CHAPITRE VIII
ÉTAT DE SAO PAULO
I. De Rio de Janeiro à Sào Paulo. — II. Plantations décadentes. — III. L’Etat, superficie, zones. — IV. Climat, saisons. — V. Sào Paulo, la ville, quartiers de luxe. — VI. Quelques monuments, le nouveau théâtre. — VII. Vie de la ville, hôtels, postes. — VIII. Instruction publique, écoles supérieures. — IX. Institut sérumthérapique, les serpents et les traitements de leurs morsures, la presse. — X. Les industries à Sào Paulo.
I. — Après Rio de Janeiro, la ville qui attire tout particulièrement les voyageurs, c’est la progressiste Sâo Paulo, capitale de l’État indéniablement le plus avancé de toute la Confédération brésilienne. Pour se rendre de la première à la seconde de ces villes, on dispose de deux moyens : le premier consiste à prendre run des nombreux paquebots étrangers ou nationaux qui, chaque semaine, touchent à Rio, se dirigeant vers la Plata. Ce voyage est le plus commode, car c’est l’affaire d’une nuit de traversée; les navires quittent Rio à la fin du jour et arrivent le matin à Santos; puis, à peu de distance du quai, on trouve le chemin de fer qui, en deux heures, conduit à Sâo Paulo.
Une distance de 496 kilomètres par voie ferrée sépare les deux villes, il y a deux trains rapides par jour, l’un diurne, partant à 7 heures du matin, l’autre nocturne (départ à 9 heures du soir); le prix du parcours est de 36 milreis aller et de 54 milreis aller et retour en l*"® classe; le train de nuit a des wagons-lits, le prix des couchettes est de 10 ou 20 milreis, suivant qu’on occupe celle du haut ou celle du bas. Les transports par chemin de fer sont sur la «Central», comme sur les autres lignes, relativement chers, tout particulièrement les bagages; le transport de ces derniers est une véritable exploitation des voyageurs; ainsi, ceux-ci ne peuvent emporter que de petits colis ou paquets insignifiants : une petite valise ne trouve pas
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place sous une banquette ou clans un filet, ces derniers sont de I dimension et contenance extrêmement restreintes. On paye 3.300 reis par 10 kilogrammes de bagages supplémentaires sans défalcation aucune : ce qui n’est pas linge, paie un rnilreis en plus. C’est absolument exorbitant; heureusement qu’une certaine commission étudie actuellement l’abaissement des tarifs Ç).
Bien qu’en nombre d’endroits le paysage soit magnifique, le trajet de Rio à Sâo Paulo n’est pas précisément un voyage de plaisir, celui-ci s’opère en douze heures et, les voies étant dépourvues de ballast, la chaleur, et surtout la poussière rendent presque pénible un trajet qui pourrait être agréable. Les trains ne comportent que des premières et des deuxièmes classes, ces dernières sont destinées au menu peuple, à la population pauvre des campagnes, nègres, paysans et journaliers; cette classe
I manque du plus élémentaire confort. Les premières sont loin de posséder les commodités de leurs similaires européennes, mais elles sont agencées conformément aux exigences du climat. Ce » sont d’énormes wagons pouvant cmitenir cinquante places ; les banquettes ou fauteuils pour une ou deux personnes sont à dossiers mobiles et placées les unes derrière les autres, dans le sens de la longueur du wagon en laissant un passage au milieu. Ces sièges ne portent pas de coussins, mais sont recouverts de joncs tressés, ce qui permet un entretien plus facile; toute étoffe serait souillée par la poussière à la suite d’un seul voyage; cette poussière rouge ou jaune presque impalpable, s’insinue parj ^ tout, malgré les plus grandes précautions. Même lorsqu’on se résigne à étouffer, en laissant fermées persiennes et fenêtres, on se trouve converti, à l’arrivée, en véritable peau- rouge.
, La partie la plus pittoresque du voyage commence à la station de Belem ; à partir de ce moment on franchit la Serra do Mar, avec ses points de vue variés, ses précipices, ses cascades, ses vallées aux capricieuses ondulations couvertes de belles forêts. Puis le train franchit successivement dix-huit tunnels et, après Barra do Pirahy et Queluz, la nature se dépouille de sa I végétation, les hautes montagnes disparaissent au loin pour faire place à une série de mamelons au milieu desquels serpente le [ fleuve Parahyba.-
(1) Ces tarifs viennent en effet d’être quelque peu atténués.
n. — Sauf aux environs des villes, on voit peu de terres cultivées. Des régions entières sont aujourd’hui en friche après avoir été couvertes de plantations de café qui produisirent pendant un siècle. Les plus grandes cultures :de ce produit ont aujourd’hui émigré vers les régions élevées de Sào Paulo, et la campagne, autrefois riche et prospère, la terre épuisée par le café, mais excellente pour d’autres cultures, est reconquise par le désert. Dans certains endroits on;Voit encore les squelettes des caféiers non arrachés, abandonnés ainsi que nombre d habitations. Cet état de choses afflige quand on pense que ce sol, las de produire du café, ne l’est pas pour donner du maïs et surtout des plantes fourragères qui viennent parfaitement bien partout. C’est, comme nous l’avons dit dans le chapitre précédent, 1 industrie agricole avec l’élevage, du bétail, avec toutes les petites exploitations de la ferme, basse-cour, laiterie, élevage des porcs, des brebis et des chèvres, en quantité moyenne, qui pourra rendre à ces campagnes, aujourd’hui abandonnées, la vie et la richesse. Ce ne sont pas les débouchés qui manquent, mais la
volonté et les bras. ^
Lorsqu’on franchit le point le plus élevé de la ligne et qu on
descend en plein État de Sâo Paulo, on aperçoit plus, de terrains cultivés, quelques plantations de café, quoiqu’on ne se trouve pas dans la région des grandes cultures. On traverse de jolies villes à l’apparence gaie et prospère, comme Cachoeira, Lorena Guaratingueta, Apparecida, Pindamonhangaba, Taubaté, Jacarehy, Mogy das Cruzes, etc. Après avoir traversé la plaine de Piratininga on touche à Sâo Paulo. Mais avant de parler de la capitale, jetons un regard sur l’État.
IIP — L’État de Sâo Paulo a une superficie de 290.876 kilomètres carrés, il peut se diviser en trois zones bien caractérisées. La première est celle du littoral composée de terres basses comprises entre l’Océan- et les flancs les plus inclinés du versant oriental de la Serra do Mar, ou chaîne maritime. Dans cette zone le voisinage de la mer régularise la température. On n’y éprouve pas les variations brusques observées dans l’intérieur. Le climat est si régulier qu’il n’y a qu’une différence de six degiés entre le mois le plus chaud et le mois le plus frais. Les terrains de cette zone sont tantôf plats, marécageux et couverts de palétuviers, tantôt sablonneux: et accidentés par les contreforts de la
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Serra do Mar. En été il y règne de fortes chaleurs et, dans les lieux revêtus de végétation, l’évaporation est très forte. Cet inconvénient est atténué par les vents du large chargés d’humidité qui occasionnent des pluies abondantes. Le climat y est donc tempéré chaud. Cette région est d’une grande fertilité et se ' prête à la culture des plantes tropicales, le cacaoyer, le bananier, le vanillier y viennent très bien. Il en est de même du riz, du maïs et d’autres céréales.
La deuxième zone, d’une altitude variant entre 800 et 1.000 mètres, occupe les deux versants de la chaîne maritime. En raison de la grande condensation des vapeurs d’eau, les pluies y sont fréquentes de même que les brouillards, le ciel y est très fréquemment couvert. Par suite de l’humidité, le flanc de la Serra do Mar est couvert du côté de l’Océan d’une végétation luxuriante. Ses forêts peuvent fournir les bois de construction et d’ébénisterie les plus estimés.
La troisième région comprend tout le plateau intérieur depuis le versant occidental de la Serra ; c’est celle qui possède le meilleur climat, celui où les Européens s’acclimatent le mieux. La ville de Scâo Paulo jouit d’un climat tempère doux qui peut être comparé à celui des îles Madère ou des Açores et à celui de Palerme en Italie. Toutefois, en raison de sa proximité de la Serra do Mar, il y a souvent sur la ville des brouillards humides et froids. Vers l’intérieur le ciel devient plus pur et l’humidité diminue considérablement. Comme climats secs, on peut citer ceux de Brotas, de S. Carlos do Pinhal, de Franca et de Ribeirao Preto. Dans cette région les .pluies de l’été alternent avec les longues sécheresses de l’hiver, de sorte que les phases végétatives sont nettement tranchées. La région dite de l’Ouest est admirablement propre à la culture du caféier, aussi y trouve-t-on des plantations immenses de ces arbustes jusqu’à plus de 600 mètres d’altitude. Près des limites de Sâo Paulo avec Minas Geraes, se trouve une autre région moins chaude que la précédente, où la culture du café se fait également sur une grande échelle, de même que la culture des céréales et des fruits. Du côté du Sud, vers l’État de Parana, la région est plus fraîche, propre à la culture des graminées; il y existe de superbes prairies pour l’élevage du bétail, ce sont les campos du Paranapanema.
IV. — Le climat de l’État de Sâo Paulo, dont le territoire est
place dans la zone tropicale du Sud, est certainement un des meilleurs qu’on connaisse. Quoique, théoriquement, les saisons soient distribuées comme en Europe en quatre saisons, mais complètement opposées aux nôtres, on peut dire en réalité qu’il n’y a que deux saisons, l’été et l’hiver, de six mois chacune. L’été dure de décembre à juin et l’hiver de juin à décembre. Pendant l’été les pluies sont fréquentes, l’hîver au contraire est généralement clair et sec. Le mois le plus chaud est celui de janvier, sa température maximum est de 38° 5 sur le littoral maritime et la moyenne 24°; cette moyenne est de 21° pour le plateau de l’intérieur, toutefois, on a noté une température maximum de 38° à Sâo Paulo, cela exceptionnellement. Sauf à Ribeirao Preto où le thermomètre a atteint 40°, dans les autres centres le maximum ne dépasse pas 37°. Juin est le mois le plus froid, la température observée sur le littoral est de 18° 6 et de 14° 7 sur le plateau intérieur, il n’est pas rare que le thermomètre descende à zéro dans les environs de Sào Paulo et dans la partie Sud de l’État. La température maximum absolue est donc de 38° 5 ; la minimum absolue de 2° 5 et la moyenne annuelle de 18°.
Le climat de l’État de Sâo Paulo a toujours joui d’une excellente réputation et les étrangers qui en ont fait l’essai ne peuvent qu’en vanter la douceur. La salubrité de la capitale peut être mise à la hauteur des plus saines du monde; depuis 1892, époque où l'on a organisé le service sanitaire, la ville a été complètement débarrassée de toutes les épidémies et comme il n’y a pas de maladies climatériques, ou de maladies tropicales, on peut dire que la salubrité absolue de la ville de Sâo Paulo est une conquête de la science humaine. Son coefficient de mortalité est de 17 pour 1.000, par conséquent inférieur à beaucoup d’autres villes situées sous les mêmes latitudes. L’État de Sâo Paulo comme tout le Brésil n’a pas de maladie particulière, l’histoire coloniale a noté l’introduction successive de la fièvre jaune, du choléra, de la peste, du trachomapar les Européens, fléaux dont on a eu beaucoup de peine à se débarrasser. Il est bon de dire que l’insolation y est très rare et que l’anémie tropicale y est inconnue. La meilleure preuve de l’excellence du climat de Sâo Paulo c’est son influence sur l’émigration européenne ; la population de l’État s’élève à 3 millions d’habitants dont 1.300.000
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étfangers arrivés dans le pays pendant ces vingt dernières années. ' ’ Revenons maintenant à la capitale.
V. — Comme situation et comme aspect Sâo Paulo n’a rien de pittoresque, c’est une belle ville active et vivante, située à 720 mètres d’altitude sur une série de collines aux pentes douces reliées entre elles par des routes où alternent les viaducs et les nivelés; mais tout y est doux sans violences abruptes, de manière qu’on peut y circuler sans fatigue. Un fleuve, le Tiété, affluent du Parana et une rivière, le Tamanduatehy, croisent la ville en divers sens, maintenant celle-ci déborde de tous côtés dans la plaine environnante. Sâo Paulo, qui est après Rio de Janeiro au Brésil, et Buenos Ayres dans la République Argentine la ville la plus importante de l’Amérique latine, étonne par le prodigieux accroissement de sa prospérité et de sa population. Celle-ci atteignait à peine 50.000 habitants en 1890, peu après la proclamation de la République ; elle atteint aujourd’hui plus de 340.000 âmes, et tout fait prévoir d’après ce que nous avons pu voir de son industrie, de son commerce et des ressources de l’État, comme du caractère de ses habitants, que cette ville continuera sa marche ascendante.
La partie la plus centrale de la ville, qui est la plus ancienne, renferme, les rues les plus commerciales, comme celles de Sâo Bento, 15 de Novembre, Direita, Rosario, etc., lesquelles, quoique assez étroites, sont bordées de beaux magasins, de maisons vastes et solides, de belle architecture. Nous n’entreprendrons pas la description niopotone de Sâo Paulo, il nous suffira de dire qu’elle est desservie par.six cent vingt avenues, rues et places, toutes bien pavées et bien entretenues; l’hygiène est assurée par un excellent réseau d’égouts. L’approvisionnement en eau ne laisse rien à désirer, celle-ci y est saine et abondante, l’éclairage est assuré au gaz et à l’éleçtricité et le service des transports tout à fait incomparable assuré par la « S. P. Tram’ways Light and Po^ver » , qui possède 300 kilomètres de lignes de tramways desservies par des voitures électriques. Sous l’administration du préfet M. Antonio Prado, qui occupe ce poste depuis de longues années, la ville se transforme toujours, aucune maison ne peut s’édifier sans que les plans en soient approuvés; toutes les chambres doivent prendre jour ou sur la rue, ou sur les jardins, avec couloirs bien aérés.
L’animation est certainement plus grande au centre, sur le Largo do Rosario, place de petites dimensions, mais le cœur de la ville est la rue 15 de Novembre, cette rue de Ouvidor de Sâo Paulo. La vie est encore très active dans les centres nouveaux, sur les grandes avenues, comme la célèbre Avenida Paulista, où se construisent des habitations princières; le boulevard Bucliard, dans le quartier de la Consolaçâo, d’où on découvre une grande partie du panorama de la ville; l’avenue Barâo de Piracicaba, droite et large; l’avenue Glette; l’avenue des Bambous, bordée de petits palais; l’avenue Rangel Pestana, longue de 1.600 mètres et prolongée par l’Avenida da Intendencia. Le plus beau jardin de Sao Paulo est indéniablement le Jardim da Luz, splendide parc avec de belles pièces d’eau, où s’ébattent dans des enclos dissimulés par la- verdure nombre d’animaux de la faune de l’État. En face du jardin se dresse la magnifique gare da Luz, de la (( S. P. Railway » ; il y a encore les vastes parcs da Saude, de Agua Branca, de Cantareira, etc.
En raison de l’accroissement constant de la ville, les terrains et les propriétés ont décuplé de valeur. Les négociants, les hauts fonctionnaires et les riches fazendaires de l’intérieur qui passent, avec leur famille, une partie de l’année à Sào Paulo, possèdent dans les faubourgs des maisons plus ou moins jolies, mais toujours vastes et commodes. A Hygienopolis, faubourg neuf, rendezvous de tout ce que Sâo Paulo et l’État ont de plus riche et de plus distingué, on admire un grand nombre de maisons somptueuses, des palacettes, comme on dit là-bas, des villas luxueuses et confortables. A vrai dire, quelques-unes de ces constructions sont d’un goût douteux, tout au moins bizarre; en échange, on ne peut leur refuser un aspect pittoresque qui forme contraste avec l’architecture plus, sobre et de meilleur goût du plus grand nombre. Parmi ces constructions, quelques-unes sont remarquables, par exemple le palais Penteado, celui de M. Elias Chaves, situé au milieu d’un beau parc, la maison de M""® Veridiana Prado, mère du préfet de Sâo Paulo, qui est une vraie résidence seigneuriale, de même la résidence de son fils, M. Antonio Prado, dont il fait un centre d’expérience économique; le palacette de M. Aguiar Ramos, du plus pur style arabe, etc., etc. ; toutes constructions qu’on nomme les grandes résidences de la Paulicea.
Sâo Paülo. — La place des ministères un jour de loto.
VI, — On trouve, à Sâo Paulo, un certain nombre de monu-' ments publics assez remarquables; parmi les principaux, il fautj signaler le groupe â angle droit des palais du Gouvernement, des Ministères; le palais de l’Agriculture et celui des Finances; le palais du Congrès, la caserne da Luz, l’hôtel des Immigrants, les écoles modernes da Luz et de Braz, l’hôpital de la Misericordia, la Bibliothèque Publique et tout particulièrement le monument d’Ipiranga, situé à quelques kilomètres de la ville, sur une éminence où le régent dom Pedro proclama l’indépendance du Brésil, le 7 Septembre 1822. Cet édifice est imposant et d’une belle architecture, c’est un lieu de promenade pour les Paulistes. On en a fait un musée qui contient de magnifiques collections ethnographiques et zoologiques et une collection d’objets historic|ues. Quoique inférieur à beaucoup de musées d’Europe, c’est, avec celui de Para, le meilleur du Brésil. On a pu dire que les Paulistes se contentaient d’admirer de loin le musée d’Ipiranga et ne le visitaient pas, nous avons pu constater, de vim, qu’il n’en était rien. Ipiranga est beaucoup visité, surtout le dimanche. Si le Brésilien, en général, se soucie peu des musées, comme on| l’a dit, c’est lorsc|ue,, comme à Rio de Janeiro, ceux-ci restent ouverts trop peu. de temps.
Sào Paulo peut s’enorgueillir de posséder le théâtre le plus vaste sinon le plus beau du Brésil, car les théâtres de Para et de Manaos, que nous connaissions déjà, ne viennent qu’après. On pourra même reprocher aux Paulistes d’avoir vu trop grand quant aux dimensions. Cet édifice tout à fait remarquable par son architecture, ne ferait pas mauvaise figure à côté de l’Opéra de Paris, dont il reproduit certains aspects. Ce théâtre, qui était presque achevé à notre passage, aura une plus belle harmonie de lignes que celui de Rio, harmonie que celui-ci n’a pu obtenir faute d’espace. Le théâtre de Sâo Paulo, isolé sur une place, présente une riche façade où se détachent trente-deux colonnes rondes de granit rose, taillées dans un seul bloc. L’intérieur est en conformité avec l’extérieur, sauf le manque d’avant-scènes, ce qui nuit au coup d’œil. Il y a encore plusieurs autres salles de spectacles : le théâtre Santa Anna, qui a vu sur sa scène les plus grandes célébrités mondiales du drame et de l’opéra, le Politheama, le Moulin Rouge, le San José; ce dernier, de construction récente, ■est malheureusement un édifice déplorable, qui fait le plus mau-
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vais efîet à côté du grand théâtre Municipal, en face duquel il est situé; c’est l’œuvre d’une entreprise particulière et le ridicule doit en rejaillir sur ses seuls constructeurs. Ces théâtres et quelques autres ne fonctionnent guère que l’hiver, saison où les troupes italiennes, françaises et portugaises attirent le public élégant.
VIL — On a dit que malgré ses belles avenues, ses monuments, ses jardins, Sâo Paulo était une ville triste et sans distractions,.
Sâo Paulo. — Place Antonio Prado.
que lorsque 6 heures ont sonné et que le monde des affaires quitte le travail, une pesante solitude s’abat sur les rues commerçantes et que le silence devient si profond que la ville paraît abandonnée. Cela a quelque apparence de raison pendant l’été où chacun, grâce aux faciles communications, se retire dans les faubourgs, mais pendant la plus grande partie de l’année, les rues centrales restent des plus animées; jusqu’à une heure avancée de la nuit, les tramways électriques passent chargés de voyageurs. Les salles de cinématographes, très nombreuses, regorgent de public, de même que les grands cafés et confiseries, Castelloes,
Café International, Americano, Caruso, Progredior, Brasserie Paulista et Brasserie Schort.
Il existe dans la ville plusieurs hôtels, mais aucun ne répond aux nécessités locales, aux besoins des étrangers qui arrivent chaque jour fort nombreux pour visiter la ville ou pour leurs affaires, on y manque du plus élémentaire confortable, comme service et comme table. A ce dernier point de vue, l’Hotel-Rotissérié Sportsman, dirigé par un Français, fait exception ; si les chambres laissent à désirer, comme dans tous les hôtels du Brésil, considérés de premier ordre, par contre, la table est excellente et peut soutenir la comparaison avec beaucoup des meilleures de Paris. La construction, à Sâo Paulo, d’un ou plusieurs hôtels modernes, serait certainement une entreprise fructueuse. Les prix sont analogues à ceux de Rio de Janeiro.
Ce c|ui manque aussi à Sào Paulo et ce qui est étonnant de ne pas y voir, c’est un bon hôtel des Postes. Celui qui existe en face du palais du Gouvernement est loin de correspondre, à l’intérieur comme à l’extérieur, à l’importance considérable qu’a atteint ce service. D’autre part, le personnel ne semble pas s’occuper de sa tâche aussi consciencieusement qu’il serait â désirer, cela n’est pas spécial à Sâo Paulo, mais commun à l’ensemble du personnel subalterne dans tous les États. Il n’y a trop rien â dire sur le service des lettres, mais c’est sur la distribution des imprimés, livres, revues, journaux que sévit l’insouciance et le sans-gêne du personnel subalterne cjui trouve que quand ils arrivent aux destinataires c’est toujours assez tôt. L’Administration Centrale a pourtant apporté de notables améliorations dans le service des postes mais, dans certains cas, sa bonne volonté se heurte à l’indifférence du petit personnel.
VIII. — Sao Paulo étant le siège du Gouvernement et le centre de la vie intellectuelle, sociale et commerciale de l’État, pn y trouve tous les établissements dignes d’une grande cité avancée dont la culture ne reste pas en arrière du développement matériel. L’instruction est donnée dans la ville par 130 écoles primaires libres où l’enseignement est fourni par des associations d’instruction et par des congrégations religieuses, dont beaucoup sont françaises; 18 groupes scolaires, 2 écoles modèles et 1 jardin de l’enfance, outre un certain nombre d’écoles maternelles. Il existe dans l’État 1.281 écoles isolées, plus 96 groupes scolaires avec
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928 classes, ce qui fait un total de 2.209 écoles donnant l’instruction à 100.000 élèves, y compris les élèves des écolès primaires entretenues par les municipalités. Ily a aussi. 40 écoles du soir pour adultes, entretenues par l’État ou par les municipalités, ou encore subventionnées par les deux. Il y a en outre 5 écoles complémentaires instituées pour compléter l’instruction primaire dans les villes de Sâo Paulo, Itapetininga, Piracicaba, Campinas et Guaratingueta; sur les 1.200 élèves de ces écoles près de 800 sont du sexe féminin, le reste masculin. Par suite du manque de professeurs primaires, d’instituteurs que nous avons déjà signalé, une loi accorde' aux élèves formés par ces écoles le brevet d’instituteur d’une certaine catégorie. Le gouvernement de Sao Paulo ést celui qui dépense le plus pour l’instruction publique; en 1891, il dépensait pour ce service 1.343 contos, le budget destiné à l’enseignement s’élève aujourd’hui à 10.000 contos.
La ville de Sâo Paulo, comme nous l’avons déjà indiqué d’autre part, possède plusieurs écoles supérieures absolument parfaites sous le rapport du confortable, de l’hygiène et même de l’architecture, parmi lesquelles une École Polytechnique et une école de Médecine libre, mais subventionnée et jouissant des mêmes privilèges que les écoles de l’Union, une Académie de Droit, l’École Prudente de Moraes et enfin l’École Normale installée dans un vaste édifice moderne et de vaste dimension; dans des annexes fonctionnent une école modèle avec 500 élèves et un jardin d’enfance avec 200 enfants de trois à six ans. Nous pouvons affirmer que nous n’avons jamais vu ailleurs rien de mieux sous le rapport de l’installation, du matériel de l’hygiène et surtout des. méthodes d’enseignement; que des enfants de dix ans ont des connaissances générales supérieures, en particulier pour le dessin et les travaux manuels, à celles des élèves de douze ans de la plupart de nos écoles primaires. Sous nombre de rapports nous trouverions beaucoup de choses à apprendre ou à imiter de ces écoles modèles. Nous devons bien vite ajouter que les écoles des petits centres de l’intérieur, dites écoles isolées, sont loin d’atteindre ce degré de perfection et sont en général formées d’une seule classe. Cela malgré la sollicitude des pouvoirs publics 'qui trouvent que la diffusion de l’enseignement ne répond pas encore aux nécessités et aux aspirations de la population. Quoi qu’il en soit, au point de vue intellectuel, Sâo Paulo peut marcher de pair avec la capi-
taie de la Confédération, et il reste lui-même, vis-â-vis des autres États, une école d’enseignement pratique.
IX. — A ce sujet il ne nous faut pas oublier de signaler un établissement qui rend à l’État et à tout le Brésil des services immenses, c’est Tlnstituto serumthérapico de Butantan, situé dans la banlieue de la ville de Sao Paulo. Outre ses recherches scientifiques, cet établissement se consacre à la préparation des sérums antidiphtériques et antipesteux, de la vaccine antipesteuse, de la tuberculine, etc. Mais son principal produit est le sérum antiophidique, inventé par son savant directeur, le docteur Vidal Brazil, qui, depuis quelques années, étudie avec succès le traitement des morsures dés serpents brésiliens. L’Institut prépare trois qualités de sérums antivenimeux : 1° l’anticrotalique, fourni par des animaux immunisés avec du venin de serpents à sonnette et appliqué dans le cas de morsure de ce reptile ; 2 ° l’antibothropique, fourni par des animaux immunisés avec du venin de Lachesis lanceolatus, Lachesis alternatus et Lachesis atrox et appliqué dans les cas de morsures par des serpents Jararaca, Urutii et Lachesis atrox, les plus venimeux des serpents brésiliens; 3° l’anti-ophidique, fourni par des animaux immunisés par le mélange de tous ces venins et appliqué pour les morsures de n’importe quel serpent et quand on ignore l’espèce qui produisit l’accident.
Pendant un après-midi de visite à Butantan, nous apprîmes plus sur les serpents, surtout sur ceux du Sud de l’Amérique que pendant sept années de voyages ; car, même dans les régions où les reptiles sont nombreux, on ne peut guère qu’en entrevoir quelquesuns. Tous s’enfuient au moindre bruit, et très souvent on soupçonne seulement leur présence, ce qui fait, qu’au cas où on surmonterait la répulsion qu’inspirent toujours les reptiles, l’étude en serait difficile. Il y a dans l’Amérique du Sud 254 variétés de serpents, dont malgré leur aspect 212 ne sont pas venimeux et 42 venimeux. Au Brésil, on a observé 155 variétés dont 132 non venimeuses, et 23 venimeuses. Malgré la terreur qu’inspirent les ophidiens en g^énéral, Timagination exagère beaucoup le danger auquel on est exposé de la part de ces animaux répugnants. Il y a évidemment péril en cas de morsure, mais celle-ci se produit dans des cas tout à fait déterminés, par exemple lorsque le reptile est surpris, et dans ce cas il l’est seulement pour les indi-
-sry,
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gènes qui marchent nu-pieds ; les Européens n’ont rien à redouter, car ceux qui parcourent les régions où il y a des serpents sont toujours pourvus de guêtres en cuir et puis ils n’y pensent guère. Un fait à noter c’est que les serpents venimeux sont extrêmement paresseux et attaquent peu, le serpent à sonnette est le plusirri-
Le docteur Vidal Brazil extrayant le Ycnin d'un ürutù ou Lachesis alternatus.
table, mais comme nous l’avons dit, tous s’enfuient au moindre bruit. Les reptiles non venimeux sont en général plus agressifs; leur morsure, qui est plutôt une égratignure douloureuse, n’est pas dangereuse, mais on n’est pas forcé de lé savoir. Nous avions la conviction que tous les serpents corals étaient venimeux, la
plupart des variétés au contraire ne sont pas. dangereuses ; pour que les autres variétés venimeuses causent accident, il est indispensable qu’on marche dessus où qu’on les touche presque; car. leur extrémité caudale est peu forte pour s’appuyer dessus comme les autres serpents qui peuvent , se lancer à une courte distance.
La presse a pris dans l’État de Sâo Paulo un très grand développement. Elle est représentée jusque dans les petits centres par 200 journaux et revues et dans la capitale par 12 journaux quotidiens tant du matin que du soir, outre un certain nombre de publications hebdomadaires ou mensuelles. Les principaux de ces journaux quotidiens qui se publient sur 6, 8 et 10 pages sont tout aussi bien informés que ceux de Rio; il faut surtout signaler le « Estado de Sào Paulo », puis le « Correo Paulislano », le (( Biario Popular », le « Commercio de Sào Paulo », la « Platea », etc.
X. — L’État de Sâo Paulo nous a surpris par le développement incroyable de son industrie. État essentiellement agricole il est devenu en peu d’années un État industriel; la capitale est devenue un important centre manufacturier, le second du Brésil après Rio de Janeiro ; grâce à l’immigration d’ouvriers européens, de nombreuses industries s’y sont implantées et ont pris un essor rapide. Parmi celles-ci il faut citer les industries des tissus, de la chaussure, de la chapellerie, de la bière, des pâtes alimentaires, de la fonderie. Ses fabriques produisent annuellement de très grandes quantités d’articles les plus divers, qui approvisionnent non seulement les marchés paulistes, mais encore nombre d’États de la Fédération brésilienne.
La principale industrie textile de l’État est celle du coton, dont la culture, qui date de très longtemps, a pris de l’extension dans ces, dernières années. La première grande filature a été fondée en 1869 dans la ville d’Itu. Actuellement il existe 23 filatures de coton qui produisent 50.074.000 mètres de tissus en 1908, avec 8.508 tonnes métriques de coton, et un ensemble de 7.400 ouvriers. Après la filature de coton, la branche d’industrie textile la. plus importante est celle de la filature du jute. Ce végétal sert à la fabrication des sacs dans lesquels s’exporte le café en grains, ce qui explique le développement de cette industrie. Toutes les fibres de jute qu’elle utilise sont importées de l’étranger.
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Pour remplacer le' jute dans la fabrication des sacs de café, on a recouru à différentes fibres textiles existantes dans l'État, entre autres à l’araminn, fibre extraite d’une plante sylvestre cultivée déjà dans plusieurs municipes. Pour l’utilisation industrielle de cette fibre, il s’est fondé en 1903, dans la ville de Sao Paulo, une entreprise de filature et de tissage « Àramina », au capital de 1.000 contos. La fabrique de cette entreprise possède 60 métiers; elle produit environ 800.000 sacs par an et consomme environ 700.000 kilos d’aramina en écorce.
Outre cette fibre, il en existe dans l’État d’autres qui se prêtent à la filature : celles du chanvre brésilien Perrini, de la vassoura mincira, du bananier, de Vagave, de V ananas, etc.
Parmi les industries relatives à l’alimentation, celle qui a obtenu le plus de développement est l’industrie des pâtes alimentaires. Dans la seule ville de Sao Paulo il est annuellemcut fabriqué 720.000 livres de pâtes, en partie consommées dans l’État, et de grandes quantités sont exportées pour d’autres régions du Brésil. Il y a 28 de ces fabriques dans l’État. Il y a aussi à Sâo Paulo deux grandes fabriques de biscuits, celles de Pierre Duchen, un Français, et de Frederico Piesterlc, plus deux autres moins importantes. Une minoterie établie dans la ville produit annuellement pour 10 millions de francs de farine ; le blé est importé du Rio do la Plata.
Le degré le plus remarquable de prospérité est atteint par l’industrie de la bière qui réalise des bénéfices considérables. La ville de Sâo Paulo possède deux grandes brasseries de tout premier ordre : VAntarlica et la Bavaria, toutes deux appartenant à la « Compagnie Antartica Paulista «, formée au capital de 13.5CO.000 francs. Ces brasseries fabriquent d’excellentes bières qui peuvent rivaliser avec les bières d’Allemagne. De grandes quantités de cette boisson étaient autrefois importées d’Europe ; à l’heure actuelle, grâce à l’importante production des établissements nationaux, Sâo Paulo non seulement fabrique pour sa consommation, mais exporte pour les autres États de l’Union ; les bières de la Compagnie Antartica sont indéniablement les meilleures de tout le Brésil. Il existe en outre dans l’État environ 100 brasseries moins importantes. 3 grandes verreries fabriquent des bouteilles et- autres objets en verre; la Santa Marina et la Germania, les plus fortes, sont établies dans les environs de la
ville de Sâo Paulo, la première produit plus de 3 millions de bouteilles.
Les industries de la chaussure et de la chapellerie sont également très prospères; pour la première, les fabriques Rocha etC‘®, Mellilo et et Velléla, donnent des produits qui à peu de chose près peuvent soutenir la comparaison avec les similaires étrangers. D’après les statistiques que nous consultons, il existerait dans l’État 330 établissements industriels un peu importants, représentant un placement de capitaux de 7.100.000 livres sterling.