‹ Au Brésil: De l'Uruguay au rio São FranciscoChapitre 29 sur 69 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ÉTAT DE SAO PAU LO [suite).

I. La houille blanche dans l’Etat. — II. Pouvoirs publics, ministères et ministres. — III. Organisation de la justice. — IV. Divisions politiques et administratives. — V. Les Paulistes. — VI. Leur action, raisons de la prospérité de l’Etat. — VIL Encouragements à l’agriculture, poste zootechnique. — VIII. Ecole d’agriculture de Piracicaba, écoles d’apprentissage agricole, etc. — IX. Accroissement de la population. — X. Les étrangers à Sào Paulo, enseignement du français. — XL L’élément italien, protection au colon. — XII. Conditions du travail dans les fazendas. — XIII. Terres cultivées de l’Etat, méthode primitive de culture, division et valeur des propriétés agricoles. — XIV. La colonisation officielle, visite à quelques colonies. — XV. Société française des sucreries brésiliennes. — XVI. La canne à sucre dans l’Etat.

I. — Si l’Etat de Sâo Paulo ne possède pas de gîtes carbonifères, en échange, il possède de grandes réserves de houille blanche, dans les puissantes chutes d’eau et les rapides qui abondent sur son territoire et qui peuvent être utilisés pour la production de l’énergie électrique. On trouve sur le Tiété, près de Parnahyba, à 33 kilomètres de Sâo Paulo, une succession de rapides qui fournissent la force électrique à la capitale. Sur une distance de 800 mètres la rivière présente une différence de niveau de 11 mètres. Entre la ville de Salto de Itu et Sâo Paulo, le Tiété offre une succession de rapides de 150 mètres de longueur pouvant fournir 75.000 chevaux de force. Sur le cours inférieur du même fleuve, on trouve encore les chutes de Barra Grande, d’Escaramuça et d’Avanhandava, cette dernière la plus importante; c’est un point où une ville s’édifiera prochainement, car le chemin de fer dit du Nord-Ouest, dont nous parlerons plus loin, passe à proximité. Plus loin encore, dans une région nouvellement ouverte, à 25 kilomètres de l’embouchure du Tiété avec le Parana, se trouve la chute de Itapura. A environ 12 kilomètres

en amont de cette embouchure, on rencontre sur le grand fleuve lui-même une autre chute dont on entend le grondement : c’est le Salto de Urubupunga. Ces deux dernières chutes peuvent fournir ensemble près d’un million de chevaux de force. Il existe encore d’autres chutes sur diverses autres rivières : à Piracicaba, sur la rivière de ce nom, cjui donne la force a (luelc^ues fabric^ues et l’éclairage à cette importante localité. Sur le rio Sorocaba, la chute d’Itupararanga est également utilisée.

Sur le rio Grande, affluent du Parana, sur les rios Mogy Guassu,do Peixe, Juquery-Quéré et d’autres encore comme le rio Paranapanema, affluent du Parana, existent nombre de chutes variant de 3 à 9 mètres qui attendent d être utilisées.

n. — On sait déjà que l’État de Sâo Paulo, comme les autres du Brésil, jouit d’une autonomie complète et exerce tous les droits et les attributions qui ne sont pas expressément réservés aux pouvoirs fédéraux. L’État se régit par sa Constitution spéciale, selon les règles établies par la Constitution fédérale. Le Sénat de sào Paulo est composé de 24 membres dont le mandat dure neuf ans; ils se renouvellent par tiers. La Chambre des Députés est formée par 50 membres élus pour trois ans. Les sessions durent trois mois. Le President de 1 État est seconde par quatre ministres ou secrétaires d’État; ce sont les Ministres de l’Intérieur, de la Justice, de l’Agriculture, Commerce et Industrie, et celui des Finances.

Le Président actuellement en fonction est M. le docteur Manuel Albuquerque Lins qui, depuis 1908, continue 1 oeuvre si bien commencée par M. Jorge Tybiriça. Ce derniei fut un homme de progrès * il donna un énergique appui aux etablissements d enseignement primaire et supérieur, aux facultés d’études techniques ou d’arts et métiers appliqués ; il régénéra l’agriculture par la création d’instituts appelés à répandre à profusion les connaissances indispensables pour l’amelioration de la terre, aussi bien dans les plantations de café que dans les cultures potagères. En plus de l’énergie et de l’activité de son prédécesseur, M. Albuquerque Lins apporta au Gouvernement des qualités solides d administrateur honnête et prudent, gardien du progrès et des finances de l’État, un instant compromis par la crise du café; c’est à lui qu’on doit en grande partie les remèdes énergiques qui enrayèrent les eiïets de cette crise. On peut ne pas être d’accord sur l’excellence

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des moyens employés, mais il fallait faire quelque chose, et le faire yite. On peut critiquer maintenant que le péril est passé, mais c’est en temps utile qu’il fallait présenter un remède moins coûteux et aussi efficace.

Le Ministère de l’Intérieur qui dirige tout le service de l’Instruction publique, des écoles d’enseignement supérieur, les Hôpitaux, le service de la Santé publique, le Bureau de Statistique, l’Institut bactériologique, le Service de Désinfection, le Journal officiel, etc., etc., était à notre passage et est encore occupé par M. Carlos Ouimaraes, homme dont nous avons pu apprécier le caractère affable, l’intelligence cultivée et l’activité rare .

Le Ministère de la Justice est entre les mains d’un jurisconsulte de carrière, M. Washington Luitz, une des personnalités les plus distinguées de la nouvelle génération. Son action dans l’organisation remaniée du service de la police a été prépondérante. Il occupait déjà le poste sous la présidence de M. Tybiriça; c’est sous sa direction qu’est placé le service de la police qui, comme nous l’avons déjà dit, forme une petite armée de 5.000 hommes, composée d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie, instruite et admirablement bien entraînée par une mission d’officiers français.

Le Ministère de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics est certainement le plus chargé des ministères de Sâo Paulo ; il exerce son pouvoir sur l’administration des Travaux Publics, l’Inspection des Chemins de fer et de laNavigation, l’Immigration et la Colonisation, l’Institut Agronomique, l’Ecole pratique d’ Agriculture « Luiz de Queiroz )), le Service agronomique, la Commission géographique et géologique, la Ferme d’expériences agricoles, le Service météorologique, le Service des Eaux de l’Etat et de diverses villes de l’intérieur.

Le détenteur du portefeuille de l’Agriculture, actuellement M. Padua Salles, était, au moment de notre séjour dans l’Etat, M. Antonio Candido Rodrigues, sénateur de l’Etat, ingénieur de profession; il exerça plusieurs postes dans le génie militaire, puis il quitta cette carrière pour celle d’ingénieur civil de l’Etat. Après avoir été député, il abandonna la politique pour se consacrer à l’Agriculture ; sa connaissance approfondie des problèmes agricoles fixa l’attention de tous et il fut appelé par deux fois à diriger

le département de l’Agriculture. C’est lui qui créa le service d’inspection agronomique. Membre des plus actifs de la commission chargée d’étudier l’importante question caféiêre, il rendit en cette qualité d’immenses services à l’Etat. M. le docteur Carlos Botelho etM. Candido Rodrigues, activement secondés par leur distingué directeurgénéral de l’agriculture, M. Eugenio Lefèvre , réalisèrent une masse d’œuvres utiles ; ils s’appliquèrent à encourager l’immigration et les industries rurales, à organiser des explorations de territoire, à étudier les fleuves et leur navigation, à créer des écoles d’apprentissage agricole, des champs d’expériences pour de nouvelles cultures, principalement celle du riz, des postes zootechniques, etc. Le budget du Ministère de l’Agricultur.e de l’Etat de Sâo Paulo s’élève à près de 50 millions de francs, somme fort bien employée si l’on considère les résultats acquis. La compétence indiscutable du D" Candido Rodrigues attira l’attention du Gouvernement fédéral ; un portefeuille de l’Agriculture ayant été créé à Rio, M. Nilo Peçanha fit appel au patriotisme et au remarquable talent du Ministre de Sao Paulo pour organiser le nouveau département. A Rio comme à Sâo Paulo, il a su s’acquitter noblement de la lourde tâche qui lui incombait.

IIL — Il n’est pas inutile de connaître le fonctionnement de la justice dans l’État; toute proportion gardée, l’organisation en est la même dans les autres États. En haut de la hiérarchie, se trouve le Tribunal supérieur de justice qui a juridiction sur l’État; il se compose de 15 juges nommés par le Président, mais choisis sur une liste établie par le Tribunal lui-même et portant les noms des magistrats les plus anciens et les plus méritants . Pour l’administration de la justice, l’État est divisé en 98 comarques comprenant chacune un ou plusieurs municipes. Dans chacune d’elles fonctionne, en général, un juge de direito,, nommé par le Gouvernement; il est chargé de juger les causes civiles et les criminelles, ainsi que de présider le tribunal du Jury, composé de 12 jurés, tirés au sort. Les comarques de Santos et de Campinas, cependant, ont chacune 2 juges, en raison du plus grand nombre d’affaires. Pour la même raison, Sâo Paulo, capitale de l’État, compte 5 juges de direito, avec juridiction civile, et 5 juges avec juridiction criminelle, qui président à tour de rôle les sessions du Jury.

Les comarques se divisent en districts de paix, au nombre de

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274. Chacun d’eux a 3 juges de paix, dont un effectif et les deux autres substituts. Ces juges^ élus tous les trois ans par le suffrage populaire, sont chargés de dresser les registres de l’état civil et de célébrer les mariages. Ils jugent, en outre, les causes de peu d’importance ; il peut être appelé de leurs jugements devant les juges de direito.

IV. — Au point de vue politique et administratif, le territoire de l’État se divise en municipes, dont chacun comprend un ou plusieurs districts de paix. En principe, chaque municipe doit compter plus de 10.000 habitants. Les limites des municipes sont fixées exclusivement par le Congrès législatif, auquel il appartient également de leur donner un nom et d’en désigner le chef-lieu. La Constitution fédérale et la Constitution de l’État assurent aux municipes une pleine autonomie pour tout ce qui a trait à leur intérêt particulier.

Dans les '172 municipes de l’État, l’administration appartient aux Chambres municipales, aux Préfets municipaux et aux souspréfets de district. Les fonctions législatives y sont exercées par les Chambres, composées de 6 à 15 conseillers, élus par le suffrage direct, et dont le mandat est de trois ans. Les fonctions administratives sont réservées aux préfets et aux sous-préfets qui sont élus pour un an, à la majorité des conseillers muni cipaux.

Par exception, dans les municipes de Sâo Paulo, de Santos et de Campinas, le préfet est élu par le suffrage direct de l’électorat, en même temps que les conseillers municipaux. Par dérogation à la règle, la durée de leur mandat est de trois ans. Depuis dix ans, l’administration de la ville de Sâo Paulo est entre les mains d’un des hommes les plus aimés et les plus estimés de l’État, M. Antonio Prado; c’est à cet administrateur de talent que la ville doit ses transformations, ses embellissements successifs; c’est lui qui a fait percer des avenues et entrepris de coûteuses œuvres d’assainissement, qui a fait construire un parc des eaux, en même temps promenade magnifique, la canalisation des rivières urbaines. Enfin près de 1.200.000 francs de travaux de pavage, en macadam lié avec du goudron, en granit, en bois ou en asphalte furent exécutés par son ordre; M. Antonio Prado, qui a tout d’abord présidé aux destinées d’une petite ville provinciale de 30.000 habitants, l’aura vu évoluer rapidement et

atteindre avec sa collaboration le rang d’une grande métropole y une des villes les plus agréables, les plus attrayantes et les plus salubres de l’Amérique méridionale.

V. — La merveilleuse prospérité de l’Pjtat de Sào Paulo ne doit pas être surtout attribuée à la bonté de son climat et à la fertilité de son sol, — car d’autres États se trouvent dans des conditions presque aussi bonnes, sinon tout autant — mais uniquement au caractère de ses habitants. Les Paulistes se sont^ en effet, toujours distingués par leur caractère bouillant, énergique, leur esprit d’entreprise, la passion de la liberté ; l’iustoire du Brésil est pleine de leurs prouesses; ce sont eux qui, par leurs courses aventureuses à la recherche de mines ou à la chasse aux Indiens, contribuèrent puissamment à faire connaître et à ouvrir les régions les plus lointaines et les plus sauvages du pays. Ce n’est pas seulement aux climats plus frais de l’État de Sâo Paulo que les Paulistes doivent d’être - des gens de détermination, mais à un métissage particulier et à une vie active.

Depuis longtemps, les Paulistes ne courent plus les aventures, leur activité se concentre sur le développement de leur pays, et c’est par là maintenant qu’ils sont les initiateurs des autres États, par leur esprit de décision et surtout leur grand sens pratique. C’est dans ces qualités, nous le répétons, qu’il faut voir les raisons des énormes progrès réalisés par cet État. On l’a bien vu, lorsqu’il s’est agi de remédier à la crise due à l’énorme accroissement de la culture du café, ils abandonnèrent alors avec décision les erreurs de la monoculture pour se lancer avec la même énergie dans la culture rationnelle du coton, du riz, du tabac, voire même dans les plantations des arbres à caoutchouc du genre maniçoba et mangabeira dont les essais ont donné de très bons résultats.

LePauliste est tout aussi fier, chauvin même et plein d’amourpropre, que ses compatriotes de tous les États du Brésil; malgré cela, le fait qu’il ne craint pas de placer à la tête ou dans les services techniques de ses établissements scientifiques pratiques, des savants, des spécialistes ou des professeurs étrangers qui forment des élèves, prêchent d’exemple et rendent de grands services, démontre son jugement sain et son sens pratique. 11 a la force de caractère de faire plier son amour-propre et sa susceptibilité

devant l’intérêt général et s’en trouve très bien. Ce fait ne serait plus aujourd’hui possible à Rio, où, la politique et un peu de vanité aidant, l’admission d’étrangers, même et surtout dans les emplois secondaires des établissements scientifiques ou d administration publique, serait difficile et vue d’un fort mauvais oeil.

VI. — Les progrès matériels et moraux, les améliorations dans toutes les branches, le développement merveilleux de leur État, les Paulistes n’en sont redevables qu’à eux-mêmes ; avec raison ils peuvent dire, avec orgueil, qu’ils ne doivent rien, ou peu, au Gouvernement central, mais tout à leur propre énergie et à leur initiative.

Sâo Paulo éveille l’envie des autres États qui ne connaissent pas encore très bien les raisons de sa prospérité, son mécanisme économique. Pour quelques-uns, Sâo Paulo est un État chançard, qui a su recevoir beaucoup de l’Union; ceux-là ne sont pas bien loin de le croire une charge pour la Fédération. On se demande en quoi Sâo Paulo a eu recours à l’Union, sauf peut-être les avantages spéciaux qu’il a recueillis d’un courant d immigration qui, en vingt ans, lui a amené près de 1.300.000 hommes pour son agriculture intense et primordiale. Mais d’autres États n’ont-ils pas bénéficié dans une certaine mesure de ce même courant et aussi de quelque faveur spéciale ou contribution favorable de l’Union? Sâo Paulo est-il coupable, parce qu’il est devenu le centre de prédilection de l’élément qui le recherche de préférence? Cette préférence est un titre honorable de conquête propre, la récompense de son mérite et de ses efforts. C’est simplement question de climat, ajoutent quelques superficiels! Non, car le Parana, Santa Catharina et Rio Grande do Sul sont dans d’identiques et même dans de supérieures conditions de climat, et ces États ont également reçu un important courant d’immigration également aux dépens de l’Union.

Si Sâo Paulo a ressenti plus fortement l’effet bienfaisant de ce courant migratoire, c’est parce qu’il fut prévoyant et politique, et qu’il sut donner des garanties suffisantes pour fixer chez lui les nouveaux éléments qui lui venaient du dehors. Ce n’est pas là une oeuvre fortuite, mais une question de préparation politique sociale, économique et morale. Recevoir des immigrants, ce n’est pas acheter du bétail et clôturer un champ, c’est tracer une route et

\ préparer un système d’échange et de production, assurer l’ordre et

: garantir le mieux être et la sécurité du milieu qu’on veut faire

V progresser. Sâo Paulo a comme un prolongement rationnel et

i moral dans son Commissariat d’informations d’Anvers ; il possède

j plus de 4.300 kilomètres de voies ferrées pour ses 290.876 kilo-

; mètres carrés de superficie sur lesquels il y a un million quatre ^

’ cent cinquante mille hectares livrés à l’agriculture. Si tous ceux '

c[ui envient et jalousent Sâo Paulo en avaient autant !

Pour assurer la moralité des tarifs des chemins de fer concédés par lui, l’État de Sâo Paulo créa, au Ministère de l’Agriculture, une commission technique de prise dç compte destinée à sur- ; veiller le niveau constant de ces tarifs, d’accord avec le capitnl

employé, c’est-à-dire conformément -aux contrats passés par le i Gouvernement avec les Compagnies de chemins de fer. A propor-

; tion que le revenu des lignes atteint la limite fixée, le gouver-

; nement doit abaisser le tarif corrélatif, il nous a semblé que

\ cette clause reste purement théorique. Pour les Compagnies qui

i ne sont pas soumises à ce régime obligatoire, le gouvernement èi

î emploie la persuasion, le système des compensations et des justes

I faveurs.

I Pour développer l’exportation, le gouvernement pauliste

I créa le Magasin des nouveaux produits de l’État (Armazens dos

I Novos Productos do Estado), sorte d’exposition permanente, de

' même que le Mostruario Commercial, destiné à renseigner les

{ producteurs sur la manière de préparer et de conditionner leurs

I produits, avec les prix et les avantages des marchés . j VU. — En faveur de l’élevage, le gouvernement a créé le

I « Conseil consultatif des Éleveurs paulistes » qui fonctionne au

1 Ministère de l’Agriculture, comme également la Coopérative dos ^

y Lacticinios, établie dans la florissante ville de Franca. Les expo-

j sitions estadoales d’animaux sont fréquentes, celles-ci sont géné-

ralement précédées d’expositions régionales dont quelques-unes notables, par exemple, à Campinas, Itapetininga, Pindamonhangaba, Batataes, S. Carlos, etc. Le Poste Zootechnique des il environs de Sâo Paulo est un établissement modèle, un des

jî meilleurs de l’Amérique du Sud, il a été fondé par M. Carlos

' Botelho, avec la collaboration de M. Hector Baquet, professeur à

l’Institut Royal d’Agriculture de Gambloux, lequel organisa,

|| dans tout l’État, divers . autres postes à l’image du premier. ^

A part toutes les dépendances, le matériel et les animaux reproducteurs, il existe, dans chaque poste, un cours spécial de laiterie, un de zootechnie et un autre de vétérinaire. L’État favorise en outre, par tous les moyens en son pouvoir, l’introduction du bétail de race; c’est, d’ailleurs, pour faciliter l’introduction, le choix et l’acclimatement des diverses races que ces établissements furent créés et ils ont déjà contribué à améliorer par des

Sâo Paulo. — Maison d'habitation d’une fazenda.

croisements des animaux de race bovine, chevaline, porcine, ovine, etc.

VIII. — L’agronomie a toujours fait l’objet de l’active préoccupation du gouvernement pauliste, c’est le seul État possédant une vraie école d’agriculture, conçue suivant les méthodes les plus modernes, c’est l’École « Luiz de Queiroz », située à 3 kilomètres de la prospère ville de Piracicaba; dans cette école, de jeunes Brésiliens étudient, pour acquérir les connaissances scientifiques et pratiques des cultures rationnelles; ils recherchent le diplôme d’ingénieur agronome. L’école de Piracicaba possède un outillage de premier ordre ; le directeur est un Américain,

M, Smith, engagé aux États-Unis; trois des professeurs sont Français; d’autres chefs de services sont Brésiliens, Anglais ou Belges. — A cette école est jointe une ferme modèle qui possède une superficie assez considérable de terres et un parc magnifique; on s’y occupe d’apiculture et d’aviculture, de l’élevage et de tous ses dérivés; on y cultive tous les légumes d’Europe, il y existe une laiterie et une porcherie modèle; on y fait la culture du café, de la canne à sucre, du maïs, du riz, du coton. Les essais sur ces deux derniers produits ont donné d’excellents résultats.

A ses débuts, cette école a dû lutter contre les préjugés qui s’élevaient contre l’agriculture dans certains milieux, et il a fallu triompher de la répugnance des familles; il n’y eut, tout d’abord, que quelc|ues élèves. Lors de notre visite, il y en avait 120. Le Brésil possède un nombre considérable de docteurs en droit et de bacheliers, il n’a que très peu d’ingénieurs agronomes; il serait à désirer, pour ce riche pays, que les rôles se trouvent renversés, la colonisation ferait alors des progrès gigantesques, si elle était guidée par des hommes compétents et sûrs.

Pour ceux qui ne pouvaient désirer c|ue des enseignements pratiques mais rudimentaires d’agronomie, on a créé sur la côte^ à Sâo Sabastiao, un Aprentizado Agricola, et à Iguape, également sur le littoral, un autre Apprentissage agricole nommé Bernadino de Campos, écoles pourvues d’excellents champs d’expériences. Le besoin de cet enseignement se faisait sentir dans les régions indigènes, car les habitants y sont,, en matière de culture, d’une routine incroyable, au point de ne pas vouloir tenir compte, du moins pour les plus âgés, des enseignements qui leur sont donnés. L’État^ de Sâo Paulo possède également, à Campinas, un Institut agronomique qui rend les plus grands services à l’agriculture de l’ÉLit, en indiquant aux petits fazendaires, gens assez réfractaires aux progrès en matière agricole, la manière d’améliorer leurs plantations et les remèdes à employer pour lutter contre les maladies qui peuvent les atteindre. Cet Institut, fondé et longtemps dirigé par un chimiste engagé en Allemagne, l’est aujourd’hui par un Français, M. Arthaut-Berthet, pris parmi les professeurs de Piracicaba; un autre Français lui a été adjoint dernièrement.

Un Potager Agraire Tropical (Horto Agrario Tropical) a aussi été établi à Cubatâo, sur le littoral; de même il a été créé, près

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de la station de Moreira César, un Campo de Demonstraçâo pour favoriser l’accroissement de la culture du riz. Comme complément à toutes ces institutions, le Ministère de l’Agriculture facilite, chaque année, à l’époque des récoltes, la visite de ces champs d’expériences aux agriculteurs intéressés qui désirent assister aux travaux; dans ce but, les Compagnies de chemins de fer accordent, grâce à l’intervention du gouvernement, de très grandes réductions de prix. Les agriculteurs qui veulent apprendre à se servir d’un outillage agricole moderne peuvent le faire à la Gdlerici de Deïïionstraçào de Machinas Agricolds où le public peut voir les machines fonctionner en permanence. D’autre part, le gouvernement de Sâo Paulo fournit gratuitement, à ceux qui veulent s’instruire, le « Boletin de Agricultura » ; le « Boletin do Instituto Agronomico » et le « Boletin do Criador Paulista». On voit, par ces indications, que le gouvernement pauliste ne ménage pas ses ressources et ses efforts pour développer et améliorer les conditions de l’agriculture dans l’État.

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