III. — Le port de Santos a depuis une vingtaine d’années
ÉTAT DE SAO PAULO
subi' de successives améliorations. En 1888, une société s’était formée sous le nom d’Entreprise d’Amélioration du port de Santos, .dans le but de construire des quais et des magasins de déchargements. En 1892, cette entreprise, organisée par la maison Gafïrée Guinle et C°, se transforma en Société Anonyme Docas de' Santos. Cette .société a réalisé une oeuvre colossale dont la perfection fait autant d’honneur au pays, qu’à ceux qui l’ont entreprise et menée à bonne fin malgré les difficultés. En 1895 il y 'avait déjà 2 kilomètres de quais achevés avec 13 magasins à la disposition du commerce. Ce quai mesure actuellement
Sao pAULO. — Embarquement du café à Santos.
4 kil. 427 de développement depuis le pont du chemin de fer jusqu’à Outeirinhos ; le long du quai on a laissé une. bande de terrain de 35 mètres réservée aux services de la Compagnie, on y trouve des magasins, des machines fixes, et trois voies ferrées parcourues par de puissantes locomotives de différents systèmes ; ces voies sont en communication avec celles de la Sâo Paulo Railway par une combinaison d’aiguilles. . ^
La Compagnie des Docks de Santos réalise mensuellement un million de bénéfices, ses magasins couvrent toute la longueur des quais dont elle a la jouissance pendant quatre-vingt-dix ans. Le port est continuellement plein de navires de toutes nationalités,
navires marchands et passagers, de toutes dimensions et modèles, qui lui donnent l’apparence d’un des grands ports commerciaux du monde. Le mouvement d’entrée et sortie du port est de 2.715 navires d’un tonnage de 5.401.087 tonnes. Déjà, le port de Santos devra prochainement être agrandi pour faire face aux exigences de son commerce croissant ; heureusement .qu’il peut supporter des agrandissements continuels, car des quais peuvent être construits tout autour des côtes du canal.
IV. — Sans avoir vu ses vieux quartiers tomber sous la pioche des démolisseurs, Santos a subi d’importants travaux de transformation et d’assainissement ; la ville ne s’est pas embellie, mais elle est devenue plus saine. Ce n’est plus la cité insalubre considérée en Europe comme le cimetière des Européens où chaque année, depuis 1850, sévissait une épidémie de fièvre jaune, accompagnée par la variole et la malaria. Cette mauvaise réputation augmenta encore du fait de la grande épidémie de 1889 qui dépeupla la ville et décima les équipages des navires ancrés dans le port. On finit par considérer Santos comme une ville trop chaude et malsaine, inhabitable pour les étrangers, et pourtant Dieu sait s’ils y sont nombreux. Entre les années 1890 et 1896, durant lesquelles il entra 542.548 émigrants, les conditions sanitaires empirèrent encore. Le gouvernement prit la résolution d’entreprendre l’assainissement du grand port en opérant le drainage des eaux stagnantes. Trois canaux d’assainissement en ciment armé ont été creusés pour drainer toutes les eaux des sous-sols; ces travaux avec le nettoyage du port suffisaient à améliorer les conditions sanitaires; mais il fallait faire plus, on construisit des hôpitaux d’isolement pour malades contagieux, on créa un service d’hygiène et un sévère règlement de police sanitaire, on fit bâtir les vieux immeubles, on désinfecta les maisons et les rues, on créa un réseau d’égouts et l’eau potable fut amenée en abondance. Enfin la canalisation des rivières qui traversaient la ville eut pour résultat le complet assainissement de Santos en moins de quinze ans.
C’est ainsi que la naortalité, qui était en 1894 de 36 pour 1.000 habitants, est tombée à 22,2 en 1905 et à 20,2 en 1907 ; la fièvre jaune a complètement disparu depuis 1904 et la décrois- •sance des maladies contagieuses est venue compléter cet heureux résultat. Le climat de la ville est toujours chaud en raison des
ETAT DE SAO PAULO
montagnes qui l’entourent, cependant la population est en accroissement permanent, elle peut être évaluée à 70.000 habitants, y compris les environs.
V. — Santos ne serait pas la deuxième ville de l’État, ce rang appartiendrait à Campinas autrefois surnommée la « Princesse de l’ouest )), c’était antérieurement la capitale agricole de l’État. Cette ville .se trouve située à 105 kilomètres de Sâo Paulo, au milieu d’une plaine, de celles qu’on nomme au Brésil campinas; elle jouit d’un excellent climat plus régulier que celui de Sao Paulo quoiqu’il y fasse plus chaud. Campinas est une ville plaisante et intéressante, bâtie au milieu des collines environnantes ; c’est une cité moderne aux rues bien pavées, très propres, larges et tirées à angle droit, avec un bon service de voirie, de canalisation d’eau et d’égouts, éclairée au gaz et à l’électricité. Des documents officiels donnent à Campinas 90.000 habitants; d’après ce que nous en avons pu juger par trois visites, cette ville, malgré son étendue, ne semble pas posséder plus de 35 à 40.000 habitants. Nous soupçonnons qu’il s’agit de la population de tout le municipe formé par les environs; il en est de même pour les indications sur plusieurs autres villes assez importantes.
Campinas est le centre des plantations de caféiers les plus anciennes de l’État, mais ce centre est bien déchu aujourd’hui, car les plantations s’étendent maintenant plus au sud-ouest et au nord vers l’État de Minas. La région est considérée comme des plus fertiles et on y cultive encore la canne à sucre, le coton et des produits alimentaires; c’est aussi comme nous l’avons dit le centre d’un certain nombre de colonies agricoles fondées par le Gouvernement. Les habitants de Campinas sont très progressistes, on y trouve plusieurs centres scientifiques; les sciences et les arts y sont très en honneur. Patrie du célèbre compositeur Carlos Gomes, on y trouve plusieurs sociétés de bienfaisance avec un hôpital admirablement bien tenu et administré ; l’instruction y est abondamment répandue, et il y existe plusieurs édifices assez remarquables parmi lesquels le Palais municipal, le lycée des Artes et Officios, la cathédrale et les églises de Rosario et de Santa Cruz, le théâtre S. Carlos, la gare de la Mogyana, le cercle des Italiens et celui des Portugais, etc.
On ne peut, dire que Campinas, malgré son importance, soit desservie par deux lignes de tramways, ce service A ■ traction
animale est si rare et si défectueux qu’il vaut mieux ne pas en. parler. . Les établissements commerciaux et industriels y sont nombreux, le mouvement commercial est important et il y a une assez grande circulation d’argent. C’est à Campinas que se trouvent les splendides ateliers de la Mogyana, outillés d’iiiie façon aussi moderne que les similaires européens, dans lesquels on ne construit pas seulement les voitures de formes variées, mais aussi des locomotives qu’on peut y fabriquer de toutes pièces ; les ateliers occupent un grand nombre d’ouvriers.
En 1889, Campinas fut cruellement ravagée par une épidémie de fièvre jaune, occasionnée par le nombre considérable de nègres qui s’y étaient concentrés après l’abolition de l’esclavage; ces épidémies se renouvelèrent en 1890 et en 1895.
En présence de'.ce sinistre, surprenant dans une région aussi saine par son air et son altitude qui est de 660 mètres, le gouvernement procéda à l’assainissement de la ville en construisant un réseau : d’égouts, canalisa les eaux potables . et les rivières qui traversaient la ville, dessécha particulièrement tous les dépôts stagnants et fit modifier les maisons d’habitation qui ne présentaient pas de suffisantes conditions de salubrité. Les résultats ne tardèrent pas à se faire sentir dans un milieu aussi favorable, la înortalité est descendue à 16 pour 1.000, le. chiïïre le plus bas observé; et depuis cette époque il n’y a plus l’ombre de fièvre jaune ni de variole. Campinas réhabilitée peut être considérée comme le sanatorium de l’Etat.
Ce qui étonne le voyageur dans l’État de Sâo Paulo c’est de trouver dans l’intérieur un certain nombre de villes profusément éclairées à la lumière électrique et pourvues d’un réseau d’égouts et d’adduction d’eau potable, toutes choses que ne possèdent malheureusement pas certaines capitales d’États que nous avons visités par la suite. Outre Sâo Paulo, Santos et Campinas il y a encore vingt villes dans l’État jouissant de ces avantages. Plusieurs petites localités sont aussi éclairées électriquement au moyen, de moteurs d’une industrie quelconque qui ne dépassent guère 20 chevaux de force.
La place nous manque pour donner un aperçu des nombreuses villes de l’intérieur, l’activité d’un certain nombre d’entre elles est cependant bien intéressante; nous n’eh citerons quequelquesunes parmi les plus importantes,
ÉTAT DE SAO PA UEO
VL — Ribeirao Preto est située à 423 kilomètres de Sao Paulo sur la ligne Mogyana, et tête de ligne de trois embranchements allant à Sartâosinho, à Santa Rita, sans oublier celui de la fazenda Dumont. Ribeirao Preto est une ville très moderne, car la colonisation de la zone dont elle est aujourd’hui la capitale agricole n’a commencé qu’il y a vingt ans. Les deux tiers de sa population sont d’origine étrangère ; ce sont pour la moitié des Italiens, arrivés en 1890. Le climat y est excellent quoique un des plus chauds de l’État (la temj)érature maximum observée y fut
Sâo Paulo. — Vue partielle de Santos.
de 40“ centigrades), la ville étend ses rues droites et larges sur une colline à pente douce traversée par une rivière qui lui a donné son nom, laquelle est affluent du Rio Pardo. Environnée de près de 30 millions de pieds de café, appartenant aux plus importantes fazendasdu pays (F. Schmitt, Dumont, etc.), Ribeirao Preto est un centre commercial très important, centre des communications avec les États de Minas Geraes et Goyaz, et de la zone caféière dénommée ouest de Sâo Paulo. Trois établissements de crédit y sont installés, et elle possède quelques édifices tels que la cathédrale, le Forum, le théâtre, le groupe scolaire, etc.
Comme Campinas, Ribeirao Preto traversa en 1896 de mauvaises conditions hygiéniques dues à la quantité de marécages artificiels provenant des prises d’eau faites dans la rivière. Les maisons étaient de construction mauvaise; en raison de l’accroissement de la ville on n’apportait pas grande attention aux exigences de l’hygiène; la population, composée en général d’immigrés, manquait de propreté. L’État intervint et prit les mêmes mesures de prophylaxie contre les moustiques qu’à Campinas, il fit canaliser la rivière sur 4 kilomètres, construire une canalisation d’eau et d’égouts et exigea des réformes radicales dans la moitié des immeubles. Comme conséquence, aucun cas de fièvre jaune ne fut plus observé depuis 1903 et en 1907, les chiffres de lia mortalité s’élevaient à 12 pour les fièvres palustres, aucun cas de typhoïde contre 8 en 1906, et 33 décès par la tuberculose contre 52 en 1896, époque où la population était moins nombreuse. Cette population s’élève à 60.000 habitants pour le municipe, et à un peu plus de la moitié pour le centre.
VII. — Une maladie qui menaça un moment de se propager dans l’État, fut la trachoma ou conjonctivite granuleuse, introduite par les immigrants espagnols et italiens; le nombre des personnes atteintes a été tel, surtout dans les régions de l’Ouest, que le Gouvernement dut encore intervenir et diminuer le mal jusqu’à extinction. Mettant en pratique avant toute autre nation une série de mesures préventives réclamées en 1906 par le Congrès de Palerme (Italie), pays où cette conjonctivite sévit avec le plus d’intensité, l’État de Sâo Paulo créa un service spécial qui lui coûta 2 millions par an pour la prophylaxie et le traitement de la trachoma. Le rapport du chef de ce service nous fait connaître que, sur 329.241 individus examinés on constata 89.101 cas de trachoma et sur ce nombre il y avait 7.388 enfants des écoles. Le service installé contre la trachoma commença à fonctionner, il se compose de 38 circonscriptions avec 292 dispensaires en activité dans les campagnes et les fazendas, la pharmacie est fournie gratuitement; les résultats compensèrent les sacrifices consentis. Au commencement de 1907, le coefficient des cas de trachoma était de 47,3 pour 1.000; à la fin de l’année, grâce à ce service il tomba jusqu’à 17 et 18 pour 1.000. Nous avons rencontré pendant nos visites dans les fazendas des médecins spécialistes faisant sévèrement observer
ÉTAT DE SAO PAULO
aux agriculteurs et aux colons les soins les plus élémentaires de riiygiène des yeux (^).
Amparo, centre du municipe du même nom/ possède environ 50.000 habitants dans son ensemble, c’est aussi un centre caféier, la fertilité des terres qui l’entourent est ^remarquable. La rive qui s’élève sur les deux rives du rio Camanducaia, à 169 kilomètres de Sâo Paulo par le chemin de fer Mogyana, fait un grand commerce et exporte annuellement 20 millions de kilos de café. On y trouve deux beaux jardins publics, deux groupes scolaires, plusieurs églises catholiques et deux temples protestants, il existe aussi un théâtre fort joli. Amparo'possède lumière électrique, canalisation d’eau et d’égouts.
RioClaro est le chef-lieu d’un municipe de 45.000 habitants. La ville, située a 614 mètres d’altitude, jouit d’un bon climat; elle est construite en échiquier, avec des rues très longues numérotées à la façon américaine se croisant à angle droit. Rio Claro, qui est à 116 kilomètres de Sâo Paulo par le chemin de fer Paulista, embranchement de Cordeiro à RioClaro, voit sa population et son commerce augmenter chaque jour grâce à la douceur de son climat et à la fertilité de ses terrains. La ville est bien pourvue d’eau et de lumière électrique et possède une bonne canalisation d’égouts, ses rues sont bien pavées, mais nous avons rarement trouvé de centres où il règne autant de poussière. La culture de la région est le café et la canne à sucre.
Sâo Carlo do Pinhal est le municipe voisin du précédent, sa population est de 55.000 habitants. La ville est située sur la même ligne ferrée section de Rio Claro, . et compte 15.000 habitants environ; c’est un centre très progressiste possédant un beau théâtre, hippodrome, magnifique abattoir, jardin public, temples catholiques et protestants, hôpital, etc. C’est à quelque distance de la ville que se trouve la fameuse fazenda du comte de Pinhal où, comme dans la région environnante, on s’occupe d’élevage, de la culture de la canne et du café.
Piracicabâ, à 196 kilomètres de Sâo Paulo par la ligne Sorocabana, section de 1 Ituana, est une des villes les plus belles et les plus salubres de 1 État. Merveilleusement située sur les bords du rio qui lui a donné son nom, la ville, qui ne forme qu’une seule paroisse
(1) D’après les conclusions du congrès de Palerme, l’intensité de ce mal atteint dans certaines provinces de l’Italie 84 p. 1.000 du total de la population.
8/VGC Ig lïiunicipG, possèdG dGsruGsfort largGS sg coup3,ni a. anglG droit, Gt quGlquGS beaux édificGS parmi lesquels deux groupes scolaires qui sont de véritables palais. La population de 15.000 âmes augmente toujours, ainsi que l’activité commerciale; celle-ci s’est accrue par plusieurs usines et fabriques importantes qui prennent leur force dans la chute formée par le rio tout près de la ville. Parmi celles-ci figurent une importante filature, une brasserie, une distillerie et plusieurs engenhos de café ou de canne; nous avons déjà signalé le plus important de ces derniers, appaitenant à une Société Française. Toute la région est d une fertilité remarquable et se prête à toutes les cultures, dont les principales sont ; la canne, le café, le coton, le tabac, etc.
Limeira, jolie ville moderne, chef-lieu d’un municipe de 45.000 habitants, se trouve située sur la ligne Paulista, à 166 kilomètres de Sâo Paulo; cette localité augmente beaucoup en importance, son commerce est très dévéloppë, et son agriculture florissante, grâce à des terres fertiles qui produisent surtout café, coton, canne à sucre.
Jundiahy est le point terminus du chemin de fer S; P. Railway, à 60 kilomètres de Sâo Paulo. C’est une ville très prospère, très industrielle surtout ; elle est tête de ligne de la Paulista, c est en somme le poste controleur de 1 immense production de 1 État qui, venant de l’intérieur, cherche le port de Santos. Plusieurs milliers d’ouvriers travaillent dans les immenses ateliers de la Paulista, de la fabrique de tissus Sâo Bento, dans la fabrique et fonderie Areus et Irmaos, constructeurs de machines agricoles, et dans d’autres encore. La ville, qui compte 15.000 habitants, est bâtie sur une colline au pied d’une rivière très poissonneuse qui lui donne son nom; elle possède de beaux quartiers, tous de construction moderne, coupes par des rues larges, bien pavées, propres et bien éclairées à la lumière électrique. Les bâtiments municipaux sont de très belles constructions modernes. La température de Jundiahy est renommée, toujours égale et plutôt fraîche ; le prix de la terre y est encore assez bon marché, la petite propriété y est très développée dans un rayon de plusieurs lieues autour de la ville, beaucoup d’Européens en . sont les propriétaires.
JX. — Sorocaba, â 111 kilomètres de Sâo Paulo, belle ville industrielle, constitue une des principales stations de la ligne qui
ETAT DE SAO PAULO
lui a emprunté son nom; elle a des maisons élégantes et quelques édifices assez insignifiants. Sorocaba est célèbre pour ses foires d’animaux, particulièrement de mules; le municipe produit du café, du sucre, exporte des animaux, de la chaux dont il existe plusieurs fours, du coton et des céréales diverses; la région environnante est assez montagneuse et couverte de forêts. A peu de distance nous avons pu admirer la belle cascade du Voltorantin formée par le rio Sorocaba qui, à cet endroit, tombe d’une grande hauteur.
A 21 kilomètres de Sorocaba s’élève la petite ville d’Ipanema, mais ce n’est pas de ce centre que nous voulons parler, mais des riches mines de fer et de la fonderie de ce nom, qui sont comme
Sao Paulo. — Sucrei’ies françaises à Piracicabâ.
un exemple de l’indifférence avec laquelle l’État, distrait par la politique, considère ses plus importantes richesses, et laisse improductives des ressources énormes en matériel et en minerai. Offrant 70 p. 100 de fer pur, les mines de fer d’Ipanema sont connues depuis fort longtemps, mais elles n’étaient nullement exploitées. La fabrique actuelle fut fondée vers 1810 par le roi Joâo VI, qui fit venir de Suède toute une colonie de mineurs et de fondeurs; en 1816, on construisit des hauts fourneaux et des forges d’affination, et la fabrique fut dotée de 7 lieues carrées de forêts pour son service. En 1820, les événements firent oublier la fabrique qui fut à peu près abandonnée. Restaurée vers 1836 et mise en état de travailler, l’usine passa successivement, suivant le
gré de la politique, sous la direction de plusieurs officiers du génie brésilien/ si bien que l’établissement fut dissous en 1860, réorganisé en 1865, pour être négligé de nouveau. La production moyenne était tombée à 3.000 kilos de -fer en gueuse par jour, et 1.000 kilos de fer forgé. L’usine d’Ipanema peut être considérée comme abandonnée. actuellement, elle possède cependant des hauts ^
fourneaux et des fonderies, une affinerie, un atelier de machines, '* '■
un de modèles, des ateliers de charpenterie, de scierie, une briqueterie et des fours à chaux et naturellement des chantiers f
d’extraction de minerai, avec seulement 550 hectares de forêts. L’intérieur des ateliers 'est relié à la ligne Sorocabana par un embranchement qui coupe les terrains voisins sur 17 kilomètres avec trois stations. Les machines sont mues par l’eau, , et la chaleur des fours à affiner produit la vapeur qui anime les martinets.
L’exploitation des mines d’Ipanema, abandonnée et reprise au gré des fantaisies politiques par un personnel souvent incompétent, lequel ne voulait y voir qu’une sinécure, ne pouvait que devenir une charge pour l’État qui finalement en prononça la fermeture, y laissant seulement un officier du génie chargé de la conservation des constructions. De l’avis de tous les étrangers qui ont visité Ipanema, cette usine, placée'entre les mains d’une société industrielle, pourrait devenir comme le Creuset du Brésil, et prendrait certainement une extension considérable. A plusieurs reprises déjà, des bruits ont couru, d’après lesquels le gouverne- ; ■
ment serait disposé à affermer mines et usines, — et il en était fort question lors de notre passage.
X. — Nous citerons encore l’important centre de Taubaté, doht le municipe a une population de 28.000 habitants; le cheflieu en prend la moitié, la population semble alerte et gaie. La ^
ville se trouve située entre Rio de Janeiro et Sâo Paulo, à 154 kilomètres de cette dernière et à 6 kilomètres du rio Parahyba. La culture de la région est le café et le coton; il y a dans la ville plusieurs industries prospères. Des gisements bitumineux, qui se trouvent dans ce municipe, permirent l’établissement facile d’une usine à gaz et d’une fabrique d’huile minérale; Tusine produit en outre du pétrole, des huiles à lubrifier, de la paraffine et de l’acide sulfurique. Pindamonhmgaba est une ville bien construite à l’américaine sur les bords du rio Parahyba, à 171 kilomètres de Sâo Paulo, sur la ligne centrale du Brésil. Les construc-
ÉTAT DE SAO PAULO
lions y sont agréables, il y a quelques édifices de moyenne impor" tance et un beau jardin avec une admirable collection déplantés exotiques. La ville a 12 à 13.000 habitants et le municipe 26.000; le territoire est très fertile et produit le café, la canne, le maïs en quantité; les fruits des tropiques et des pays tempérés pourraient donner lieu à un grand commerce, l’élevage commence à s’y implanter. Cette ville, qui possède plusieurs industries de charronnage, fabriques de fécules, brasseries, etc., est surtout recherchée par les malades et convalescents en raison de son climat salubre et agréable.
Lorena et Guaratingueta sont deux autres villes de la même importance que la précédente et comme elle situées sur la rive droite du rio Parahyba ; la première, à 280 kilomètres de Rio et à 216 kilomètres de Sâo Paulo parle chemin de fer Central, est bien pourvue d’eau potable et comme les précédentes possède une bonne canalisation d’égouts, on y remarque une belle église de style gothique et un hôpital tout a fait remarquable. Il y a, à Lorena, une usine centrale ou sucrerie appartenant à une Société Française. Guaratingueta, chef-lieu du municipe de ce nom, a une population de 45.000 habitants ; la ville est à 5 kilomètres de la rive droite du Parahyba, elle possède les mêmes cultures que Lorena, et l’élevage et la culture des fruits remplacent certaines plantations caféières. La ville se trouve a 13 kilomètres de Lorena et à 45 kilomètres de Pindamonhangaba, elle est desservie par le chemin de fer Central.
XL — Cananea est un petit port situé au sud de l’État de Sâo Paulo, dans l’île du même nom ; celle-ci mesure 80 kilomètres de long sur 7 de large et est séparée du continent par un bras de mer qui s’appelle Mar Pequena. La baie se nomme Cananea dans sa partie sud et baie d’Icapara au nord. L’île fut un des premiers points occupés par les Portugais sur la côte du Brésil. La ville est assez peu importante et progresse très lentement ; le port qui est bon et sûr est visité plusieurs fois pâr mois par les vapeurs du Lloyd Brazileiro ; l’entrée est cependant rendue difficile par l’existence d’un, banc de sable.
Iguape, port voisin de Cananea, se trouve au fond du bras de mer dit Mar Pequena, à 272 kilomètres de Sâo Paulo, la navigation se fait par la barre de Cananea ou celle, d’Icapara. La ville, de peu d’importance encore, s’élève sur une partie légèrement
•relevée de l’îledoMar; les environs sont recouverts d’une modeste végétation. Iguape est considéré comme l’entrepôt du riz, bien modeste encore si on considère que ce produit pourrait donner l’aisance à la population de ce municipe et des municipes voisins de Xiririca et de Cananea, population qui vit dans la pauvreté et continuellement endettée. Cette population a cependant bon caractère, est amie de l’ordre, pacifique et obéissante aux lois, mais elle est par une routine enracinée réfractaire aux progrès en matière d’agriculture. Les habitants ne veulent s’occuper que de la culture du riz, mais d’une façon toute primitive, parce qu’il suffit de six mmis pour obtenir le peu ou beaucoup que cette culture peut rendre.
Faite dans des régions inondables, il suffit d’une crue prolongée ou d’une invasion de rats, d’oiseaux ou d’une sorte de lézard du pays qu’on nomme curuquerés pour leur faire perdre le fruit de leur travail et de leurs dépenses^ ils s’endettent alors vis-à-vis de leurs fournisseurs dont ils deviennent presque les engagés.
Cela fait peine ou plutôt met en colère de voir cette misère et cet asservissement lorsqu’on considère la valeur des terres des municipes indiqués, excellentes pour la culture de la canne, du café, du coton, du tabac, etc. La population cultive du riz, cest tout, au point qu’elle est forcée d’importer de la farine de manioc pour son alimentation quand elle pourrait en produire en quantité sans grande peine. Le coton, le tabac et la plante de ricin, produisant partout merveilleusement, les cultivateurs se bornent à entretenir quelques pieds comme remèdes familiers. Sur de grands espaces du Ribeirào, da Juquia et autres rivières, les rives sont couvertes de Palma Cristi ou mamoneira (ricin), plante qui vient spontanément et qui produit en son temps des fruits en abondance ; toute la zone baignée par la Ribeira do Iguape et ses nombreux affluents, sur lesquels existe un service de vapeurs fluviaux, pourrait devenir un centre agricole extrêmement riche, si les habitants se voyaient encadrés par une bonne immigration, ou s’ils se décidaient à transformer leur caractère routinier. C’est dans cet espoir que le gouvernement de l’État a créé deux écoles d’apprentissage agricole dans la région.
Il faudrait encore signaler les villes prospères de Lençoes, Srio Manoel, Agudos, Baurus, Ribeirào Bonito, Rio Pardo, Itu, Mayrink, Botucatu, Batataes, Gravinho, Bananal, Itapira, Dourado, Mogy das Cruzes, etc., etc.