plus avantageuse en matière commerciale; si les lois prohibitives protègent et favorisent le développement de quelques industries intéressantes, c’est en général au détriment des ressources qu’apportent au budget les revenus douaniers, qui augmenteraient certainement avec un régime plus large. C’est surtout au détriment de la population qui ne profite nullement des avantages qui sont faits au fabricant; celui-ci ajoute aux prix de revient de ses produits le montant des droits dont les mêmes , objets seraient frappés

s’ils étaient étrangers. De ce fait, le public, réduit à consommer des produits de qualité souvent inférieure, dont l’absence de concurrence peut empêcher l’amélioration, subit les prix qui conviennent aux producteurs, qui bénéficient seuls de la protection de l’État sans s’inquiéter du renchérissement de la vie.

Ce régime protectionniste qui, sinon dans le présent, du moins dans l’avenir, pourrait avoir des conséquences regrettables, possède à Rio de Janeiro de nombreux adversaires, plus soucieux de l’intérêt général c[ue de quelques intérêts particuliers; mais, d’autre part, il y a d’aussi nombreux défenseurs parmi les intéressés et parmi un grand nombre de personnes qui, de bonne foi, appréhendent que la diminution des tarifs n’entraîne la diminution des revenus douaniers.

Le tarif douanier actuel est, plutôt qu’un tarif rationnel, un amalgame de tarifs constamment bouleversés par des révisions partielles et des amendements budgétaires qui prêtaient à confusion et faisaient naître toutes sortes de difficultés. Devant cet état de choses, le gouvernement brésilien s’est décidé à procéder, non à la révision, mais à la refonte totale de son tarif douanier.

XIII. — Depuis plusieurs mois, la commission spéciale chargée d’élaborer la nouvelle loi douanière poursuit ses travaux. Pendant notre séjour au Brésil, nous avons pu nous rendre compte que la plupart des membres du gouvernement étaient plutôt favorables à l’idée d’une atténuation du protectionnisme, auquel le pays était soumis jusqu’ici, moitié dans un intérêt fiscal,, moitié pour favoriser la création de nouvelles industries. Toutefois, le ministre des Finances a déclaré, en indiquant le but à poursuivre par la commission, c|u’avant tout il fallait envisager l’intérêt du fisc et que les autres intérêts économiques en jeu devaient être subordonnés à cette question capitale. Il est certain, en effet, que les droits de douane constituant la part la plus importante des ressources budgétaires, il est impossible de porter atteinte à cette source de revenus publics. Nous avons pu observer que la commission s’attachait surtout â faire disparaître ou diminuer les droits prohibitifs, à Tabri desquels certaines industries ont pu se donner une apparence d’existence pour le plus grand profit de leur créateur et au détriment des consommateurs.

La commission et le gouvernement subissent des assauts

réitérés et ardents de la part des partisans du statu quo \ les intéressés font l’impossible pour faire maintenir les tarifs actuels. Ils réussiront peut-être sur certains points, mais nous avons pu voir dans les projets de tarifs élaborés et au fur et à mesure publiés par la presse, que les probabilités penchaient vers une diminution qui apparaîtra peut-être insuffisante lorsque le détail en sera connu, mais qui n’en sera pas moins une atténuation importante, malgré le grand nombre des taxes qui seront maintenues. La révision du tarif douanier brésilien aura en plus pour résultat de rendre plus facile, pour les agents du fisc, la classification de certains articles, opération qui, d’après les termes ambigus de l’ancien tarif, donnait lieu à des confusions ou à des abus regrettables. Cette révision doit tout particulièrement attirer l’attention du commerce français, car elle comporte un abaissement assez sensible sur certains vins et, d’autre part, la nouvelle loi doit permettre au gouvernement brésilien la conclusion de conventions internationales basées sur la réciprocité.

XIV. — Malgré l’importance de son mouvement commercial, qui s’élève à plus de 2.000.000 de tonnes, le port de Rio de Janeiro était jusqu’à ces dernières années très insuffisamment outillé pour la charge et la décharge rapides des vapeurs de tous tonnages qui venaient y apporter des marchandises. Pour remédier à cet état de choses, le gouvernement décida l’amélioration du port et de son outillage; en 1905, fut entrepris la construction du port et des quais de Rio de Janeiro. Ces quais, une fois achevés, doivent avoir 3.500 mètres d’étendue, depuis le prolongement de la rue Sâo Christovao, un peu plus loin que l’embouchure du canal do Mangue, jusqu’à l’arsenal de Marinha. Le long de ces quais seront disposées des grues fixes et mobiles en nombre suffisant pour qu’on puisse simultanément charger, décharger et transborder les marchandises. Les magasins seront également desservis par des grues aériennes. Toutes les machines et appareils seront actionnés par l’électricité qui fournira également la lumière pour tous les services du port. La profondeur de celui-ci devra permettre l’accostage facile aux navires calant 8”*, 80; cette profondeur pourra être portée à 10 mètres au moyen de dragage, si le besoin s’en fait sentir.

Après avoir été poursuivis assez rapidement, les travaux du port de Rio nous ont semblé menés avec moins d’activité.

A présent, il y a près de 2.000 mètres de quais complètement achevés, la muraille a dépassé le bassin da Saude. En outre, 5 magasins définitifs de 100 mètres de long sur 35 de large ont été construits, plus 3 provisoires et 9 hangars, sur bande latérale de 25 mètres, longeant la mer; trois voies ferrées se trouvent prêtes avec les grues électriques fixes et mobiles, nécessaires au service. Tous les travaux, jusqu’à la Prainha, doivent être achevés à la fin de 1910. Si on considère que, depuis près de deux ans, une bonne partie des quais est complètement achevée, on s’étonne de voir leur matériel rester sans utilisation et les navires continuer à décharger en rade.

A cette objection, on a d’abord répondu qu’on attendait la réalisation d’un accord avec la « Light et Power » qui devait donner l’énergie électrique nécessaire, puis, devant la même question faite par la presse, que le tarif des taxes à recouvrer pour l’utilisation des quais n’était pas encore prêt. L’établissement de ce tarif fut, en effet, très difficile, car, comme pour le tarif douanier, il ne manquait pas de gens poussant à l’établissement de taxes vraiment exagérées, oubliant que dans ce cas les navires préféreront charger et décharger en rade plutôt que d’accoster. Le tableau des taxes du port de Santos fut pris comme modèle, mais celui-ci est un des plus chers qui soient; cela est naturel, car ce port fut construit par une entreprise particulière qui cherche à retirer le plus de bénéfices possible des capitaux employés. Il n’en est pas de même à Rio, où une partie des frais est supportée par le commerce d’importation de la place qui, depuis cinq ans, paie un lourd impôt de 2 p. 100 or sur la valeur des marchandises importées.

Il serait trop long de reproduire ce tarif, même en partie; sans être aussi onéreux que celui de Santos, il est encore suffisamment élevé; il n’est pas impossible que des réductions puissent encore être opérées, car l’orientation européenne, actuelle à ce sujet, d’accord avec les vrais principes économiques, vise à diminuer le plus possible les frais de port. Un port avec des taxes élevées (^) peut offrir certains bénéfices à l’État, produisant chaque, année un solde favorable; cependant ces taxes font

(1) Nous considérons comme taxes élevées celles qui, dans leur ensemble, exigent des dépenses supérieures à celles actuellement faites par le commerce pour le service de charge et décharge.

dévier le commerce, elles empêchent le développement du trafic, isolent la ville et rendent impossible nombre de bénéfices résultant d’autres impôts.

Plusieurs ports européens comme Amsterdam et Gênes préfèrent établir de fortes prestations annuelles sur la ville que d’augmenter les taxes pour le service des ports, afin de combler le déficit laissé par un rendement insuffisant. Ce en quoi le gouvernement brésilien fut bien inspiré (et on dit qu’il est irréductible à ce sujet), c’est de confier l’exploitation des quais à une

Rio ])e Janeiro. — Les quais et magasins du nouveau port.

entreprise industrielle privée, nationale ou étrangère (^). Si le gouvernement brésilien, malgré la préférence marquée par la majorité de la commission des finances de la Chambre, a condamné la régie administrative, c’est que malheureusement il a fait la douloureuse expérience des défauts universellement reconnus de l’administration officielle. Partout où les masses électorales sont flattées par les politiciens, avec lesquels le pouvoir doit compter, l’administration recueille nombre d’électeurs ou de protégés qui, toujours mécontents du trop qu’on leur donne en rémunération du peu qu’ils produisent, sont une cause de dépenses croissantes et de désordre par l’irrégularité de leur service.

(1) Les quais inaugurés en juillet 1910 ont été afTermés à la raison sociale Damart et G'®, ayant comme représentant M. Daniel Heninger.

Ce mal n’est pas particulier au seul Brésil; partout où l’État se décide à exploiter quoi que ce soit en régie directe, il est harcelé j)ar les politiciens de tout acabit, qui lui imposent plus de fonctionnaires qu’il n’en serait besoin.

XV. — Il n’y a pas grand’chose à dire sur le service du port de Rio de Janeiro, cela se passe comme dans les autres ports d’Amérique ou d’Europe, visite de la Santé, de la police du port et de la douane. Toutefois, le commerce de la ville pourrait parfois se plaindre du manque à gagner, occasionné par les lenteurs de la Santé à visiter les transatlantiques qui entrent dans le port. Trop souvent, celle-ci se fait attendre pour des motifs divers et comme la police et la douane ne peuvent agir avant que le navire n’ait obtenu la libre pratique, leurs barc|ues attendent également, voguant autour du vapeur. De cette façon, il n’est pas rare qu’on ne puisse débarquer que deux heures et plus après l’arrivée du paquebot, et comme celui-ci ne séjourne que quelques heures dans le port, il y a peu de passagers qui se risquent à faire la visite de la ville, croyant manquer de temps nécessaire. Le personnel des médecins du port est cependant suffisant, et dispose de deux chaloupes toujours sous pression; mais il paraît que ces messieurs ont des moments où le service public ne les intéresse que peu.

Dans tous les pays du monde, la douane est plus ou moins la terreur des voyageurs, mais au Brésil, elle peut être considérée comme une des plus ennuyeuses et vexatoires qui existent. Brésiliens, étrangers, fonctionnaires et commerçants sont unanimes à ce sujet. 11 semble, en effet, que cette administration ait pris l’habitude de traiter le commerce en ennemi, au moyen de pratiques inutiles ou même absurdes. Le plus grand nombre des agents des douanes ne semblent pas avoir une exacte compréhension de leur service, exagérant ou appliquant à tort ou à raison les instructions qui leur sont données : ils apportent une lenteur désespérante à livrer bagages et marchandises une fois que ceux-ci ont pénétré dans les magasins de la douane; de là retard et préjudice avec, en plus pour les commerçants, l’augmentation des droits de magasinage.

Le reproche principal est adressé aux classificateurs; chaque jour, la presse se fait l’écho des plaintes nombreuses contre la manière de procéder de ces agents. Les classifications faites par

ceux-ci le sont parfois avec le plus grand arbitraire, sans la moindre notion de justice et en absolu antagonisme avec les dispositions légales. Il semble que certains de ces agents ou inspecteurs soient incompétents ou qu’ils cherchent les bénéfices que peuvent leur produire les amendes appliquées. Deux exemples sont à citer parmi le nombre de ceux qui sont chaque jour signalés par la presse. Une importante maison de Rio présente un jour à l’inspecteur un tissu de coton mêlé de soie; classifié comme tel, le tissu paya une taxe de 6.500 reis par kilogramme (10 francs), taxe et classification en harmonie avec le tarif. Quelque temps plus tard, la même maison reçoit une nouvelle expédition de la même marchandise; présentée à l’inspecteur, celle-ci, à la surprise du destinataire, est classée comme tissu de soie payant la taxe de 56 milreis avec remise de 60 p. 100, soit 22,400 reis (34fr. 65). La maison ainsi lésée présenta une réclamation au ministre des Finances, mais ces réclamations, quand elles sont accueillies, le sont trop tard pour que d'importants préjudices puissent être évités.

Une autre fois, un adjudicataire, pour la fourniture des ceinturons destinés aux forces de police d’un État de l’intérieur, fit venir d’Europe lesdits ceinturons. A son épouvante, la douane classifia cette fourniture guerrière comme ... ceinture de dame, payant de ce fait une taxe beaucoup plus élevée que celle devant être payée; comme la classification fut maintenue, le négociant préféra abandonner le tout, marchandises et adjudication. On voit le préjudice. La Commission de révision des tarifs examine chaque jour des faits analogues, dont elle reconnaît le bien-fondé, aussi s’est-elle efforcée de ne pas laisser dans les articles du nouveau réglement d’interprétation douteuse, pouvant justifier des classifications erronées.

Il est d’autres pratiques vexatoires qui, préjudiciables aux tiers, peuvent le devenir pour le port lui-même; au nombre de celles-ci figure l’imposition de lourdes amendes aux capitaines de paquebots dans le chargement desquels on vérifie le manque de quelques colis, fait dont ne sont coupables ni le capitaine ni les compagnies.

De ce fait, il résulte tout d’abord que les agents de Rio des compagnies de navigation ont résolu de s’entendre avec les Sociétés qu’ils représentent sur la nécessité d’augmenter leurs

frets pour les ports du Brésil afin de faire, face aux trop fréquentes amendes imposées du chef indiqué, par les autorités de la douane. Le commerce, et par suite les consommateurs, subirent donc de nouveaux préjudices. D’ailleurs, quoi qu’il arrive, c’est toujours le consommateur qui paie; il faut que le commerçant retire son bénéfice, le public est depuis longtemps fait à ces difficultés que le gouvernement et la Commission de révision s’elïorcent de faire disparaître.

Voici quelques renseignements pour les passagers à destination de ports brésiliens. Ce qu’on entend comme bagages des passagers ou immigrants. — Obligations imposées aux passagers. — Amendes qui peuvent être encourues.

I. — On comprend comme bagages des passagers ou immigrants : a) Vêtements usagés. — b) Instruments et autres objets d’usage quotidien ou d’usage professionnel appartenant aux passagers, aux oflSciers et aux hommes d’équipage. — c) Malles, valises, sacs à main, nécessaires pour l’usage personnel et quotidien, durant la traversée. — d) Bijoux reconnus comme portés par les passagers. (Nouveau règlement de la douane, article 390.)

IL — Outre les objets ci-dessus, on considère spécialement comme bagages d’immigrants :

a) Bois de lits oi-dinaires ou communs appartenant aux immigrants et en proportion avec leurs ressources et leur position. — h) Vaisselle usagée et ordinaire. — c) Instruments aratoires ou autres appartenant à la profession de l’immigrant. — d) Meubles de toute sorte et autres objets à la condition que le nombre ou la quantité n’en excède pas ce qui est indispensable pour l’usage de l’immigrant et de sa famille. — e) Un fusil de chasse pour chaque immigrant.

III. — Tout passager doit faire au capitaine du navire une déclaration sommaire par écrit et dûment signée, spécifiant le contenu de tout paquet contenant des marchandises ou articles de vente, et même tels articles qui, par leur nature et leur quantité, ne peuvent être considérés comme destinés au commerce, en mentionnant clairement les marques et les numéros, ainsi que l’adresse et la quantité des colis. Si cette déclaration n’a pas été faite à bord, le passager devra la faire en débarquant à l’officier fiscal, avant la visite des bagages; dans ce cas, la déclaration peut être écrite ou simplement verbale.

IV. — Faute de faire cette déclaration, le passager est passible : a) d’une amende du double des droits, plus 10 p. 100 de ces droits, si une marchandise ou des articles de commerce se trouvent parmi les bagages; — b) d’une amende de 2.500 à 50.000 reis pour chaque colis contenant de plus petits articles.

Y. — Les colis qui ne contiennent que des marchandises ou articles de commerce seront immédiatement mis en dépôt et subiront les formalités ordinaires de la douane, après avoir été inclus dans le manifeste du navire correspondant.

VI. — Si des objets susceptibles de payer un droit sont trouvés dans des doubles fonds ou autres cachettes et n’ont pas été déclarés avant la visite, le passager encourt le risque de perdre la marchandise, de payer une amende de la moitié de sa valeur et d’être en outre arrêté et remis aux autorités pour être poursuivi suivant la loi. Il en sera de même à l’égard des passagers dans le bagage desquels seront trouvés des billets faux ou de fausses lettres de crédit.

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