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IX. Nous avons dit que la population de l’Etat de Sâo

Paulo pouvait être évaluée à trois millions (^) d’habitants, mais il pourrait nourrir et procurer l’aisance à huit fois ce chiffre. Cette population s’accroît tous les jours dans de considérables proportions, qu’on en juge ^ en 1822, il y avait, dans 1 État, 220.000 habitants; en 1890, ce chiffre s’élevait cà 1.385.000 habitants, la population avait donc quintuplé dans cet espace de temps du seul fait de l’excédent des naissances sur les décès, car à cette époque il n’y avait pas encore de courant d’immigration. De 1890 à 1900, l’accroissement fut de 875.000 personnes, ce résultat était dû, cette fois, à l’immigration européenne qui, dans l’année 1895, introduisit dans l’État 149.000 nouveaux habitants, ce fut le chiffre le plus élevé qui fut constaté.

On peut s’attendre à voir cet accroissement devenir encore plus rapide du fait que le Gouvernement fédéral et celui de PÉtat de Sâo Paulo s’efforcent actuellemènt de créer vers le Brésil un courant d’immigration spontanée, la meilleure de toutes, en faisant à grands frais en Europe une énorme propa-

(1) ConuxiG dspuis longtGinps il n’a pas 6té fait au Brcsil de recensement et comme ceux qui existaient étaient imparfaits, les chiffres que nous donnons, plus ou moins officiels, sont sujets à caution. Ils sont donc approximatifs et si dans cei tains cas iis sont supérieurs, dans d’autres ils sont certainement inféiicuis à la léalité.

gande afin de faire connaître partout le pays et ses productions. D’autre part, il faut compter sur l’accroissement causé par le chiffre élevé des naissances. On est frappé, nous l’avons dit, du grand nombre de familles nombreuses qu’on rencontre, non seulement dans l’État de Sâo Paulo, mais dans tout le Brésil, où il n’est pas rare de rencontrer des familles de 8 et 10 enfants et même davantage. Pendant que le chiffre des décès, d’environ 17 à 20 par 1.000, varie peu, le chiffre des naissances double.

X. — Mais, si le grand nombre de naissances est un élément appréciable de l’accroissement de la population, on peut affirmer que c’est particulièrement à l’immigration que sont dus les progrès surprenants qui ont placé Sâo Paulo au premier rang des États brésiliens. Le nombre des étrangers qui résident dans l’État de Sâo Paulo est fort considérable en raison du courant immigratoire qui s’y dirige depuis plus de vingt ans, avec une moyenne annuelle de 40.000 immigrants depuis 1903. Faute de recensement, ce nombre n’est pas exactement connu; toutefois, d’après les chiffres que nous avons pu nous procurer, on peut évaluer ainsi qu’il suit la population d’origine étrangère : Italiens, 700.000; Espagnols, 155.000; Portugais, 125.000; Allemands, 80.000; Syriens, 35.000; Russes, 17.000; Nationalités diverses, 35.000, formant ensemble plus de 1.100.000 étrangers.

C’est dans la ville de Sâo Paulo qu’on trouve l’agglomération d’Européens la plus considérable. Un grand nombre d’entre eux et de leurs descendants y vivent dans de bonnes conditions. Si l’on prend comme base les chiffres de la natalité, relativement à la nationalité des pères des nouveau-nés, on peut estimer que les Européens forment les deux tiers de la population de la ville. Sans être très nombreux, les Français occupent à Sâo Paulo d’assez belles situations, les uns dans les administrations publiques ou privées, les autres, les plus nombreux, dans le commerce. Parmi les 3.600 établissements commerciaux de quelque importance que renferme Sâo Paulo, on remarque quelques grands magasins appartenant à des Français, par exemple dans la bijouterie, les nouveautés et modes, la librairie, quincaillerie, faïence et porcelaine, etc.

La société française de Sâo Paulo qui apparaît aujourd’hui assez unie, après avoir été quelque peu troublée par des questions particulières qui la séparèrent en deux clans, est parvenue

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à constituèr une Société de secours mutuels, la Société 14 juillet, qui comprend près de 500 membres, un club et un cercle tout à fait bien organisés. C’est notre dernier consul à Sâo Paulo, M. Dupas, qui a amené la concorde parmi nos compatriotes de cette ville; en même temps, par son activité, il augmentait fortement notre prestige, non seulement en plaçant plusieurs professionnels et savants dans les institutions scientifiques et pratiques de l’État, mais en encourageant dans la capitale la création d’établissements d’enseignement d’origine française.

Dans nombre de villes de l’intérieur, voire^dans des capitales d’État, nous avons été surpris de voir que les professeurs chargés des cours de français dans certains lycées ou écoles secondaires et autres institutions, étaient le plus souvent pris parmi des compatriotes, anciens employés ou artisans ayant tout au plus une instruction primaire. Ils arrivaient cependant à se tirer d’affaire.

XL — Nous avons vu que l’élément italien était de beaucoup l’élément prépondérant à Sâo Paulo et dans tout l’État. Les Italiens sont décrotteurs, artisans, manoeuvres, mais surtout agri- (iulteurs et colons. Dans les grandes fazendas de café et les plantations de canne à sucre, ce sont les colons italiens qui sont la majorité ou plutôt la presque totalité. Dans la plupart des colonies agricoles fédérales ou estadoales ce sont eux également qui possèdent le plus grand nombre de lots. Il faut reconnaître que si la culture intellectuelle lui manque le plus souvent, l’Italien y supplée par la pratique de la vie, la ténacité et l’énergie. Le colon (1) italien est le travailleur à qui Sâo Paulo doit une grande part de sa prospérité, car il est hors de doute que l’accroissement rapide de la grande culture du café fut seulement rendu possible grâce à l’immigration italienne. Grâce à sa ténacité, à sa volonté de gagner et d’économiser, on le voit passer de journalier â propriétaire, à colon, à agriculteur et souvent à planteur. C’est ainsi que l’Italien est devenu le second propriétaire de l’État, arrivant après les Paulistes et avant les Portugais qui viennent au troisième rang.

Depuis quelques années, l’élément espagnol pénètre dans l’État de Sâo Paulo à la recherche d’une vie plus facile et plus

(1) Le mot colon désigne ici les travailleurs des plantations de café ou de canne à sucre qui ne sont attachés à ces plantations que pour le temps qui leur convient.

libre; cette immigration, peut-être plus ingénieuse, égale et dépasse maintenant l’immigration italienne.

En présence de l’accroissement du courant immigratoire, le Gouvernement de Sao Paulo, pour empêcher le retour des abus du temps de l’esclavage qui jetèrent pendant plusieurs années le discrédit sur l’immigration, s'est occupé de protéger l’immigrant et de lui venir en aide pour son premier établissement. C’est dans ce but qu’a été créée « l’Agence officielle de Colonisation et de Travail » , qui facilite le placement de tout immigrant ou travailleur dans l’agriculture ou dans les industries, ainsi que son installation sur les terres du domaine public ou des domaines particuliers, soit comme propriétaire, soit comme travailleur, fermier ou métayer.

En même temps que cette Agence, qui fonctionne à l’Hôtel d’immigration de Sâo Paulo, guide et dirige l’immigrant qui se met sous la protection du Gouvernement, elle sert d’intermédiaire entre les patrons et les travailleurs, au moyen du jugement arbitral, auquel se soumettent tous ceux qui passent des contrats par son entremise. A chaque travailleur ou colon d’une fazenda est remis un carnet où doit figurer l’état de son compte, ainsi que chaque règlement de compte pour éviter toute contestation avec les planteurs. Ces derniers observent en général fidèlement les clauses du contrat, car la grande question pour eux est de fixer sur leurs domaines le travailleur qui doit soigner la plantation pendant l’année et lui apporter le secours de ses bras pendant l’époque redoutable de la récolte. Les bons travailleurs étant rares, ils peuvent choisir facilement l’endroit qui leur convient le mieux, où ils seront le mieux traités et où ils auront le plus d’avantages.

Xn. — Les conditions de travail dans les grandes fazendas sont particulières au pays. Dans les propriétés caféières, le colon, avec sa famille, est libre; il y trouve gratuitement une maison pour se loger avec du terrain pour élever des animaux, des porcs, des vaches, des poules, etc., dont il tire seul profit. Un travailleur sérieux peut largement éteindre sa dette pendant 1 année; s’il n’en contracte pas, c’est préférable. La tâche du travailleur consiste dans les soins qu’il faut donner à 2.000 ou 2.500 pieds environ de caféiers par homme; pendant sept mois de l’année, il a de nombreux loisirs, il travaille aux heures qu’il lui plaît pour

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débarrasser les pieds de café des mauvaises herbes, car c’est seri intérêt, dans les intervalles il s’occupe de ses propres cultures, de sa basse-cour ou de ses animaux.

Le colon de fazenda n’est vraiment l’employé du propriétaire que pendant la récolte du café, il en fait la culture, le décorticage, le séchage et le triage. Le colon touche un salaire fixe, — tant pour l’entretien de 1.000 pieds de café (^), il est également payé chaque fois qu’il donne une journée de travail. Pendant la récolte,, le salaire varie suivant la quantité de mesures de graines récoltées par le colon. Lorsque les branches sont bien chargées

Sâo Paulo. — Intérieur de l’Hôtel des Immigrants.

de fruits, la quantité recueillie est plus considérable, avec la même somme de travail. En résumé, le bénéfice annuel d’un colon peut s’élever à 1.800 ou 2.200 francs s’il est seul, sans famille; mais il est dans ce cas moins recherché.

Les dépenses d’un colon de fazenda sont à peu près nulles, car il produit le nécessaire sauf le sel et le sucre qu’il doit acheter. Ce qu’apprécient par-dessus tout les ouvriers de fazendas, ce

(1) Les prix varient peu, chaque année et dans chaque fazenda; les soins à donner aux caféiers sont payés à raison de 132 à 133 francs pour les mille pieds; pendant la récolte qui dure un peu plus de trois mois, il est payé à raison de 80 centimes à 1 fr. 25 par 90 kilos, la moyenne d’une cueillette est de 250 kilos par jour. Les journées de travail supplémentaire sont payées à raison de 2.000 à 2.500 reis. D’après nos renseignements, un colon peut obtenir environ 1.000 francs de la vente de ses produits, céréales, porcs, basse-cour, etc. Tout cela dépend naturellement de l’activité du travailleur, les gains augmentent d’après le nombre des membres de la famille. .

qui leur rapporte des ressources importantes, c’est de pouvoir entreprendre, à leur profit, des cultures diverses : canne à sucre, maïs, coton, céréales, cultures maraîchères, etc., non seulement dans des terres qui leur sont allouées, maie encore entre les rangées des caféiers où il leur est laissé la faculté de planter ce qui leur convient. Cette tolérance n’est pas admise dans toutes les fazendas où ce droit ne leur est pas accordé. 11 le deviendra de moins en rnoins, car nous avons entendu dire que ces cultures nuisaient au caféier, sauf pour les jeunes plantes à qui elles donnent de l’ombrage. En échange de ce droit, il leur serait accordé un lopin de terre plus important. La plupart des colons italiens d’une fazenda n’y séjournent guère plus de deux ou trois ans, le temps d’amasser un pécule suffisant pour devenir propriétaires à proximité d’une ville, pour acheter des bestiaux, des instruments de labour, pour s’établir dans un commerce quelconque; ils deviennent les fournisseurs de leurs compatriotes à qui ils achètent en outre leurs récoltes, bon nombre arrive ainsi <à l’aisance et quelques-uns à la fortune. Nous n’exagérons rien, au contraire, car nous avons pu constater des cas nombreux de prospérité rapide ; à côté il y a aussi des malchanceux ou des incapables qui se trouveront toujours dans la dépendance des autres, mais le nombre en est heureusement petit.

XIII. — Grâce à l’immigration, les terres cultivées occupent environ le quart du territoire de l’État (^), soit 620.000 alqueires, unité de superficie qui, comme on le sait, équivaut à Sâo Paulo à 2 hectares 40 ares (l’alqueire de capacité vaut 50 litres). Il y a encore en chiffres ronds 1.715.000 alqueires sous forêts vierges; 1.525.000 sous capoeiras, c’est-à-dire de jeunes forêts qui poussent sur l’emplacement des plantations abandonnées, quand les terrains en ont été conquis sur la forêt vierge ou sur les cerrados, qui sont des bouquets d’arbres rabougris, parsemés de clairières offrant du pâturage au bétail; on trouve généralement ces cerrados sur les hauts plateaux. Enfin, 1.475.000 alqueires en campes ou terrains ondulés et dépourvus de forêts et 107.000 alqueires en terrain plus ou moins marécageux.

Le voyageur qui parcourt le Brésil s’étonne de voir de grands espaces couverts de capoeiras, c’est que partout, même dans

' ( 1 ) La totalité est de 12.033,144 hectares.

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l’État de Sâo Paulo, le mieux disposé à tous les progrès, la culture est encore primitive : abattre la forêt, en brûler les souches et les herbes pour créer des champs de maïs ou de haricots, exploiter le sol jusqu’à extinction, sans l’amender, sans varier les semailles. Puis on se déplace et, aussi longtemps que cela peut durer, on crée d’autres champs; les émigrants européens eux-mêmes, entraînés par l’exemple, ont adopté forcément dans les lots boisés ces pratiques barbares qui, par ailleurs, sont entretenues par la confiance dans la bonté du climat et la fécondité du sol. Il y a là exagération et imprévoyance, ce qu’on veut c’est des résultats sans débours. Quoi qu’il en soit, la superficie de l’État de Sào Paulo est divisée en 57.050 propriétés agricoles représentant une valeur d’environ 1.100.000 contos de reis. Sur ce total, 48.550 propriétés de la valeur de 950.400 contos de reis appartiennent à des Brésiliens et 8.500 propriétés valant 180.000 contos appartiennent à des étrangers. Les documents officiels répartissent de la façon suivante les propriétés, selon les nationalités :

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