ÉTAT DE G O Y A Z
I. Un Etat isolé. — II. Superficie, limites, aspect. — III. De Rio de Janeiro à Goyaz. — IV. Commerce, élevage, pâturages lointains. — V. Culture du tabac, la paina. — VI. Richesses minières de Goyaz. — VII. Quelques gisements aurifères, Anicuns. Piloes. Sao Rita, etc. — VIII. Les diamants de l’Araguaya, gîtes et garimpeiros, procédés d’extraction. — IX. Les Guayazes. — X. La ville de Goyaz, le gouvernement. — XL Villes principales, Pyrenopolis, etc. ■ — -XIl. Porto Nacional et le rio Tocantins. — XIII. Leopoldina et le fleuve Araguaya. — XIV. L’île du Bananal, le rio das Mortes. — XV. Sort de la navigation à vapeur de l’Araguaya. — XVI. Les chemins de fer vers Goyaz, — XVII. Les tribus indiennes du Tocantins et de l’Araguaya, Carajas, Cherentes et Carahos. — XVIII. Les Cayapos, indiens et civilisés. — XIX. « O Indio e uni bicho mao », sauvages invisibles.
1. — L’État de Goyaz se trouve en plein centre du Brésil, dépourvu jusqu’ici de chemins de fer, de communications faciles avec les États limitrophes et le littoral. Ayant d’un côté les immenses solitudes de l’Ouest et de l’autre, trop éloignés les points les plus vivaces de la Confédération, Goyaz forme une sorte de démarcation entre le Brésil occidental, pays encore neuf, et le Brésil oriental, initié à la vie moderne.
Quand on a pu observer la puissante évolution en matière agricole et commerciale, dans les moyens de transports terrestres et maritimes, dans l’art et l’industrie, dans les améliorations urbaines etc., effectuée au Brésil pendant ces dernières années, on est quelque peu étonné de rencontrer un État où il n’existe ni voie ferrée, ni navigation fluviale, vivant d’une vie propre, presque aussi isolé du reste de FUnion qu’au temps de la colonisation. Lorsqu’on ouvre un livre sur le Brésil ancien ou moderne, c’est à peine si l’on trouve quelques lignes sur cet État encore presque inconnu, qui, pourtant, constitue le Brésil de l’avenir, en raison des richesses incalculables que recèle son sous-sol, — dont cependant il n’a été fait qu’une étude imparfaite. Par son
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climat, par les heureuses conditions de son sol, cet État peut se prêter à toutes les cultures, à toutes les industries.
IL — C’est un long territoire qui s’étend du sud au nord sur plus de 2.000 kilomètres, et qui mesure 850 kilomètres dans sa plus grande largeur. Sa superficie, qui est de 747.311 kilomètres carrés, la place au quatrième rang des États brésiliens pour l’importance territoriale. La population est de 340.000 à 350.000 habitants, bien faible pour une telle superficie. Les eaux dessinent en partie les frontières deGoyazj c’est, à l’ouest, le fleuve Araguaya qui, sur 1.700 kilomètres, sert de limite avec le Matto Grosso et le Para, depuis sa source jusqu’à son confluent avec le Tocantins; ce dernier lui-même, ainsi qu’un de ses affluents, indiquent la frontière avec le Maranhâo, puis une chaîne de montagnes encore peu connue, redescendant vers le sud, forme la limite à l’est avec les États dePiauhy, Bahia et Minas Geraes. La pointe sud, formée par le Paranahyba et son affluent, le Curuhy, avec un autre affluent, qui viennent former le Parana, est en partie en litige avec le Matto Grosso. Les régions où naissent les différentes sources du Tocantins sont montagneuses, comme celles du nord et de l’est. La serra dos Pyreneus, peu éloignée de la capitale, est le point le plus élevé de ce système (1.385 mètres); la plus grande altitude de Goyaz est dans la serra das Aimas, les Veadeiros, à 1.678 mètres. Puis ce sont partout des plateaux élevés où se trouvent les chapadoes, zone parsemée de petites forêts et de vastes campos ; ils sont fréquents au sud. Toute la région nord du territoire est encore imparfaitement connue dans sa plus grande partie. La zone australe et méridionale est très salubre; les régions baignées par TAraguaya et autres grandes rivières le sont moins, l’impaludisme y règne à certaines époques.
III. — De Rio de Janeiro à Goyaz, capitale de l’État, il y a 1.696 kilomètres et 1.275 seulement jusqu’à la frontière sud; si l’on part de Santos, cette distance n’est plus que de 1.360 kilomètres et 940 jusqu’à la frontière. Avec un pareil éloignement, aggravé par le défaut de communications rapides, on comprend facilement qu’il n’arrive, au centre de l’État, que des vibrations faibles et tardives des progrès du reste de la nation. La rumeui d une grande catastrophe ou d’une tempête politique ne parvient qu après un long intervalle et ne trouble pas la vie tranquille des Goyanais de l’intérieur.
Pour nous rendre à Goyaz, nous avons emprunté la grande ligne Mogyana qui a récemment poussé ses rails jusqu’à Araguary, à la frontière même de l’État, et le terre-plein est prêt à recevoir la voie jusqu’à Catalao. De Araguary à Catalâo, il y a 96 kilomètres que nous fîmes en deux jours, car, dans ce pays, avec des chemins à l’état de pure nature, les étapes ne sont pas longues. On va doucement, caressé par les rayons brûlants du soleil goyanais, continuant à traverser un pays tout aussi accidenté que celui qui constitue la partie de l’État de Minas qu on appelle le triangle minier, que nous venions de visiter. La route la plus suivie est celle du rio de Meia Ponte, par Morrinhos et Piracanjuba, mais le tracé de la future ligne de Goyaz était plus intéressant à suivre.
Nous rencontrons partout le meilleur accueil des habitants, et pouvons apprécier leurs moeurs douces et patriarcales. On ne trouve pas de grandes localités, mais fréquemment des agglomérations de quelques maisons. Les familles sont nombreuses, comme partout au Brésil, mais il semble que le nombre des ménages irréguliers y soit plus considérable qu’ailleurs ; il est vrai qu’il est souvent difficile d’observer la loi, car, dans certaines régions, il faut franchir de longues distances pour aller trouver l’officier de l’état civil; c’est une perte de temps, et cela, joint à l’indolence de caractère et à l’insouciance qui empêchent de prendre au sérieux des actes les plus graves de la vie, fait que ces braves gens se marient comme au temps des patriarches, et qu’on attend le passage plus ou moins lointain d’un officier de l’état civil pour régulariser la situation au point de vue légal.
Nous croisons en route d’étranges charrettes, immenses paniers de jonc tressé sur un fort plancher, lequel lepose sui une paire d’immenses roues pleines, bordées de gros clous et réunies par un essieu en bois ou en fer qu’on ne graisse jamais. De là, une musique infernale, quoique poétiquement sauvage, qu’on entend de loin au milieu des cris des conducteurs. Ces chars massifs sont les messageries de Goyaz; ce sont eux qui transportent tout ce que l’État achète ou vend; on rencontre parfois des caravanes entières, composées de quinze à vingt charrettes tirées, par monts et par vaux, par huit ou dix boeufs de race caracu, plus ou moins dociles; on nomme ces caravanes
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des convoios mineiros ou goyanos, ou simplement tropas, suivant qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre État.
IV. — Quoique la région se prête admirablement à toutes les cultures, on ne rencontre guère que des fazendas d’élevage. Cette industrie constitue, en eâeb depuis longtemps la principale source de revenus pour cet État plein d’avenir. Comme, en raison de sa situation, Goyaz n’a pas de douanes, il est difficile d’avoir des données certaines sur l’importance de cette industrie.
Sur la Mog'yana près d’Araguary.
Pourtant, d’après des renseignements divers, Goyaz exporte annuellement 38.000 têtes de bétail; 7.000 porcs, 150.000 kilos de tabac, 10.000 kilos de marmelade, 50.000 kilos de caoutchouc et 22.000 kilos de cristaÉ des cuirs tannés et salés ; et la valeur officielle de l’exportation est évaluée à 431 contos('Q 550, dont 420 contos représentent la valeur du bétail exporté. Malgré la distance, ce sont pourtant les vastes pâturages arrosés par d’innombrables rivières de Goyaz qui fournissent la grande majorité du bétail consommé dans les deux grandes métropoles, Rio
(1) Le contos de reis qui fait 1.000 milreis vaut 1.610 francs. Le milreis vautl fr. 35.
de Janeiro et Sâo Paiüo. L’élevage se fait d’une façon toute primitive : on se borne à laisser les animaux se reproduire en ‘liberté, si bien que jusqu’à présent on n’a pas introduit à Goyaz de reproducteurs de races étrangères, exception faite des boeufs zébus, avec lesquels on a amélioré la race créole fort dégénérée. Les animaux métissés sont déjà très abondants, et le prix de la viande pourrait être moins élevé à Rio, sans les grandes difficultés que présente le commerce du bétail résultant de l’absence de voies de communication. Avant d’arriver à la station de chemin de fer d’Araguary, dans l’État de Minas, les troupeaux de bœufs doivent faire, sous la conduite d’un certain nombre d’hommes à cheval, un trajet de plusieurs centaines de kilomètres sans route; traverser les catifigas, ou forêts claires, des marais, et, à la nage, des rivières larges et profondes. Un certain nombre d’animaux périssent par suite de fatigue ou d’accidents. A Araguary, le bétail fatigué est acheté à bas prix par les fazendaires de la région, qui le font se reposer et engraisser dans leurs propriétés pendant quelque temps; après quoi, ils le revendent un bon prix pour la boucherie. Le transport d’un bœuf, d’Araguary à Sâo Paulo, ne coûte que 13 milreis.
Malgré les aléas, les boiadeiros, ou acheteurs et conducteurs de ces troupeaux, réalisent encore de fort jolis bénéfices. Des vastes campos du Nord, on exporte également vers Bahia de grands troupeaux de bêtes à cornes. La race chevaline présente, à Goyaz, un type très intéressant ; c’est le cheval nommé curraleiros, dont l’élevage se fait dans le Nord de l’État, ainsi-que- celui des mulets. On nous a dit qu’un grand nombre de ces chevaux et mulets étaient vendus, en Bolivie, par la voie de Rio Bonito, Macedina et Cuyaba; ces animaux auraient donc à faire un trajet -de 1.500 à 1.800 kilomètres avant d’arriver sur les rives du Paraguay. Macedina est un poste établi, par le Gouvernement de Goyaz, pour garder la route qui mène à Cuyaba, capitale du Matto Grosso. Pour faire cette route, on ne s’est pas mis en frais d’œuvres d’art, ni même de terrassements quelconques; comme de coutume, tout consiste, dans la plus grande partie du parcours, en un sentier tracé par les pieds des animaux de selle ou de charge, qui y passent de temps en temps, et dans les parties boisées, ouvertes à travers les fourrés par le facâo de matto, sorte de grand coutelas ou sabre d’abatis, avec lequel les voya-
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geurs coupent tout en cheminant les branches qui gênent le passage.
V. — La culture du tabac est la principale industrie après l’élevage. Cette plante est cultivée dans l’État de Goyaz depuis les premiers temps de la colonisation; elle y a admirablement prospéré, car le sol et le climat lui sont très favorables. Aussi, le tabac de Goyaz est-il très renommé et a même obtenu un premier prix à l’Exposition de Philadelphie. Six municipes cultivent principalement le tabac. Parmi ceux qui en produisent le plus, sont ; Bonfim, Antas, Bella Vista et Pouso Alto. Malheureusement, la difficulté des communications est un grand obstacle au développement de cette culture, ainsi que des autres branches de l’industrie agricole. Cette difficulté disparaîtra prochainement, car, comme on le verra plus loin, une ligne ferrée déjà en construction mettra avant trois ans l’intérieur de l’État de Goyaz en communication avec Rio de Janeiro. Pour l’instant cet État produit 500.000 kilos de tabac, dont un tiers est exporté.
On trouve dans toute la partie méridionale de Goyaz un arbre^ Is^painera, qui existe également dans les autres États du sud du Brésil; ses fruits contiennent des fibres soyeuses et douces connues sous le nom de paina. Ce produit, que le commerce européen nomme kapok, est surtout importé en Europe de Java. La paina n’est pas inférieure au kapok; des échantillons envoyés en Hollande ont été l’objet d’un rapport très favorable. Plusieurs autres arbres brésiliens fournissent également de la paina, entre autres le sumauma qu’on trouve surtout dans le bassin de l’Amazone. Ce produit est aujourd’hui préparé pratiquement par MM. H. G. Drake et C° de Londres, qui inventèrent des machines spéciales pour ouvrir, nettoyer et extraire les semences et impuretés du produit naturel. La paina est ensuite soumise au cardage qui ouvre les fibres dans toute leur extension, laissant le produit prêt à être utilisé. Le prix de la paina, sur le marché de Rio, est d’un ou deux milreis le kilo, suivant qualité.
VI. — Si la richesse du sol de Goyaz est grande, si ses forêts contiennent comme tant d’autres forêts inexploitées des bois précieux et des plantes médicinales de valeur, c’est dans le règne minéral que cet État peut être considéré comme le plus riche du Brésil, et c’est à ce titre qu’il fixe l’attention et les espoirs de tous. Déjà, en prévision des lignes ferrées qui prochainement le
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relieront au reste de l’Union, des explorations sérieuses sont / faites discrètement par plusieurs groupes d’ingénieurs. Pendant notre voyage, nous avons rencontré trois Allemands, et on nous a signalé le passage d’un autre groupe de deux Anglais, ainsique [ celui composé d’un Français et d’un Anglais.
Parmi les richesses minières de Goyaz se trouvent du cristal de roche parfaitement pur, des marbres, du fer, du chrome, du kaolin, du mica, argent, platine, cuivre, antimoine, rubis, agates, corail ines, grenats, topazes, voire des émeraudes, mais surtout de l’or et des diamants. L’or a été trouvé partout autour de Goyaz, dans les rivières qui descendent des montagnes du Sud et sur divers points del’Est et de TOuest. Quoique travaillées par des procédés très rudimentaires et par un nombre relativement peu élevé de mineurs, des mines aujourd’hui oubliées ont fourni de l’année 1700 jusque vers la fin du xviii® siècle plus de 143.680 kilos d’or, sans compter celui qui a facilement échappé au contrôle du fisc. Depuis la colonisation, l’industrie minière n’a plus aucune importance, elle n’existe pour ainsi dire pas ; Q
le sol est gratté de-ci, de-là, et c’est tout. C’est une lamentable décadence, après quelques années de splendeur et de prodigalité. Mais celles-ci peuvent revenir ; il ne manque pour cela que des bras et des capitaux. Les mines les plus connues et les plus rapprochées ne donnent plus qu’un rendement insignifiant, en raison du peu de personnel employé il faudrait y établir un matériel plus moderne pour tirer de plus gros bénéfices avec moins de main-d’œuvre, le tempérament du peuple goyanais ne le disposant guère à un travail prolongé.
La grande quantité d’or qu’on supposait y découvrir attira à Goyaz un nombre important d’aventuriers qui s’en retournèrent, les uns avec de grandes richesses, les autres absolument ruinés ou endettés, soit à la suite de dissipation, soit que la chance ne les ait pas favorisés, ne laissant pour tout monument dans l’Etat de Goyaz que les immenses excavations qu’on trouve de toutes parts. Les bourgs de Ferreiro, Ouro Fine, Bomfim, Anta,
Santa Rita, Pilar, enfin la plupart des bourgs de l’Etat, y compris la capitale, furent construits à proximité ou sur les lieux où l’or abondait le plus. L’exploitation en grand des mines cessa d’un seul coup, et il ne reste dans l’Etat que des orpailleurs sans attaches fixes et vaguant d’une mine à une autre.
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VIL — A Anicuns, à 90 kilomètres sud-est de la capitale, on a découvert en 1809 une mine de quartz aurifère duni rendement fabuleux; elle produisit plusieurs millions d’or qui partirent pour Rio de Janeiro. Mais comme les puits furent mal creusés, ils furent rapidement envahis par les eaux et l’exploitation cessa vers 1821, faute de bras et d’un matériel suffisant. Si vous interrogez quelques orpailleurs goyanais, ils vous répondront qu’il existe beaucoup d’or dans l’État mais quel’extraction en est des plus difficiles, soit que les gisements se trouvent dans des endroits trop secs, ou au contraire dans des endroits ayant trop d’eau. Le manque de pluie prolongée dessèche telle-
Char pour le transport dans Goyaz et Abinas.
ment les petits cours d’eau que les mineurs sont obligés d’interrompre leur travail. Dans l’autre cas, l’abondance des eaux dans les excavations ne permettrait pas de l’épuiser assez rapidement avec les moyens dont ils disposent. C’est ainsi qu’un grand nombre de mines très riches ont été abandonnées dès la moindre difficulté. En réalité, ce n’est pas au défaut de métal qu’il faut attribuer la décadence de l’industrie minière, en excavations ou dans les rivières, pas plus qu’à l’abondance ou à l’absence des eaux, mais uniquement à la nonchalance et à la paresse des hommes, qui attendent passivement que l’or jaillisse spontanément du sol.
Dans la région nord de l’État, le rio Maranhâo est très riche en alluvions. Sâo José, Santa Rita, Cachoeira et Conceiçao sont les districts où l’or abonde le plus.
Dans ie Maranhâo, le travail est assez diflBcile pour les orpailleurs dépourvus de matériel. Ils profitent de la baisse des eaux pour travailler dans le lit de la rivière, avec de l’eau jusqu’aux aisselles et parfois plus; durant la saison des pluies, ils lavent en terrain sec. Ces hommes travaillent tout au plus trois heures par jour, et lorsqu’ils ont réuni une petite quantité de paillettes ou de poudre, ils ne font plus rien jusqu’à ce que leurs ressources soient complètement épuisées. Aussi la quantité d’or extraite de cette façon est-elle relativement peu considérable. La récolte est achetée par des négociants de Minas Geraes, et aujourd’hui on voit quelques Syriens et des Allemands parcourant les rivières où on lave l’or, pour acheter au plus bas prix le précieux métal. Pendant les périodes d’indigence les mineurs vivent des fruits qu’une nature prodigue leur dispense presque sans peine, de la chair des pécaris ou des daims qu’ils tuent, préférant une vie précaire à un travail suivi.
Dans la zone nord, on trouve de l’or sur le cours supérieur du Manuel Alves, affluent du Tocantins; dans le rio Sào Félix, affluent du haut Tocantins. A l’ouest, on tire de l’or à Crixas, dans les riosdoPeixe, Corumba, Claro, Cayapos, et d’autres encore. Voici d’ailleurs quelques-unes des mines les plus connues : le bourg de Crixas se trouve près du morro Sào Gonçalo de la serra da Pedra Furada, sur le rio Vermelho. 11 y a là beaucoup d’or qu’on n’exploite pas, faute de bras et d’eau. Les mines de Ferreiro sont situées en terrain montagneux, à 7 kilomètres au nord-est de la capitale; elles sont abandonnées pour les mêmes raisons. Mines das Lavrinhas, du district de Meia Ponte, à 60 kilomètres de Agua Quente et de l’embouchure du rio das Aimas; tout le terrain avoisinant est très riche en métal. Dans la même région il y a encore les importants gisements de l’Abbade, dans la comarca de Meia Ponte.
Le bourg et les mines du Pilar se trouvent à 200 kilomètres de Goyaz et à 66 de Crixas, on a tiré de cet endroit d’énormes quantités d’or ; au temps colonial, 9.000 esclaves y furent employés. Les mines de l’Anta sont à 6.5 kilomètres au nordouest de la capitale, aujourd’hui en pleine décadence, c’est-àdire inexploitées. Il faut citer ensuite les mines de Rio Claro ou Piloes, à 130 kilomètres sud-ouest de Goyaz, entre le rio Claro et celui du Piloes; cet endroit est très recherché pendant la saison
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sèche, car on trouve dans ces rivières, non seulement de l’or mais aussi des diamants; elles sont aujourd’hui bien peu fréquentées . Les mines de Santa Luzia sont situées en un terrain inégal sur la rivière Fumai; dans le même district existe la fameuse serra des Crystaes, de laquelle on tire des cristaux blancs, jaunes et rouges en quantité. Le bourg et les mines de Santa Rita sont en terrain plat à 3 kilomètres et demi du rio Peixe Pequeno. Le bourg et les terrains aurifères de Sâo Miguel das Tesouras se trouvent sur le rio das ïesouras, à 55 kilomètres de Santa Rita nord-ouest. Ces mines, ainsi que beaucoup d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer, sont loin d’être épuisées; la plupart ont été abandonnées après un semblant d’exploitation par manque de bras et surtout de matériel.
VIII. — C’est en 1746 que furent aperçus les premiers diamants dans l’État de Goyaz, à l’endroit où fut fondé le bourg de Bomtim ou de Piloes, aujourd’hui Rio Claro, à 130 kilomètres de la capitale. Les diamants trouvés dans les rios Claro, Fartura, ^ Piloes, Très Barras, Desengano et Cayaposinho sont d’un très bon poids et de fort belle eau. Pendant la saison sèche, de juillet à septembre, les rives de ces rivières sont fréquentées par plusieurs centaines de garimpeiros ou chercheurs de diamants. Beaucoup de ces hommes ne poursuivent que le diamant et ne veulent pas perdre leur temps à extraire l’or qui abonde entre la pierraille et le gravier. La présence des précieuses gemmes est indiquée par divers captivas ou petites pierres roulées et polies ; il y a aussi les gouttes d’eau (pingos d’agua), les pailles de riz (palha de arroz) qui sont des morceaux de quartz brillant, puis encore l’oxyde de fer qu’on nomme fava prêta ou fève noire, etc. Cela constitue autant d’indices par lesquels on reconnaît la pré- ^ sence du diamant.
Les garimpeiros sont des gens qui bravent tout dans l’espérance de trouver dans les rivières quelques précieux petits cailloux ; ils descendent plus loin que Macedina, région à peu près déserte et fréquentée par les Indiens. Les diamants découverts jusqu’à présent l’ont été exclusivement dans le bassin de l’Araguaya et particulièrement dans le rio Cayapo. Presque tous les affluents du Haut-Araguaya roulent des diamants dans leurs graviers, et le fleuve lui-même passe pour en recéler ^ des quantités que l’on qualifie de fabuleuses. Sans doute, il faut
compter avec les grossissements de l’imagination, mais il est a croire cependant que ce fleuve sauvage et lointain cache de beaux écrins dans les profondeurs de son lit, pour qu’avec des moyens aussi primitifs que ceux dont on dispose dans ces régions, on puisse lui ravir quelques parcelles de ses trésors. Dans les petits ruisseaux et les torrents qui restent à sec une partie de l’année, le travail est facile, l’oeil exercé du garimpeiro saura découvrir la gemme cachée sous son enveloppe calcaire; il remonte le cours de la rivière en inspectant soigneusement les graviers et en mettant de côté les conglomérats qui lui semblent être de bonne prise.
Lorsqu’il s’agit d’opérer dans l’Araguaya ou quelque autre grande rivière, les garimpeiros se réunissent plusieurs et ils s’en vont dans une barque à l’endroit qu’ils soupçonnent y avoir des diamants; ils jettent au fond une corbeille d’osier lestée d’une pierre ; l’un d’eux plonge et remplit précipitamment la corbeille avec le gravier et la pierraille de la rivière, puis il remonte pour respirer. On retire la corbeille et on procède au triage du contenu. Chaque garimpeiro plonge à son tour, car bien des fois la corbeille remonte sans, autre chose que des cailloux sans valeur, mais il suffit d’une heureuse chance pour tomber sur un gîte après un grand nombre de plongées infructueuses, qui les dédommage de leurs peines. Les diamants de l’Araguaya ne sont pas gros, mais ils sont d’une très belle eau; la difficulté pour les garimpeiros est de trouver un connaisseur qui consente à leur payer honnêtement le produit de leurs peines; cela est rare, autant que de voir l’un d’eux s’enrichir, car la grosse part des bénéfices reste entre les mains des intermédiaires. Les conglomérats contenant des diamants ne sont pas le plus souvent dispersés au hasard dans le lit de la rivière, ils se rassemblent dans quelques dépressions cachées sous le sable, sur lequel elle roule ses eaux. Heureux le garimpeiro qui met la main sur un des précieux cailloux, car c’est sans doute une nichée qu’il découvrira ensuite.
IX. — C’est vers 1670 que Goyaz fut visité pour la première fois par un Pauliste, Manuel Correa, mais c’est seulement douze ans plus tard qu’un autre Pauliste, Bartolomeo Bueno da Silva, à la tête d’une troupe d’aventuriers, s’aventura vers l’ouest dans des régions inexplorées à la recherche de l’or. Il marcha long-