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CHAPITRE VI

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I. Nictheroy. — IL Aperçu descriptif. — III. Forêts, cultures et moyens de transports. — IV. Pétropolis ville de plaisance. — V. Pétropolis industrielle. — VI. Industrie de la soie. — VIL Campos. — VIII. S. Joào da Barra, S. Fidelis. — IX. Macahé. — X. Cabo Frio, Imbetiba, la « Sacristia ». — XL Cantagallo, de Nictheroy à Nova Friburgo. — XII. Vassouras, Rezende, Barra do Pirahy, Angra dos Reis, etc.

1. — Quittons maintenant le District Fédéral, sa capitale et son mouvement pour nous transporter dans l’État de Rio de Janeiro . Pour cela, il ne sera pas tout d’abord nécessaire de se mettre en frais de voyage et de gagner l’intérieur. Précisément, en face de Rio qu’elle regarde et lui faisant pendant de l’autre côté de l’eau, se trouve Nictheroy, la capitale de cet État . Pour s’y rendre, il n’y a qu’à traverser la baie, ce que l’on fait facilement par les vapeurs de la Compagnie Cantareira, les bonds maritimes, comme on nomme les vapeurs spéciaux qui établissent des communications directes entre divers points de la baie. Ces bateaux solides et confortables accomplissent le trajet en vingt minutes; le prix du voyage est des plus modiques, 300 reis. Un départ a lieu tous les quarts d’heure; cette petite traversée, au milieu de la baie, ne manque pas de charme ; on serpente au milieu de grands steamers, des vaisseaux de la marine de guerre brésilienne, au milieu des vapeurs de tous pavillons. A chaque tour de roue, le panorama se modifie sur la baie ou sur les îles (Q qu’elle renferme. H y a toujours grande foule sur ces

(1) Il y a dans la baie de Rio, près d’une centaine d’îles ou îlots; parmi les principales, il faut noter la Ilha das Cobras, toute proche de la ville et celle qui semble s’élever le plus au-dessus des eaux ; on y voit la caserne du bataillon naval et l’Hôpital maritime, tout autour il y a les ateliers de l’arsenal. L’île des Enxadas, où

vapeurs, car Nictheroy pourrait être considérée comme un faubourg de Rio; plus de quinze mille personnes font journellement la navette entre les deux villes, les unes pour y faire des emplettes, les autres pour s’y rendre à leur travail ou à leurs affaires.

En tant que ville, Nichteroy n’offre à l’oeil rien de bien particulier; elle a l’aspect calme d’une ville de province, et forme un contraste frappant avec Rio, où l’activité et l’animation sont intenses. Là, au contraire, les rues sont tranquilles et on note partout une grande sérénité dans l’air et dans les choses. Nictheroy était autrefois un petit village de pêcheurs, connu sous le nom de Praïa Grande; grâce à son heureuse situation, celui-ci devint peu à peu le faubourg de la capitale; c’était surtout, en raison de ses belles plages, une ville de bains ; un grand nombre de négociants de Rio vinrent y habiter, n’ayant dans la capitale que leurs bureaux et leurs magasins. Le village devint chef-lieu . de la province, puis capitale d’État, lors de la proclamation de la République. La ville actuelle, malgré ses rues larges, bien pavées et entretenues, principalement au centre, est surtout un composé de riches villas, de maisons de campagne et d’habitations bourgeoises; on n’y voit guère de 'grands édifices, car on ne peut considérer comme tels le palais de la Municipalité et le palais du Gouvernement, qui sont assez jolis; la gare du chemin de fer Leopoldina est un beau monument. Grâce aux tramways électriques, la population s’étend fort loin; les habitations se cachent au milieu des jardins, partout la végétation abonde et les environs de la ville sont vraiment ravissants. Les rues et la plage sont profusément éclairés à la lumière électrique. L’éclairage, comme les transports, sont assurés par la raison sociale Guinle et C°, de Rio, concurrente, comme nous l’avons dit, de la Light and Power.

Nictheroy se divise entrois quartiers principaux : Sâo Domingos, Praïa Grande, le plus central et le quartier du commerce, puis Sâo Lourenço. Le littoral de la baie, aux environs de la ville, forme des plages de toute beauté qu’on peut parcourir à l’aide

se trouve l’Ecole navale dans une situation belle et salubre. L’île du Governador où se trouve un dépôt de poudre. L’île des Ratos, l’île Paqueta, la plus jolie, la plus pittoresque par ses sites et sa végétation, l’air y est pur et frais; cette île est le lieu de promenade favori des habitants de Rio. L’ile das Florès, ou île des fleurs, également très jolie, a été choisie pour y édifier l’hôtel des Immigrants.

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des bonds électriques. La plus curieuse est certainement celle d’Icarahy, qui, dans sa première partie, laisse voir de petits îlots de granit capricieusement découpés par les flots ; parmi ceux-ci figure un énorme monolithe isolé, nommé Itapuca ou pierre percée; tout autour des autres rochers, aux formes bizarres, il y a, près de la plage, quelques bassins ou cuvettes peu profondes, où l’eau reste toujours d’une grande limpidité. Les plages das Fléchas et d’Icarahy se suivent ; le Canto do Rio, qui termine cette dernière, est un coin très pittoresque.

Nictheroy a une population de 35.000 à 40.000 habitants;

État de Rio de Janeiro. — Un coin de l’île Paqueta.

dans ses environs, il y a d’importantes carrières et des fours à chaux, ainsi qu’une manufacture de poudre et de munitions de guerre. Toutefois, l’importance commerciale de la ville est encore peu considérable. Il y a une dizaine d’années, l’État de Rio de Janeiro voulut changer sa capitale : Pétropolis, aristocratique résidence d’été, fut donc élevée au rang de capitale ; mais, quelque temps après, les services administratifs et le gouvernement (É vinrent se réinstaller à Nictheroy, qui reste définitivement la

(1) Le président de l’Etat de Rio de Janeiro n’exerce ses fonctions que pendant trois ans ; le pouvoir législatif de l’Etat est exercé par une Assemblée composée de 60 députés, élus de trois en trois ans. La session s’onvre au R*’ août et dure trois mois.

vraie capitale de l’État de Rio de Janeiro . Pétropolis n’a toutefois pas été dépouillée de ce titre et reste capitale in partibus.

IL — L’État de Rio de Janeiro est un de ceux qui furent les premiers peuplés et cultivés, et, en raison de sa petite superficie, 69.000 kilomètres carrés, un de ceux où la population est relativement dense; celle-ci est d’environ 1.500.000 habitants. Le sol de cet État, qui confine avec ceux de Minas Geraes etEspirito Santo, au Nord, et avec Sâo Paulo, à l’Ouest, apparaît absolument inégal ; à l’Est et Sud-Est, on y trouve de vastes campos et des lagunes; vers l’intérieur, il est montagneux, traversé qu’il est par les nombreuses ramifications de la Serra do Mar. Le climat est en général chaud et humide sur le littoral, du mois d’avril à septembre ; sur les points les plus élevés des serras voisines, comme, par exemple, Therezopolis, Nova Friburgo, etc., la température est plus douce et tout à fait salubre.

L’État est bien arrosé par une vingtaine de rivières, toutes affluentes du Parahyba du Sud, rio qui traverse de fertiles régions plantées de caféiers. Il possède également un certain nombre de lacs très importants, comme la lagune Feia, qui a 180 kilomètres de circonférence; celle d’Araruama, de 42 kilomètres d’étendue ; celles de Saquarema et de Marica, plus quelques autres de moindre importance. Le littoral possède plusieurs ports et bons ancrages; outre la baie de Rio, qui n’est pas à compter, il y a encore le port de Angra dos Reis.

La lisière « baixada » littorale de l’État de Rio de Janeiro, est en général basse et marécageuse; il est question d’assainir cette zone, dont on ne tire encore aucun parti, au moyen de drainages. A cet effet, la région a été divisée en quatre sections : la première embrasse une superficie approximative de 375.000 hectares, lesquels sont arrosés par une dizaine de rivières, dont le Macacù, le Guapi et ses affluents, l’Estrella, le Magé, le Suruhi, le Sarapuhi, le Pilar et les différents affluents de ces rivières. La deuxième zone couvre une superficie de 868.000 hectares et est baignée par les rios Macahé, Sâo Pedro et affluents, les lagunes, Urusahi, Macahé Lagoa Feia, de Cima et autres moins importantes, les rios Parahyba, Muriahi et leurs affluents. La troisième section comprend 398.000 hectares, où coulent les rios Bacahâ, Sâo Joâo, Capivari et leurs affluents; la quatrième section est de

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150.000 hectares environ, comprenant toute la zone littorale, depuis la rivière Iguassu jusqu’à la ville de Parati, zone comprise dans le bassin du Guandu. Cette zone, convenablement drainée, peut donner un total de 1.788.000 hectares favorables à toutes les cultures et à Télevage, dont nous aurons-à parler plus loin.

III. — La forêt vierge s’étendait autrefois sur toute la zone littorale; on l’a exploitée sans mesure et des dévastations inconsidérées s’observent dans ce qui en reste; si ces dégâts continuent, ils pourraient entraîner dans l’avenir des conséquences déplorables. Cependant, en arrière de la baixada, il existe encore

i, i; dans toute la Serra do Mar des forêts importantes qui, protégées

^ contre le vandalisme, resteront longtemps encore la richesse de

la région. Les principales essences qu’on trouve dans ces forêts, car il serait difficile de les signaler toutes, sont : Iq pao Brazil ou bois Brésil, leperoàrt, sorte de chêne très élevé qui est employé dans la charpente, l’ébénisterie et les constructions navales ; le cèdre,

, le palissandre, le peroha revessa, bois moucheté d’un jaune d’or vif et brillant, qu’on emploie surtout en Europe pour meubles de luxe; diverses sortes d’ipés, bois dont les Indiens tirent leurs arcs et leurs flèches; Vipé roxo (roux), le pao d’area, la cannela prêta ou cannelle noire, etc.

Les principales cultures de l’État de Rio de Janeiro sont : le café, la canne à sucre qui détrône aujourd’hui la première, le coton, le tabac, etc. L’activité industrielle, agricole et commerciale de cet État est encore grande, mais elle a beaucoup diminué à la suite de la crise du café dont les plantations trop vieilles ne produisaient plus un bon rendement; de nombreuses terres fatiguées sont aujourd’hui employées à d’autres cultures, les forêts dont nous avons parlé ayant été détruites en partie pour faire, place aux plantations de canne à sucre.

Ce qui facilite le mouvement commercial de l’État de Rio de Janeiro et pourrait le développer bien davantage, c’est qu’il est amplement desservi par les nombreuses lignes ferrées de la Leopoldina, dont le parcours total dans l’État est de 2.400 kilomètres . Cette Compagnie construit à l’heure actuelle un embranchement vers la partie est de l’État de Minas et prolonge sa ligne littorale jusqu’à Victoria, capitale de l’État d’Espirito Santo, et ville d’un avenir commercial et industriel considérable; il ne reste plus qu’à achever un parcours insignifiant, et, d’ici peu, Victoria sera liée à Rio par voie ferrée 0). Le réseau tend à s’accroître chaque jour vers les extrémités de l’État, donnant une issue facile à tous ses produits. C’est, en raison de sa proximité, vers Rio que se dirigent ces produits ; la facilité de s’y rendre soit par mer, soit par terre, fait de la culture des plantes maraîchères, légumes de toutes sortes, fruits et fleurs, une des branches de l’agriculture qui donnent les résultats les plus fructueux. De longtemps, on ne pourra arriver à approvisionner Rio des légumes qui lui seraient nécessaires ; il y a donc place pour nombre d’agriculteurs; la terre ne manque pas et est d’un prix

minime.

L’État de Rio de Janeiro produit une grande quantité de sucre dont la presque totalité reste dans 1 État ou le District Fédéral; il existe un grand nombre d'engenhos ou fabriques de sucre, parmi lesquelles une cinquantaine très importantes dont 25 dans le municipe de Campos, les autres dans ceux de Santa Cruz, Macahé, Sâo Fidélis, Sâo Joào da Barra et Itapemirim. Ces fabriques sont très bien outillées et donnent de beaux bénéfices malgré les bas prix du sucre. Il est vrai que celui-ci est en grande

(1) Cette ligne est achevée et vient d’être inaugurée.

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partie consommé sur place. L’État possède en outre 25 filatures et fabriques de tissus de coton dispersées dans les principaux -centres; autour de Pétropolis il y en a déjà 11.

IV. — La ville de Pétropolis, la plus importante de l’État, se trouve à deux heures et demie de Rio de Janeiro et à 750 mètres d’altitude au milieu des hautes vallées de la serra da Estrella ; pour s’y rendre on traverse la baie en vapeur. Celui-ci part de la Prainha, à l’extrémité de l’Avenida Central, puis passe à côté d’un grand nombre d’îles dont l’énumération serait trop longue ; après avoir laissé à droite l’île de Paqueta, la jolie petite île de Pedra Rachada (Pierre fendue), on débarque à Mauâ, pour prendre sur le quai même le chemin de fer, le premier qui fut construit au Brésil. On arrive au pied de la montagne après une demi-heure de course au milieu d’un maquis de broussailles, d’arbres et de lianes de toutes tailles et de toutes formes. Puis ayant changé de locomotive le train s’engrène sur une voie à crémaillère et opère l’ascension de la serra dos Orgâoes, laissant entrevoir aux voyageurs lès beautés de la baie et celles d’une végétation incomparable. On peut se rendre à Pétropolis par voie de terre, il faut alors aller prendre le chemin de fer au faubourg de San Francisco, au moyen de la ligne « Central » ou par le tram^vay de Villa Izabel, et Engenho Novo. Toutefois le moyen le plus commode est celui qui emprunte la voie maritime. Les départs ne sont pas fréquents, les personnes qui habitent Pétropolis ayant leurs occupations à Rio quittent cette ville à 4 heures de Paprès-midi pour ne revenir que le lendemain par le train qui part de Pétropolis à 7 heures 1/4 et arrive à 10 heures. Le touriste qui part de Rio peut prendre un train qui part de la Prainha à 6 heures 1/2. Le prix du voyage était autrefois assez onéreux, il n’est plus aujourd’hui cj[ue de 8 milreis aller et retour; les dimanches et jours fériés il y a des trains d’excursion au prix de 5 milreis aller et retour.

Pétropolis est une ancienne colonie allemande qui, sous l’Empire, fût transformée en une ville de plaisance, la population peut atteindre 40.000 habitants. La ville s’étend fort loin, courant au fond d’un certain nombre de vallées convergentes dominées par des montagnes boisées. Lés rues et avenues serpentent au milieu des collines couvertès d’une belle et abondante végétation, bordées de nombreuses et élégantes villas, de maisons enfouies

au milieu des jardins, habitées par tout ce que Rio et l’État comptent de plus riche. La ville est abondamment eclaiiee a l’électricité; parmi les meilleurs édifices on remarque le palacette de la Municipalité, la Police, le Forum et l’Hôpital plus de nombreux collèges étrangers. Aux environs on remarque des chemins et des routes magnifiques qui, pendant la saison, sont sillonnés par des automobiles, bicyclettes, équipages de toutes sortes. Les promenades les plus intéressantes sont celles du Alto do Imperador, Residencia, la Cascatinha, do Morin et Itamaraty.

La population ouvrière occupe les faubourgs éloignés parmi esquels ceux de la Mosella, Rhenania, Morin, Alto da Serra, Palatinato et lugelheim, où se trouvent différentes fabriques. Les rues principales sont celles de 15 de Novembre, Koeler, Ypiranga,

7 de Setembro, etc. Il n’existe pas de tramways à Pétropolis, le trafic dans la ville et les environs se fait au moyen de véhicules de place. Les prix sont les suivants : 3 milreis pour une course en Victoria, 5 milreis pour la première heure et 1.500 reis pour chaque demi-heure ou fraction en plus ; 1 milreis pour une course en tilbury, 2 milreis pour une heure, et 1 milreis par heure ou fractions suivantes. Une promenade pour la Cascatinha coûte 5 milreis en voiture et 3 milreis en tilbury. Il y a en outre pour cet endroit un service de diligence qui fait le trajet cinq fois par jour à raison de 500 reis.

Nous ne nous expliquons guère l’engouement des habitants de Pviopour Pétropolis; certes le séjour y est charmant pour ceux qui n’ont pas d’occupations : l’été, la température y est agréable, rafraîchie par la brise du soir courant à travers les vallees, mais il y pleut souvent et le voyage est long; d’ailleurs aujourd’hui il ne manque pas de beaux endroits salubres et bien desservis dans les environs de Rio. C’est à Pétropolis que résident laplusgiande partie de l’année les ministres plénipotentiaires chargés d’affaires auprès du gouvernement brésilien. C’est là une tradition; on concevait parfaitement cette prédilection sous l’Empire pendant lequel la Cour habitait cette ville presque toute l’année pour fuir l'insalubrité de la capitale. Aujourd’hui, ces raisons n existent plus, les ministres sont toute l’année à Rio et le Président de la République ne le quitte que peu de temps. Aussi certains ministres étrangers parmi , lesquels le ministre d’Allemagne ont installé leur légation à Rio; là, ils sont au centre de l’activité et

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à même de renseigner rapidement leur pays sur toutes les affaires qui peuvent se produire, le mouvement ne semble pas encore s’être généralisé, à Pétropolis on est loin de tout tracas, loin des importuns. Le rôle des diplomates ne consiste-t-il pas à faire parler d’eux le moins possible?

Les vivres de première nécessité sont à Pétropolis relativement bon marché, la ville est fort bien approvisionnée en oiseaux de- basse-cour, oeufs, fruits, pommes de terre, légumes, etc., la viande de bonne qualité n’excède pas 800 reis le kilo. Tous ces produits sont amenés par les colons des environs, où la culture maraîchère a pris un certain développement ainsi qu’à Therezopolis et à Nova Friburgo. Dans la serra où il arrive parfois que le froid soit assez vif, le climat est favorable pour toutes les cultures. Tous les fruits et légumes d’Europe y viennent également bien.

V. — Pétropolis n’est pas seulement une ville de plaisance élégante et à la mode, c’est aussi une ville industrielle, car la ville comprend aussi de lointains quartiers. Grâce à de nombreuses chutes d’eau qui jaillissentdes montagnes, plusieurs filatures sont installées dans des sites divers. La principale est celle de « Cascatinha)) de la C°Pétropolitana, elle occupe 1.100 ouvriers qui constituent la majeure partie de la population du . deuxième District et dont la production mensuelle est de 7.500.000 mètres de coutil et tissus blancs et de couleur. La fabrique de tissus « D. Izabel » est une des fabriques du Brésil qui donne les meilleurs dividendes, elle produit 9.000 mètres par jour des mêmes tissus avec 260 ouvriers; puis viennent les fabriques de « Sâo Pedro de Alcantara », la « Cometà plus cinq ou six autres occupant de 150 à 200 ouvriers. D’autre part, on y trouve encore une fabrique de chemises et de manchettes, plus deux autres de chaussettes.

Il faut tout particulièrement signaler deux fabriques de tissus de soie, situées dans les faubourgs de Morin et Bingen; ces fabriques ne produisent que 250 mètres de tissus par jour, mais des agrandissements sont opérés en vue d’augmenter la production qui ne suffit pas aux demandes. On sait que les tissus de soie sont au Brésil taxés d’une façon exorbitante, ces fabriques réalisent donc des bénéfices considérables ; toute la matière première est importée d’Italie. Cette industrie naissante est de celles

qui doivent donner au Brésil les résultats les plus fructueux, il faut donc s’étonner que l’élevage du ver à soie ne soit pas encore développé dans les environs de Pétropolis et dans nombre d’autres endroits qui se prêtent admirablement à la culture du mûrier.

VL — La sériciculture s’est fort peu développée au Brésil, et il existe seulement quelques fabriques de soieries dans les États de Rio, de Sâo Paulo, de Santa Catharina et du Rio Grande do Sul, employant les cocons du pays ; les quantités offertes sont peu considérables. Cela est fait pour étonner, car les mûriers et les vers à soie introduits au Brésil par les Portugais y trouvèrent des- conditions favorables à leur existence. En 1895, on voyait, dans une exposition, de fort beaux exemplaires de Bombyx mûri et des fils et tissus de belle qualité, les uns élevés et les autres fabriqués par un industriel brésilien. Bien que le mûrier prospère parfaitement partout, surtout dans l’État de Minas Geraes, où nous en avons vu de grandes quantités, l’élevage du ver à soie serait à peu près abandonné, sauf dans les colonies italiennes de Sâo Paulo et dans les États du Nord, qui le pratiquent sur une petite échelle.

L’industrie de la soie pourrait pourtant donner au Brésil des résultats magnifiques, car, indépendamment du bombyx mûri ou ver à soie commun, il existe, dans divers États, et notamment dans celui d’Espirito Santo, d’où il semble originaire, un bombyx, le Saturna anxioto, que le populaire nomme porta espelhos ou borboleta espelho , c’est-à-dire papillon-miroir .Les bombyx indigènes se nourrissent de la feuille de ïicin, plante que l’on trouve partout en abondance. La soie de cet insecte, analysée par les fabricants de Paris et de Lyon, fut considérée parmi les meilleures pour la blancheur, la force, l’épaisseur et la longueur de ses fils. A l’état de chenille, le saturnia anxioto est d’un vert vif, un peu jaunâtre, il porte sur le corps des tubercules de couleur orange, il est très résistant et peu sujet aux maladies des vers à soie communs ; son cocon est piriforme, d’un gris argenté. Il existe sept espèces de ver à soie, mais le meilleur est celui dont nous venons de parler, le porte-miroir; son élevage serait des plus avantageux, d’autant plus que, tout récemment, le gouvernement brésilien, pour encourager la sériciculture, a décidé de délivrer des primes importantes qui s’élèvent jusqu’à 3,000 francs pour

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les agriculteurs ayant planté 2.000 pieds de mûrier et à 1 franc par kilo de cocons obtenus dans le pays.

Les industries des environs de Pétropolis sont évidemment prospères, mais elles le seraient bien davantage si elles étaient soulagées de deux fardeaux : l’impôt inter-estadoal et les lourds tarifs de transports payés à la « Leopoldina », sans compter divers tributs. Dans les principaux centres de l’État de Rio de Janeiro, on trouve encore un certain nombre d’industries dont les plus prospères sont les brasseries, les distilleries et les

Pétropolis. — Avenue Kœler.

fabriques de conserves et de cigares. Mais partout, ce sont les raffineries de sucre et les fazendas de café qui sont les plus nombreuses.

VIL — Campos est, après Nictheroy et Pétropolis, la ville la plus populeuse de l’État (23.000 habitants); elle en est aussi la plus commerciale, située à l’extrême nord sur la rive droite du fleuve Parahyba, qui, à cet endroit, a 300 mètres de large, a 50 kilomètres de la côte; la ville s’étend sur plus de 3 kilomètres le long du fleuve et s’élargit de 2 kilomètres vers l’intérieur. Un pont de 345 mètres de long unit Campos à l’autre rive de Parahyba, sur laquelle s’édifie une autre cité, qui est le prolongement

de Campes. La ville présente un bel aspect, les rues sont propres, éclairées au gaz et à l’électricité ; ce fut la première ville brésilienne qui employa, en leur temps, ces deux modes d’éclairage; les tramways sont à traction animale et sur le point d’être transformés. La ville possède quelques beaux édifices, entre autres, la « Camara municipale », la a Bibliothèque municipale»., l’église de Nossa Senhora Mae dos Homens (Notre Dame Mère des hommes), la Santa Casa de Misericordia, où sont annuellement soignés plus de 2.000 malades, non seulement du municipe de Campos, mais des arrondissements voisins de Minas Geraes et d’Espirito Santo. Il y existe plusieurs bons établissements d’enseignement, le «Lycéu de Humanidades et École Normale», le « Lycéu National » et le « Lycéu Bittencourt da Silva » école d’arts et métiers.

Campos est un centre commercial et industriel d’un très grand mouvement; elle possède deux établissements de banque, la « Banco Commercial et Hypotecario de Campos » et la « Caixa Dépositaria de Campos », deux stations de chemin de fer, avec arrivées et départs chaque jour; elle dispose de la navigation à vapeur et à voile sur le rio Parahyba jusqu’à Sâo Fidélis et Sào Joâo da Barra. La ville de Campos est le centre d’une région agricole des plus florissantes, elle a la réputation d’être la plus riche et la plus prospère de l’État. Le Municipe de Campos de Goytacazes (du nom des Indiens qui l’habitaient autrefois) est formé, comme son nom l’indique, d’une grande plaine qui s’étend jusqu’à l’Atlantique; du côté de l’ouest, où se trouve la vallée du Muriahé, il est montagneux. La population totale du Municipe 'de Campos est de plus de 100.000 habitants; l’industrie principale de cette région est le sucre; il y existe plus de quarante raffineries de ce produit avec un certain nombre dits « Engenhos Centraes » usines (^), sortes de raffineries modèles disposant d’un outillage moderne de toute origine. La culture de la canne à sucre, de diverses céréales et autres produits est, en général, faite d’une façon rationnelle. En résumé, Campos peut être considérée

(1) Les principales sont : C'® Agricola de Campos, à Sâo Joào da Barra, capital de

2.000 contos, produit 740.000 sacs de 60 kilos ; 0'“ des sucreries brésiliennes (Capims) à Campos, au capital de 1.600 contos, produit 810.000 sacs; « Paraiso » au capital de

1.000 contos, produit 450.000 sacs, ces deux engenhos appartiennent à la môme société française. Les Héritiers de J. de Carvalho, au capital de 1.200 contos, produisant 590.000 sacs, etc.

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comme une ville de progrès et d’avenir, dont le développement ne fera que s’accroître en raison de ses faciles communications par voie ferrée, avec Minas et Espirito Santo.

VIIL — Sâo Joâo da Barra, est un petit port situé au nord de l’État de Rio, à rembouchure du Rio Parahyba do Sul; c’est à 5 kilomètres de cette embouchure que se trouve, sur une langue de terre, peu élevée et large d’un kilomètre, la petite ville de Sâo Joâo qui, après avoir eu un grand mouvement commercial, semble aujourd’hui un peii en décadence, sans doute en raison de la prospérité croissante de Campes, qui se trouve sur le fleuve, à 40 kilomètres plus haut.

La barre du Parahyba a le grand défaut de manquer d’eau; aux équinoxes de marée haute, pleine mer, il n’y a qu’une profondeur de 2”, 30 à 2”, 60; de là la difficulté d’entrer pour les vapeurs, il leur faut souvent attendre plusieurs jours l’opportunité d’entrer; les vents, suivant qu’ils soufflent de l’un ou de l’autre côté, ont une influence sur la profondeur; ceux du nord font baisser les eaux, ceux du sud augmentent la profondeur.

Par sa situation, le port de Sâo Joâo da Barra est l’issue naturelle de la vaste zone nord de l’État de Rio de Janeiro, d’une partie du sud d’Espirito Santo, et d’une partie du sud-est de l’État de Minas. C’est pour ces motifs que le gouvernement fit faire des études pour l’amélioration de la barre, et déjà une quantité de matériel destiné aux installations et aux travaux de dragage était arrivée, lorsqu’il fut décidé d’interrompre momentanément ces travaux et tout le matériel fut cédé à l’État de Rio Grande do Sul pour l’étude de la barre dont la suppression était plus urgente. L’embouchure du Parahyba, la ville de Sâo Joâo et celle de Campos sont reliées par une petite ligne ferrée dite « Campista » appartenant à la Leopoldina.

Également à 40 kilomètres en amont de Campos se trouve la petite ville de Sâo Fidelis, placée sur la rive droite du Parahyba, centre qui communique avec les précédents par bateaux à vapeur de petit calage qui desservent, non seulement la ville, mais les fazendas et fabriques de sucre, installées le long des rives du rio. Ces vapeurs remorquent des embarcations à fond plat et couverts qu’on nomme des pranchas, du même nom que les wagons plate-forme du chemin de fer.

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